Sud-Ouest du 2 juillet 2019 

Réchauffement climatique lié à l’homme : "Des canicules dix fois plus fréquentes qu’il y a 100 ans"

des canicules 10 fois plusLes canicules comme celle de juin sont plus fréquentes et plus intenses qu'il y a 100 ans. Et ce n'ets qu'un début. ILLUSTRATION DEQUIER LOÏC 

Des scientifiques européens ont noté une intensification des canicules en juin par rapport à il y a un siècle. Selon eux, elles sont non seulement plus fréquentes, mais en plus, elles se sont réchauffées de 4°C 

À lui seul, le réchauffement de la planète a rendu la canicule exceptionnelle qui a frappé l’Europe la semaine dernière "au moins cinq fois plus probable" que si l’Homme n’avait pas altéré le climat. 

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"Chaque vague de chaleur se produisant en Europe aujourd’hui a été rendue plus probable et plus intense par le réchauffement climatique induit par l’homme", selon une équipe de scientifiques européens du réseau World Weather Attribution, qui se garde toutefois de déterminer précisément quelle est la part attribuable aux effets du changement climatique ou à d’autres facteurs. Un tel événement "est au moins cinq fois plus probable en raison du changement climatique dû aux activités humaines et au moins dix fois plus probable de manière générale, quand on ajoute d’autres facteurs" comme le rôle des sols ou des îlots de chaleur urbains, précise Friederike Otto, du Environmental Change Institute d’Oxford. 

Des canicules plus chaudes de 4°C 

Ces scientifiques ont pris comme référence les trois jours consécutifs les plus chauds en juin en France, les 26, 27 et 28 juin, avec une moyenne de 27,5°C, et les ont comparés aux autres périodes consécutives de trois journées de canicule en juin depuis 1901. Bilan : ils ont noté une intensification des canicules. 

"Les observations montrent qu’en juin les canicules se sont réchauffées de 4°C par rapport à il y a un siècle. Et les canicules aussi intenses que celle-ci sont désormais 10 fois plus fréquentes qu’il y a 10 ans" 

De manière générale, les scientifiques se montrent réticents à attribuer au seul dérèglement climatique la survenue d’un événement météo extrême quel qu’il soit, car les modèles ont du mal à prendre en compte l’ensemble des facteurs. Toutefois, de plus en plus de recherches sont conduites pour déterminer a posteriori si un événement aurait pu ne pas se produire sans le changement climatique causé par les activités humaines. 

Les quatre dernières années ont été les plus chaudes enregistrées dans le mondesigne du réchauffement causé par les concentrations record de gaz à effet de serre. La planète a déjà gagné 1°C depuis l’ère pré-industrielle, entraînant une multiplication d’événements météo extrêmes, des canicules aux précipitations intenses ou aux tempêtes. 

Vers des canicules plus fréquentes et plus intenses 

D’ailleurs, Météo France estime déjà qu’avec le réchauffement climatique, les canicules vont devenir de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses en fin de siècle. 

"Quel que soit le scénario d’émission de gaz à effet de serre envisagé, le réchauffement planétaire se poursuivra pendant au moins plusieurs décennies et s’accompagnera de vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses" 

Ainsi en France, pour les prévisionnistes, elles devraient non seulement doubler d’ici 2050, mais leur intensité devrait en plus augmenter au cours du siècle. Ainsi, non seulement ces épisodes seront bien plus fréquents qu’aujourd’hui, mais ils seront aussi beaucoup plus sévères et plus longs, avec une période d’occurrence étendue de la fin mai au début du mois d’octobre. 

Juin 2019 a été le mois de juin le plus chaud dans le monde 

Juin 2019 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré dans le monde. Selon le service européen Copernicus sur le changement climatique, le mercure est monté au mois de juin 0,1°C plus haut que le précédent record pour un mois de juin (2016), mais c’est surtout l’Europe qui a eu chaud, avec une température d’environ 2°C supérieure à la normale. 

"Même si c’était exceptionnel, il est probable que nous vivions plus de ces événements à l’avenir en raison du changement climatique", a commenté le patron de Copernicus Jean-Noël Thépaut.