Sud-Ouest du 29 juin 2019 

Grève à la clinique, les soins perturbés 

BORDEAUX Le personnel de la clinique Korian Grands Chênes fait grève depuis jeudi. Certains patients sont livrés à eux-mêmes

grève à la clinique

«J ’ai mis une heure trente. » Catherine Watrin, 61 ans, souffre de neuropathie à la suite d’un AVC. Elle, qui bénéficie à l’accoutumée d’une assistance permanente, a dû se laver seule hier. La clinique des Grands Chênes, rachetée en 2011 par le groupe Korian, tourne au ralenti depuis jeudi en raison d’un mouvement de grève. Les patients, aux pathologies plus ou moins lourdes, sont répartis sur quatre étages. Une douche, un repas, des médicaments, une séance de kiné… L’absence partielle du personnel médical oblige à se débrouiller entre patients depuis trois jours. 

Pas de dispositif d’urgence 

Dominique Chabert, 68 ans, qui a une prothèse de jambe, est en fauteuil. Hier matin, il aura fallu plusieurs heures avant qu’elle ne reçoive ses médicaments. En revanche, pas de séance de kiné ou de balnéothérapie. Elle exprime sa colère face à une situation qui aurait pu être anticipée depuis plusieurs jours: «Jeudi soir, ce sont les cadres administratifs qui nous ont servi le repas. La direction est complètement dépassée. Cette grève était pressentie depuis deux semaines, et rien n’a été mis en place.» Pour autant, les deux patientes soutiennent le mouvement social, comme beaucoup. Et ce pour la bonne raison que les grévistes se relaient pour assurer le minimum des soins. 

Un personnel à bout 

«Les employés sont sous pression, ils courent partout. Mais ils sont compétents, nous sommes extrêmement bien soignés», assure Dominique Chabert. Beaucoup ont intégré la clinique pour sa réputation d’établissement de qualité auprès des professionnels de santé. Nathalie Cavallini, kinésithérapeute depuis vingt-deux ans, l’a toujours constaté: «Le personnel a conservé une solidarité familiale, que les patients apprécient.» Or, depuis le rachat par le groupe Korian, le personnel médical semble à bout. Le taux de remplissage de l’établissement est de l’ordre de 99%. Pour Éric Bernardot, syndicat CFDT, « c’est un problème de moyens humains. La nuit, il y a quatre infirmières et quatre aides-soignantes pour 132 patients.» Éric Gaujard, médecin et délégué syndical CFDT, observe le ras-le-bol général: «Ils tirent sur la corde. Il n’y a pas d’écoute, pas de négociation. Nous prenons cela pour du mépris.» 

Des bénéfices sur les chambres 

Le syndicaliste estime que la bonne santé des comptes du groupe (1) ne peut justifier la baisse de la prime d’intéressement : «Nous sommes passés de presque 1 000 euros à 100 euros de prime d’intéressement en quatre ans. Le groupe a réalisé un bénéfice de 833 000 euros en 2018.» 

Entre 2013 et 2019, la clinique a enregistré une baisse des tarifs de la Sécurité sociale de 53 % et une baisse de chiffre d’affaires de seulement 9%. Les patients ont pourtant constaté une hausse des frais de Wi-Fi et de télévision: de l’ordre de 10 euros par jour, pour ces services. Béatrice Rosinski en est à son troisième séjour à la clinique: «Il y a des dysfonctionnements à chaque étage. On privilégie ceux qui payent, le handicap est un bon business.» Hier après-midi, les grévistes ont refusé la proposition d’accord de la direction. Mardi, un audit interne doit avoir lieu pour déterminer la qualité de l’établissement au sein du groupe Korian. La clinique avait déjà connu un important mouvement de grève en 2015. 

(1) Sollicitée, la direction n’a pas donné suite.