Dès sa création en 2007, Gironde Vigilante avait prévenu les élus de Gironde de la détérioration du service public d'incendie et de secours suite à sa réorganisation. Peu d'entre eux ont pris la mesure des conséquences de celle-ci sur leur commune. En effet, certaines ont vu l'effectif de sapeurs-pompiers professionnels réduit de moitié, d'autre sa suppression pure et simple. 

Quant au Sdis 33, il a balayé d'un revers de la main nos remarques et avertissements.

Résultat : Celui-ci doit faire face depuis hier et jusqu'au 31 août prochain à un mouvement de grève sans précédent.

Comme le fait si bien remarquer le caporal-chef Xavier Boy dans cet article :

  • les effectifs ne sont pas suffisants. On nous demande toujours de faire plus avec moins. 

  • Dans une caserne où l’effectif de garde est de six pompiers, si trois partent sur une intervention qui n’appartient pas à notre champ de compétences, il n’en reste plus que trois. En cas de feu, il faut être six minimum… Donc ils ne pourront pas réaliser l’ensemble des missions. On met en danger la vie des gens menacés et celle des intervenants. Les délais d’intervention sont aussi rallongés, puisque des pompiers d’une autre caserne doivent venir en renfort. 

  • la carence de sapeurs-pompiers professionnels est comblée par les volontaires, de l’intérim à bas coût, car la Sdis ne paye pas de charges sur ces emplois-là

  • cette sursollicitation nous empêche de nous entraîner, et cela se traduit par une baisse de niveau incontestable

  • on est déjà aux effectifs minimums 

Gironde Vigilante, comme tous les lanceurs d'alerte, n'est pas qu'un cailloux dans une chaussure, que l'on retire pour mieux marcher, il faudrait peut-être regarder s'il n'y a pas un trou dans la semelle !  

Sud-Ouest du 27 juin 2019 

«On met en danger la vie des gens» 

POMPIERS Depuis hier et jusqu’au 31 août, les soldats du feu professionnels sont en grève pour dénoncer le manque de moyens et l’absence de considération dont ils souffrent

on met en danger

Ils sont souvent en première ligne et estiment ne plus avoir les moyens d’assurer correctement leurs missions. Les pompiers français en ont ras-le-bol et jusqu’à la fin du mois d’août, ils entendent le faire savoir. Entretien avec l’Angoumoisin Xavier Boy, président délégué de la Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels (FA/SPP-PATS), premier syndicat chez les pompiers volontaires. 

«Sud Ouest» Pourquoi les pompiers professionnels sont-ils en colère ? 

Xavier Boy Nous sommes à bout de souffle. On en arrive à un système qui va exploser, pour de multiples raisons. Notre service de secours est mis à mal par une sur-sollicitation, on essouffle les pompiers alors que les effectifs ne sont pas suffisants. On nous demande toujours de faire plus avec moins. 

Vous estimez assurer des missions qui ne sont pas les vôtres. Pouvez-vous nous donner des exemples ? 

En fait, le pompier fait tout. Bientôt, on va ramasser les poubelles tant qu’on y est ! Ça devient n’importe quoi. Par exemple, on fait du transfert de malade parce que les médecins, quand il y en a encore, ne visitent plus les patients. Ça, ce n’est pas de notre ressort. Aussi, l’hiver, on déneige les routes… Nous ne devrions pas avoir à dégager les voies publiques ! C’est du ressort de la voirie. Sur le secours à victime, une personne qui n’est pas en détresse vitale, nous n’avons pas à intervenir, à moins qu’elle soit accidentée de la route ou victime d’une catastrophe… Quelqu’un qui se fait une entorse à une cheville, ça ne nécessite pas l’engagement d’une ambulance de sapeurs-pompiers, pourtant, aujourd’hui, c’est nous qui faisons ça. 

Dans quelle proportion le nombre d’interventions a-t-il augmenté ? 

Sur les quinze dernières années, nous sommes intervenus environ un million de fois de plus. Pour les interventions de secours à personne (SAP), on en avait effectué 2,5 millions en 2006. En 2018, on était à 3,9 millions… C’est très significatif. 

Sur le plan humain, avez-vous les moyens d’accomplir vos missions ? 

Clairement, non. Les effectifs n’ont pas suivi ces dernières années. Nous étions 40 100 sapeurs-pompiers professionnels en 2010, et 40 400 en 2018Souvent, la carence de sapeurs-pompiers professionnels est comblée par les volontaires. C’est de l’intérim à bas coût, car le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) ne paye pas de charges sur ces emplois-là… Aussi, cette sursollicitation nous empêche de nous entraîner, et cela se traduit par une baisse de niveau incontestable. 

Cette situation peut-elle conduire à mettre en danger les citoyens ? 

Oui, bien sûr. Dans une caserne où l’effectif de garde est de six pompiers, si trois partent sur une intervention qui n’appartient pas à notre champ de compétences, il n’en reste plus que trois. En cas de feu, il faut être six minimum… Donc ils ne pourront pas réaliser l’ensemble des missions. On met en danger la vie des gens menacés et celle des intervenants. Les délais d’intervention sont aussi rallongés, puisque des pompiers d’une autre caserne doivent venir en renfort. 

Vous réclamez une revalorisation de vos primes de risque… 

La prime de risque, chez nous, c’est l’indemnité de feu. Elle a été fixée en 1990 et n’a pas évolué depuis. Elle correspond à 19 % du traitement brut. On demande une revalorisation à 28 %, comme dans les autres professions à risque. Dans la police, par exemple, la prime est à 27 %. La société a évolué. Les sapeurs-pompiers sont pris pour cible quotidiennement, sont violentés. Il y a aussi des risques pour la santé, avec notre temps de travail hors norme, les risques de cancer, liés à la toxicité des fumées, pour laquelle la France est dans un déni total. Tout ça fait que le dévouement du sapeur-pompier est en train de partir en miettes. 

Comment vont se passer les interventions pendant cette grève ? 

Les pompiers sont limités dans leur exercice du droit de grève, donc le service sera assuré. De toute façon, il ne pourra pas être plus dégradé qu’en temps normal, car on est déjà aux effectifs minimums… Il y aura de l’affichage, des brassards. 

Où en est le dialogue avec les élus ? 

On nous invite mais aucune décision n’est prise. Du dialogue, il n’y en a pas. Et il n’y a pas d’écoute.