Sud-Ouest du 21 juin 2019 

Corticoïdes en rupture de stock 

SANTÉ Depuis un mois, médecins et malades subissent une pénurie de dérivés de cortisone en comprimés, mais aussi sous forme injectable. Un événement sanitaire récurrent. Le point

corticoïdes

Pénurie de cortisone.

La plupart des pharmacies de France ont vécu vingt jours de tension, voire de rupture de stock. Une crise grave. Catherine vit à Bordeaux, elle souffre d’une maladie auto-immune qui la contraint à prendre 5 mg de cortisone quotidiennement, un médicament qui en annihilant ses symptômes, lui permet de vivre à peu près normalement. «Il y a une dizaine de jours, mon pharmacien très embêté n’a pas pu me fournir. Il avait gardé en réserve deux plaquettes de 1 mg pour les cas sérieux. À raison de cinq comprimés par jour, cela m’a permis de tenir la moitié du mois, très inquiète, car je craignais pour le renouvellement. Allait-il ou non être approvisionné ? En vingt ans, c’est la première fois que je vis une telle situation.» 

Au sein de l’association de patients à laquelle adhère Catherine, tous les membres avaient reçu une alerte, et les messages circulaient indiquant des pistes pour s’approvisionner légalement. «C’est comme s’il s’agissait de se fournir en dope ! » s’exclame-telle. Un comble. 

Fin mai, un rhumatologue, Francis Berenbaum, lançait une pétition à l’adresse d’Agnès Buzyn, ministre de la santé : «Redonnez-nous la cortisone avant que des centaines de milliers de patients n’en souffrent.» La ministre a annoncé « un plan d’ici fin juin permettant un retour à la normale en août». Même si, selon le pharmacien du Bouscat (33) François Martial, «les stocks reprennent un peu » ces périodes de tension se multiplient. Président de l’Union régionale des professionnels de santé pharmaciens de Nouvelle-Aquitaine, son analyse fait froid dans le dos : « Depuis plusieurs semaines, les pharmaciens jonglent, répondent au téléphone à des patients en quête de plaquettes de cortisone, nous essayons de voir avec les médecins pour proposer un produit se rapprochant au maximum du médicament. Afin de tenir. Le Solupred par exemple est très courant, indispensable pour traiter des pathologies lourdes. Nous tentons de rassurer les usagers, mais ils sont très angoissés car ces produits sont souvent une planche de salut 

La rentabilité en question 

Selon lui, la cause majeure qui explique cette situation est économique. Le nerf de la guerre, l’argent. « L’industrie vend mieux hors du territoire français, le médicament leur rapporte davantage 

Concernant la cortisone par injection, aujourd’hui en rupture, le pharmacologue Bordelais, Bernard Bégaud, interrogé sur France Culture ne dit pas autre chose: «Il s’agit d’un problème lié à la rentabilité. Les laboratoires pharmaceutiques se désengagent petit à petit de la commercialisation. Les médicaments essentiels – dont fait partie l’hydrocortisone – sont très peu coûteux, ils ne valent que quelques euros la boîte. Pour les laboratoires, cela n’est pas rentable ; les coûts de production sont amortis mais ils ne peuvent pas faire de profit avec ce type de produits.» 

Les pouvoirs publics mobilisés 

À Royan, un médecin rhumatologue a voulu témoigner dans nos colonnes : « Les pharmaciens, dit-il, ne sont plus approvisionnés pour de nombreuses spécialités de pratique courante (corticoïdes oraux ou injectables, anti-hypertenseurs, hormones). Nous devons prendre du temps pour discuter avec eux et trouver des alternatives… quand elles existent. Pour ma part, je n’ai plus de corticoïdes injectables à demi-vie courte et je n’ai parfois rien pour infiltrer une sciatique aiguë. En vingt ans d’exercice, je n’ai jamais connu cela. Le laboratoire MSD nous a écrit récemment que depuis le 25 février 2019, il y a un problème sur la ligne de production de corticoïdes injectables, ce qui semble difficile à croire.» 

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) est mobilisée depuis plusieurs mois afin d’assurer la continuité de l’accès aux médicaments à base de corticoïdes. Sur son site (www.ansm.sante.fr), l’état des stocks de corticoïdes est publié au jour le jour, que peuvent consulter les patients, les pharmaciens et les médecins (1). 

(1) l’ANSM a mis en place un numéro vert ouvert du lundi au vendredi de 9 à 19heures pour informer de l’état des stocks: 08 00 9716 53.