Franceinfo du 15 juin 2019 

Grève des urgences : "On reste sur notre faim", déplore l'urgentiste Patrick Pelloux après les annonces d'Agnès Buzyn 

L'urgentiste Patrick Pelloux s'est dit déçu, sur franceinfo, des annonces de la ministre de la Santé Agnès Buzyn pour répondre à la colère du personnel des services des urgences, en grève depuis trois mois.

on reste sur notre faimLa ministre de la Santé a annoncé vendredi 14 juin le déblocage de 70 millions d'euros pour tenter de calmer la colère des urgentistes. (LUC NOBOUT / MAXPPP 

"Par rapport aux attentes, ce qui est proposé, on reste quand même sur notre faim", a expliqué vendredi 14 juin sur franceinfo Patrick Pelloux, urgentiste à Paris et président de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF), alors que la ministre de la Santé a annoncé le déblocage de 70 millions d'euros pour financer des mesures immédiates afin de répondre à la grève des urgences. 15 millions seront utilisés pour "recruter du personnel cet été" afin de soulager "les établissements qui vont sentir des tensions". Agnès Buzyn a également annoncé la mise en place d'une prime de risque de 100 euros net mensuels, à destination des infirmiers et des aides-soignants, qui sera versée dès le 1er juillet"Ce conflit ne se résume pas à cette histoire de prime, c'est beaucoup plus compliqué que ça", a poursuivi Patrick Pelloux, "mitigé" après ces annonces. "On en a absolument assez de travailler dans les conditions dans lesquelles on travaille". 

franceinfo : Parmi les nouvelles annonces de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, il y a cette enveloppe de 15 millions d'euros pour permettre de recruter du personnel pendant l'été pour soulager les services d'urgence… 

Patrick Pelloux : Il y a un effort qui est fait pour essayer de trouver une solution, par rapport à ces primes réclamées par les personnels. Le diagnostic est partagé par tout le monde, on est arrivés au bout d'un système. Il faut le rénover. On a bien compris que ça allait être difficile et long. Par rapport aux attentes, ce qui est proposé, on reste quand même sur notre faim. Je suis mitigé parce que là, d'un coup, ils [le gouvernement] se réveillent, on est déjà début juin, mi-juin pratiquement et on se réveille pour l'été. Ils disent "on va embaucher du personnel", mais du personnel on n'en trouve pas. On n'arrive pas à en embaucher en période normale, je ne vois pas où on va en trouver pour cet été. C'est ce que j'ai dit à la ministre, d'autant que Météo France prédit une canicule cet été : on sait que ça va encore embouteiller au niveau des urgences. Il y a des propositions qui ont été faites, notamment un moratoire contre les fermetures qui est d'ailleurs réclamé par une partie des grévistes, dont les personnels du Samu de Lons-le-Saunier.

Là-dessus, avez-vous obtenu gain de cause ? 

Non, elle [Agnès Buzyn] a dit "je ne mets pas de moratoire", c'est dommage parce que même les représentants des directeurs des hôpitaux expliquaient qu'il fallait arrêter. Il y en a même un qui a dit : "il faut faire machine arrière, on est allés trop loin dans les fermetures de lit". J'étais content d'entendre ça. On sent que c'est difficile. Je pense que la ministre de la Santé est tenue par Bercy, qui regarde ce qui se passe aux urgences avec beaucoup d'intérêt, et qui essaye d'empêcher qu'on aille trop loin dans des rénovations ou des dépenses qu'il [Bercy] ne voudrait pas. 

Parmi les mesures mises sur la table, il y a cette prime de risque, jusqu'à 100 euros net par mois. Est-ce une première reconnaissance de la difficulté de votre travail ? 

Je crois, oui. Sauf que ça ne concerne pas les médecins, mais uniquement les infirmières et les aides-soignants. Ça a été salué par les organisations syndicales, mais vous ne pouvez pas dissocier les urgences de l'hôpital. L'hôpital est indissociable des urgences. On est intimement liés. Il faut donner plus pour les salaires les plus faibles de l'hôpital. Pourquoi n'y aurait-il que les urgences qui seraient concernées ? Je suis assez d'accord avec les organisations confédérales, c'est quand même un problème. Il y avait cette interpellation des confédérations, "pourquoi ne pas avoir négocié avant, pourquoi avoir attendu d'être dans un état de crise, d'arriver à la grève pour négocier ?". Ce conflit ne se résume pas à cette histoire de prime, c'est beaucoup plus compliqué que ça. On en a absolument assez de travailler dans les conditions dans lesquelles on travaille. On s'est fait les porte-voix de ce qu'endurent les patients, les familles, les 24 millions de personnes qui passent au service des urgences où nous sommes devenus la variable d'ajustement de tous les dysfonctionnements du système de santé. C'est là où la ministre est prise à son propre piège : elle organise cette réunion dont on espérait beaucoup, et on en sort un peu déçus, car on se dit que ça ne bougera jamais.