Sud-Ouest du 7 juin 2019 

«Des urgences surchargées augmentent le risque de mourir» 

INTERVIEW François Braun, le président de Samu-Urgences de France, craint un été « dramatique »

des urgences 

«Sud Ouest» Selon vous, les urgences sont à un point de rupture « jamais atteint ». Quelle est la situation ? 

François Braun Je suis dans la médecine d’urgence depuis plus de trente ans et je n’ai jamais vu une situation si dégradée : surcharge des services, surcharge des personnels. S’ils ont tenu ces dernières années, ils sont aujourd’hui à bout. Avec des problèmes d’infirmiers, d’aides-soignants, de médecins, de matériel, de financement. On n’en peut plus. 

Un patient sur deux arrivant aux urgences pourrait être pris en charge ailleurs. N’est-ce pas là le cœur du problème ? 

Oui. Et il faut bien comprendre que ces patients seraient mieux pris en charge ailleurs. Les urgences ne peuvent plus continuer à faire ce que ne veulent ou ne peuvent plus faire les autres. Vous ne verrez jamais un urgentiste rechigner à prendre en charge une douleur thoracique pour savoir s’il s’agit d’une crise d’angoisse ou d’un infarctus du myocarde. Par contre, la fièvre qui dure depuis deux jours ou le mal au ventre, cela relève de la médecine générale. 

C’est donc un problème de régulation ? 

Pour que ces patients puissent faire autrement que d’aller aux urgences, il faut quelqu’un pour les diriger. C’est la régulation médicale du Samu. 

Réduire de 50 % la fréquentation des urgences, c’est possible ?

Cela fait partie du plan Marshall des urgences qu’on demande. Avec la régulation médicale en chef d’orchestre et ce message : avant de vous déplacer, appelez-la. 

Vous demandez aussi aux hôpitaux de se réorganiser… 

Oui, ils doivent aussi prendre en charge les patients qui arrivent par les urgences. Ils ne doivent pas se contenter de n’accueillir que ceux qui ont des opérations programmées, anticipées. 

Cette situation est-elle dangereuse pour les patients des urgences ? 

Oui. On s’est réorganisé pour identifier les patients prioritaires. Mais, chaque année, entre 150 000 et 200 000 d’entre eux passent leur nuit sur un brancard. Or, il faut être conscient que des urgences surchargées augmentent le risque de mourir. 

Après trois mois de grève, les urgentistes de l’hôpital parisien Lariboisière se sont mis en arrêt maladie. Vous approuvez ? 

Il est dommage que cette situation n’ait pas été désamorcée, mais il y a une réelle souffrance. S’il y a 80 services d’urgence en grève, il y en a 200 qui souffrent. 

Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a dénoncé un «dévoiement» de l’arrêt maladie… 

Je ne la suivrai pas sur ce terrain. 

Vous l’avez alertée sur la possibilité d’un été à haut risque dans les urgences. Quelles sont vos craintes ? 

Cet été sera dramatique si on n’a pas un bol d’oxygène tout de suite pour les urgences. Il faut arrêter de fermer des lits de médecine cet été. Et éviter que les médecins généralistes partent tous en vacances en même temps. Sinon, tout va arriver aux urgences. Et elles ne pourront pas se vider car il n’y aura pas de place dans l’hôpital… Si rien n’est fait, nous aurons des démissions et des arrêts de travail.

Sud-Ouest du 7 juin 2019 

La crise aux urgences vue par les usagers : "c’est le parcours de soins dans sa globalité qui est à revoir"

la crise aux urgencesLes personnels des services d'urgence se mobilisent partout en France depuis le mois de mars. SUIRE THIERRY 

"En grève depuis près de trois mois, les personnels des services d’urgence réclament plus de moyens. Mais le problème est plus profond, selon l’association France Assos santé, qui représente les usagers. 

France Assos santé (FAS) est un collectif d’associations créé dans le cadre de la loi santé de 2016. L’organisme a pour vocation de "porter la voix des usagers" du système de santé, notamment vis-à-vis des autorités. Pour Jean-Arnaud Elissalde, secrétaire régional de FAS en Nouvelle-Aquitaine, la grève des personnels des urgences, débutée en mars et qui toucherait désormais 80 services dans tout le pays, est la conséquence des défaillances du système de prise en charge des patients à l’échelle nationale."...

..."Il est important de rappeler que les services d’urgence doivent traiter des cas qui nécessitent des soins non-programmables, qu’on appelle urgents, et qui le sont car ils peuvent entraîner des séquelles s’ils ne sont pas traités rapidement. C’est ça la définition de l’urgence. Parallèlement, la population se trouve en difficulté pour trouver un médecin de garde, voire un spécialiste. Les délais peuvent être parfois tellement allongés que la seule solution peut être d’intégrer la structure d’urgence à laquelle est rattaché le spécialiste. Donc on pervertit le système, car il ne répond pas dans sa globalité aux besoins du patient."...

..."Aujourd’hui, on a en effet une montée en puissance des signalements de dysfonctionnements, comme l’attente, les conditions d’accueil, les problématiques de prise en charge après les urgences… Mais c’est le parcours de soins dans sa globalité qui est à revoir, et c’est là que la situation est inquiétante."...

2019_06_07_SO_La_crise_aux_urgences_vue_par_les_usagers_c'est_le_parcours_de_soins_dans_sa_globalité_qui_est_à_revoir

Sud-Ouest du 7 juin 2019 

Des patients impatients…mais compréhensifs 

AGEN Malgré les longues heures d’attente, la plupart des patients comprennent l’épuisement du personnel soignant et le soutiennent

des patients impatients

..."Les urgences sont-elles victimes d’excès de «bobologie»? «Je trouve ce terme péjoratif», soulignait Jean-François Cibien, vice-président de Samu Urgences de France, il y a quelques jours. «Les personnes qui viennent se sentent en situation d’urgence. Ce sont les moyens d’y répondre qui sont à revoir.»"

2019_06_07_SO_Des_patients_impatients_mais_compréhensifs

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