Le Télégramme du 5 mai 2019 

Urgences. « Nous incitons le patient à porter plainte »

nous incitonsDe gauche à droite : Yves Jardin, du comité de défense de l’hôpital de Douarnenez, le Dr Christophe Prudhomme et Carine Thomas, de la CGT de l’hôpital de Douarnenez. 

Déjà venu à Concarneau, le Dr Christophe Prudhomme était invité vendredi 3 mai à Douarnenez pour une réunion publique sur le thème des urgences. Porte-parole de l’Association des Médecins Urgentistes de France (AMUF) et syndicaliste CGT, il livre une analyse virulente de la situation des hôpitaux de proximité.

Pour quelle raison participez-vous à une réunion publique à Douarnenez, après avoir participé à une autre à Concarneau il y a quelques mois ? 

Parce que la problématique des hôpitaux de proximité est en pleine actualité, dans le cadre la Loi Santé. Mais ce n’est pas nouveau que ces établissements ferment, ce qui provoque une mobilisation importante avec, depuis une vingtaine d’années, la coordination des comités de défense des hôpitaux. Aujourd’hui, ce qu’on veut faire passer comme message, c’est que la définition des hôpitaux de proximité que Mme Buzyn veut inscrire dans la loi n’est pas la nôtre. Pour elle, un hôpital de proximité est un « mouroir pour vieux », pour être clair. C’est revenir à l’hospice puisqu’il n’y a pas de service d’urgences, pas de maternité, pas de chirurgie.

Pourquoi les urgentistes sont à la pointe des problématiques du milieu hospitalier ? 

La problématique des urgences est le miroir grossissant de tous les dysfonctionnements du système de santé. Pourquoi les gens viennent aux urgences ? Parce qu’ils ne trouvent pas d’autres solutions. Je ne supporte pas que des politiques ou des médecins essayent de culpabiliser les patients en leur expliquant qu’ils viennent pour rien aux urgences, alors qu’ils viennent parce qu’ils n’ont rien trouvé d’autre.

À Douarnenez, le directeur de l’hôpital a indiqué qu’il était prêt à embaucher des urgentistes mais n’en trouve pas. Ici, l’attractivité est un vrai problème. 

Comment voulez-vous recruter un médecin quand, depuis quinze ans, vous expliquer qu’on va fermer ces hôpitaux ? Les gens ne viennent pas car ces endroits sont dépouillés d’années en années et, quand vous êtes médecin, vous ne venez pas dans un endroit où il ne reste plus rien ! Il faut dire clairement que l’hôpital de Concarneau et l’hôpital de Douarnenez resteront des hôpitaux. Il faut que, sur ces sites, il y ait un service d’urgences H24 et un SMUR ouvert H24. On a besoin d’avoir un vrai projet médical de territoire, qui n’oppose pas les hôpitaux entre eux. Sur le territoire de Quimper, on regarde autour de combien d’urgentistes, d’ophtalmos, de chirurgiens on a besoin, et on les affecte. Et pour que Quimper puisse se sauver, par rapport à Brest, il faut qu’il ait un maillage d’hôpitaux de proximité autour, avec lesquels travailler.

Concarneau, c’est 20 000 habitants, la troisième ville du Finistère. Malgré cela, y a-t-il un vrai risque de voir les urgences y être supprimées ? 

Mais elles sont déjà supprimées ! À 19 h il n’y a plus rien, les urgences les plus graves sont la nuit, le week-end et les jours fériés. Aux heures ouvrables, il y a d’autres solutions que les urgences. C’est la nuit qu’il faut assurer la sécurité de la population. Les gens qui décident de fermer les urgences la nuit, ce sont des assassins, et j’assume.

Que peuvent faire les élus locaux pour sauver les urgences ? 

Il faudrait déjà qu’ils jouent leur rôle d’élus locaux. Un certain nombre le fait, c’est grâce à l’association des élus locaux que le Président de la République a promis qu’il n’y aurait plus de fermeture d’hôpital. Mais nous, ce qu’on veut entendre, c’est plus de fermetures de lits, plus de fermetures de services. Si les élus ne montent pas au créneau de manière un peu virulente, il faudra leur faire savoir aux prochaines municipales. La direction générale de l’ARS et les élus qui acceptent qu’il n’y ait plus de SMUR, c’est une mise en danger de la population. En terme judiciaire, ça s’appelle une « perte de chance par défaut de moyens ». Et nous, on incite le patient à porter plainte pour qu’il y ait des condamnations pénales, non pas de l’institution mais des gens qui ont pris ces décisions.