Ouest France du 27 avril 2019 

ÉDITORIAL. Sapeurs-pompiers : quelle reconnaissance ?

quelle reconnaissanceDes pompiers lors d'un exercice dans le Morbihan, le 25 avril 2019. | VALENTIN BELLEVILLE / OUEST-FRANCE 

On les appelle, ils arrivent. Cela va de soi. Partout en France, au cœur de Paris ou dans la plus petite des communes, les pompiers sont là quand on a besoin d'eux. 

À toute heure du jour ou de la nuit, volontaires ou professionnels, ils mettent en œuvre les moyens nécessaires pour faire face aux sinistres de toute nature, sauver des vies, secourir, réconforter. On évoque souvent la rapidité de leur intervention. On n'évoque jamais leur absence. Les pompiers sont là. Comme une évidence ? 

Le sauvetage de Notre-Dame en proie aux flammes a marqué les esprits. L'efficacité et le courage des hommes de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris ont été unanimement salués. « Leurs choix ont permis d'éviter le pire, ce sont eux qui ont sauvé Notre-Dame » (1) a lancé, émue, Anne Hidalgo, la maire de la capitale. 

Depuis, partout en France, les pompiers sont intervenus pour des sinistres moins spectaculaires, mais avec le même sens du devoir. La reconnaissance des citoyens doit leur être acquise. Mais si elle est importante, elle ne peut pas suffire. Nous demandons beaucoup aux services de secours. Sans doute trop. Il est essentiel d'en prendre conscience et d'ouvrir les yeux sur des difficultés grandissantes. Il y a un mois, le général Jean-Claude Gallet, le Vendéen commandant les pompiers de Paris, s'alarmait (2) de la multiplication des appels pour des interventions relevant plutôt de la médecine de ville : « Notre métier, c'est l'urgence. Pourtant, sur les 522 000 interventions de l'année 2018, 100 000 n'ont même pas nécessité un seul geste de secours ! » 

« Courage et dévouement » 

Doit-on demander aux pompiers de pallier les difficultés du monde médical tout en gardant le même niveau d'exigence sur les interventions lourdes ? N'est-on pas en train de fragiliser une organisation des secours dont on vante par ailleurs l'excellence ? Le problème est national, et n'est pas le seul. 

La question du recrutement est aujourd'hui clairement posée. La France manque de pompiers volontaires, notamment dans les zones rurales. Si le ministère de l'Intérieur a présenté un plan d'une quarantaine de mesures qui seront appliquées d'ici à 2021, notamment pour attirer et susciter des vocations, les collectivités et les entreprises doivent aussi prendre leur part, dans l'intérêt général, en favorisant la mise à disposition de leurs salariés sapeurs-pompiers volontaires. 

En France, on peut se former très tôt aux activités de secours. Près de 29 000 jeunes de 11 ans et plus consacrent de leur temps à la formation de jeune sapeur-pompier. Beaucoup d'entre eux deviendront ensuite pompiers volontaires ou professionnels. Cette activité doit être valorisée. 

Mais il faut sans doute s'inquiéter d'un phénomène qui prend de l'ampleur : des pompiers, de plus en plus nombreux, ne renouvellent pas leur premier contrat d'engagement de cinq ans. Même si les raisons sont multiples, interrogeons-nous. 

On ne devient pas sapeur-pompier par hasard. Les candidats s'engagent au nom d'une devise, celle des pompiers : « Courage et dévouement ». La société reconnaît-elle cet engagement à sa juste valeur alors que, depuis dix ans, 102 pompiers sont morts en service commandé ? 

Autre point d'inquiétude : Les agressions physiques des sapeurs-pompiers en intervention se multiplient. Nous serions impardonnables d'accepter cette scandaleuse dérive. 

(1) dimanche Ouest-France, 21 avril 2019.

(2) Libération, entretien paru le vendredi 22 mars.