Sud-Ouest du 1er avril 2019 

L’industrie nucléaire face à la menace sismique 

20 MARS, 10 H 56 Le séisme de magnitude 4,9, qui a secoué la région, a étonné par sa localisation, proche de la centrale nucléaire du Blayais. Ici comme ailleurs, le risque a-t-il été anticipé ?

l'industrie nucléaireSéverin Buresi, le directeur de la centrale nucléaire du Blayais sur la digue qui protège les réacteurs des colères de l’estuaire : « On a ressenti une légère vibration ». PHOTO FABIEN COTTEREAU / « SUD OUEST »

"Le 11 mars 2011, les certitudes de l’industrie nucléaire étaient noyées aussi sûrement que les réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi. Selon les experts japonais, un séisme sous-marin pouvait lever au large un tsunami de six mètres au maximum. On avait bâti une digue de dix mètres pour mettre les six réacteurs à l’abri. La vague qui a frappé ce point de la côte Pacifique, sur la grande île d’Honshu, était haute de quatorze mètres. 

Sept ans plus tard, le vocabulaire en vogue dans le nucléaire conserve la marque de cette révolution culturelle, loin de la condescendance congénitale qui semblait lui coller aux semelles. «L’ASN porte le message qu’on ne peut pas exclure un accident majeur, quand bien même tout est pensé pour qu’il n’arrive jamais. Nous restons humbles », résume Rémy Catteau, le directeur des centrales à l’Autorité de sûreté du nucléaire, le gendarme auquel la loi confère un pouvoir de prescription sans partage. 

«Humble», l’adjectif revient également dans la bouche de Séverin Buresi, le directeur du Centre nucléaire de production d’électricité (CNPE) du Blayais, la centrale EDF composée de quatre réacteurs de 900 MW (mégawatts), qui produisent l’équivalent de 70% de la consommation électrique de Nouvelle-Aquitaine. À l’en croire, l’industriel combinerait rigueur et humilité face au risque d’un tremblement de terre."...

..."À intervalles réguliers, l’ASN pointe du doigt des anomalies. Le 15 mars, cinq jours avant que la terre ne gronde à Montendre, dans le sud de la Charente-Maritime, elle révélait avoir classé au niveau2 de l’échelle des événements nucléaires (l’échelle INES, graduée de 0 à 7) un défaut de résistance au séisme des ancrages des diesels de secours de onze réacteurs français, dont les tranches 1 et 2 du CNPE du Blayais. Ces moteurs sont d’une importance cruciale. Ils doivent alimenter des groupes électrogènes en cas de rupture de l’alimentation électrique principale. Suite à un séisme, justement."...

2019_04_01_SO_L'industrie_nucléaire_face_à_la_menace_sismique

Sud-Ouest du 1er avril 2019 

Sérénité à la centrale du Blayais 

27 KM C’est la distance qui sépare l’épicentre du séisme du 20 mars des quatre réacteurs nucléaires du Blayais. La direction dit n’avoir constaté aucun dégât

19 centrales

 

«Dans quelques bâtiments de la centrale, on a ressenti une légère vibration. Une partie du personnel s’en est aperçue, l’autre non.» Raconté ainsi, le séisme du 20 mars qui a ébranlé une partie du Sud-Ouest n’est pas taillé pour captiver les foules à la veillée. C’est comme ça que le narre Séverin Buresi, le directeur du Centre nucléaire de production d’électricité (CNPE) du Blayais, qui était présent sur le site le 20 mars, à 10h56, quand la terre a tremblé. 

La secousse, de magnitude comprise entre 4,7 et 5 (selon les instituts qui l’ont mesurée), est née à quelques kilomètres de profondeur, à un point compris entre les villes de Montendre et de Jonzac, en Charente-Maritime. Tout proche des quatre réacteurs de 900 MW (mégawatts) érigés au bord de l’estuaire de la Gironde. 

L’IRSN, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, confirme que le séisme du 20 mars était bien trop faible pour déclencher une quelconque procédure d’arrêt temporaire des réacteurs. Il était encore plus faible que le séisme de référence utilisé par EDF pour la conception de la centrale du Blayais. Il s’agit du tremblement de terre qui, le 10 août 1759, avait secoué l’Entre-Deux-Mers et provoqué de nombreux dégâts sur le bâti de la région. 

«Équipé pour résister» 

Le Blayais est bâti pour résister à une telle secousse de référence, majorée pour ménager une marge de sécurité. Soit une magnitude (l’énergie libérée) de 5,6 pour des effets en surface d’intensité VIII, ce qui correspond à des dommages importants. 

La direction du CNPE dit n’avoir rien observé d’anormal le 20 mars. «Aucun des dizaines de milliers de nos capteurs n’a signalé le moindre dysfonctionnement», assure Séverin Buresi. 

Selon celui-ci, «le niveau de sûreté de la centrale est très bon, il sera excellent demain. C’est mon intime conviction. On s’est équipé pour résister à des événements quasi-impossibles.» Le directeur fait notamment référence aux moteurs diesel d’ultime secours, montés sur plots antisismiques, qui doivent être mis en service d’ici la fin 2020. 

Cette nouveauté procède de la doctrine qui a vu le jour suite à la catastrophe de Fukushima, en mars 2011. Elle n’efface pas les souvenirs fâcheux. Le 27 décembre 1999, la tempête Martin avait envoyé des paquets d’eau de l’estuaire par-dessus la digue du CNPE. L’inondation aurait pu causer un accident nucléaire majeur. La digue a été rehaussée depuis lors. Difficile de contester qu’en matière de sûreté, il y a eu des trous dans la raquette par le passé.

Sud-Ouest du 1er avril 2019 

«Définir le séisme maximal historique et le majorer» 

L’EXPERT Selon Thierry Charles, le passé sismique des sites d’implantation des centrales nucléaires est bien documenté. Elles seraient taillées pour résister

définir

 

"Thierry Charles est le directeur général adjoint de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. L’IRSN est l’organisme public expert en matière de recherche sur le risque nucléaire. 

«Sud Ouest» Comment le risque sismique a-t-il été pris en compte lors de la conception du parc nucléaire actuel ? 

Thierry Charles EDF a d’abord adopté une démarche valable pour tous ses réacteurs en projet, les réacteurs de 900 MW (mégawatts), comme ceux du Blayais qui sont entrés en fonctionnement à partir de la fin des années 1970. Cette démarche «de palier» a consisté à définir un séisme de référence pour dimensionner a minima la résistance de ce réacteur de 900MW, quel que soit son lieu de construction."...

2019_04_01_SO_Définir_le_séisme_maximal_historique_et_le_majorer

2019 04 01 SO Des retards sur le noyau dur