Sud-Ouest du 7 mars 2019 

SOS recherche médecins 

LESPARRE/QUEYRAC La mairie de Lesparre se dit « inquiète par la fermeture prochaine du plus important cabinet de médecins généralistes de la ville ». Quels impacts pour la commune ?

SOS recherche

La ville frappée par la désertification médicale », titre le communiqué de presse de la mairie de Lesparre, publié la semaine dernière. L’illustration donne le ton : un désert aride où deux panneaux de signalisations indiquent « centre-ville » et «médecin» à l’opposé. Le communiqué ne précise pas les noms des médecins concernés par ce départ mais informe que « deux d’entre eux s’installent dans une commune voisine ». Quelle commune ? Quels médecins ? 

À Lesparre, pharmaciens et praticiens semblent tous déjà informés. Contacté par téléphone, Bernard Guiraud, le maire de Lesparre, précise : «Il s’agit bien des docteurs Perret et Frey dans la rue Aristide-Briand, ils ferment leur cabinet pour s’installer à Queyrac vers le mois de juin.» Les noms et la ville de Queyrac sont aussi avancés par la pharmacienne, Catherine Robine: «Nos clients nous ont informés du départ des médecins Perret et Frey pour Queyrac, la rumeur courait déjà avant Noël.» 

La pharmacie Lecat et le chirurgien-dentiste Gourmaud ont aussi confirmé ce départ pour le mois de juin. Pourtant, au cabinet des médecins concernés, situé au 56 rue Aristide-Briand, aucune affiche n’indique leur prochain déménagement. Malgré de nombreuses sollicitations, les docteurs Frey et Perret n’ont pas souhaité répondre à « Sud Ouest». 

«La ville est déstabilisée» 

Selon des patients rencontrés à la pharmacie Lecat et devant le cabinet des médecins, cela fait déjà quelques semaines qu’ils annoncent au compte-gouttes la nouvelle à leurs patients. 

« Je suis dégoûtée. J’habite à vingt minutes de Lesparre et il va falloir que je fasse un détour à Queyrac pour voir mon médecin alors que j’avais tout ici», souffle Véronique, une des patientes du docteur Perret. En ce début de printemps, la fermeture du «plus important cabinet de médecins » souffle un air glacial sur Lesparre. Les patients tout comme les pharmaciens ne comprennent pas ce départ soudain pour Queyrac. 

« C’est certain, la ville est déstabilisée et ça change la couleur locale de Lesparre», confie le docteur Trioulaire. « Ce n’est pas acceptable, les patients sont inquiets », déplore la pharmacienne, Catherine Robine. 

Ces deux médecins avaient tout pour rester selon eux : une clientèle fidèle et un ancrage territorial ancien. Mais alors pourquoi quittent-ils Lesparre pour rejoindre une petite bourgade ? Le communiqué de presse de la mairie de Lesparre indique : « Nous avons contacté un des médecins concernés par ce départ et il apparaît que celui-ci n’est lié qu’à un projet personnel.» 

Queyrac compte 1 400 habitants et est située à 8,5 km de Lesparre. Contactée, Véronique Chambaud-Berran, la maire de Queyrac, ne souhaite pas communiquer sur l’arrivée des deux médecins lesparrains dans sa commune mais précise: «Nous ne louons aucun local à ces praticiens, il s’agit sûrement d’une initiative privée.» 

À la pharmacie Lecat, à Lesparre, il ne fait aucun doute que le pharmacien queyracais, Michel Battisti, est à l’initiative de ce nouveau cabinet médical. Rencontré, le seul pharmacien de la commune se défend violemment de ces rumeurs : « Aucun bail n’a été signé, rien n’est encore acté », réagit-il. Son fils, Arnaud Battisti, ses associées et lui-même ont ensuite refusé de répondre à davantage de questions. 

Une chose est sûre, l’arrivée de ces médecins pourrait redynamiser Queyrac. « J’ai aussi entendu parler de l’ouverture d’un nouveau cabinet dans la rue, c’est une bonne chose pour moi car cela va attirer des clients dans la boutique» se réjouit une commerçante située à deux pas de la pharmacie Battisti. 

Manque de médecins 

«Cette situation risque d’engorger encore plus le service des urgences de la clinique Mutualiste, déjà surchargé », précise le communiqué de presse de la municipalité de Lesparre. Selon les statistiques de l’Insee, à Lesparre, les personnes âgées de 60 ans et plus sont la tranche d’âge la plus nombreuse et qui augmente au fil des années. Un vieillissement de la population qui multiplie les visites médicales. Certains médecins de la ville sont débordés et des spécialistes manquent. 

« À Lesparre, un médecin traitant reçoit entre 35 et 50 patients par jour. Parfois les patients attendent entre trois et cinqjours pour avoir un simple rendez-vous », explique Docteur Dan-Roméo Grigorita, qui affirme ne jamais refuser de patients. Le seul dermatologue de la ville, Docteur Olivier Réguilhem, est à deux ans de la retraite : « Au vu de la situation actuelle, ça serait étonnant qu’un dermatologue s’installe à Lesparre après mon départ, Lesparre n’attire pas les jeunes médecins.» 

Le maire, Bernard Guiraud, semble désarçonné. «Quand j’ai appris le départ de ces médecins, j’ai appelé l’Agence régionale de santé (ARS) mais, juridiquement, je ne peux pas les contraindre à rester. Ce départ ne m’amuse pas », réagit-il. Lors de son dernier mandat, son ancienne adjointe aux affaires sociales avait un projet de maison de santé publique pour pallier le manque de médecins. 

« Ce n’est plus d’actualité, nous n’étions pas prioritaires dans le Médoc car il y a des projets de centres de santé privés à Lesparre (lire encadré). Le public investit quand le privé est absent et ce n’est pas le cas dans la ville », ajoute le maire. 

Un nouveau centre de santé 

Cela fait près de trois ans que le pharmacien Lecat à Lesparre offre gratuitement des locaux afin d’attirer de nouveaux médecins, sans résultats. « Pour l’instant, nous cherchons encore deux généralistes et personne n’a voulu s’y installer malgré les nombreuses visites de médecins belges et suisses », affirme l’une des salariées de la pharmacie. 

Pourtant, l’ARS multiplie les cadeaux financiers dans le but d’attirer des médecins : un complément de revenus pendant deux ans, un soutien financier dans la création de centre de santé et « une exonération totale d’impôts sur le revenu pendant cinq ans puis dégressive les trois années suivantes ». Le docteur Jean-Pierre Gourmaud, chirurgien-dentiste à Lesparre, compte ouvrir un centre de santé sur le cours Général-de-Gaulle. « C’est encore un projet. Pour l’instant, des infirmières sont intéressées mais je peine à attirer des généralistes. Je vais presque aller convaincre des médecins en Roumanie et encore, s’ils veulent bien venir!, ironise-t-il. Mais, malheureusement, je ne suis pas magicien. » 

Conscients du problème, les professionnels de santé de Lesparre essaient tant bien que mal d’attirer de nouvelles recrues. Mais, contrairement à Queyrac, Lesparre ne semble pas avoir (encore) trouvé les bons arguments…