D'un côté on met l'accent sur le manque de sécurité de certaines petites maternités que l'ARS doit donc fermer (manque de personnel, risque de complications ou encore d'hémorragie...) et d'un autre on trouve tout-à-fait normal qu'une future maman fasse 45 km voire plus pour se rendre dans une autre maternité.

Quid alors des risques que la personne qui la transportera prendra sur la route, du risque pour la future maman d'accoucher avant d'arriver à la maternité ou encore de celui qu'elle fasse une hémorragie tant redoutée par les spécialistes.

Europe1 du 7 mars 2019 

Disparition des maternités de proximité : inquiétudes à tous les étages

Entre accoucher près de chez soi et risquer d'être moins bien prise en charge en cas de complication, ou accoucher dans une maternité plus éloignée et difficilement accessible, l'inquiétude des futurs parents est vive. 

La France comptait 814 maternités en 1996. Aujourd'hui, elle en dénombre moins de 500. Lundi, la maternité de Bernay, dans l'Eure, fermera à son tour ses portes. À chaque fois, les futurs parents s'inquiètent de devoir faire beaucoup de route pour aller 

Des accouchements in extremis. 

La plupart du temps, cela se passe bien. Mais quand le bébé arrive plus tôt, ou plus vite que prévu, cela pose problème. C'est précisément ce qui est arrivé à un couple de Die, dans la Drôme. Là-bas, il n'y a plus de maternité depuis un an. Il est 1 heure du matin quand la femme de Marco a ses premières contractions. Le mari prend alors tous les risques en voiture pour qu'elle n'accouche pas sur le bord de la route. "Elle était en travail sur une route qui défilait à une vitesse pas normale : 150 km/h en ligne droite, 110 km/h dans les tournants", avoue-t-il aujourd'hui au micro d'Europe 1. "On est arrivés en salle d'accouchement à 2h39, et la naissance a été enregistrée à 2h42. Je ressentais l'adrénaline de la pointe de mes cheveux aux ongles de mes orteils. C'est comme si c'était moi qui avais accouché", se souvient le père de famille. 

Des risques de graves complications.  

Si la maternité dans laquelle la compagne de Marco aurait voulu accoucher a fermé, c'est parce que l'Agence régionale de santé (ARS) lui reprochait de ne pas apporter de garanties de sécurité suffisantes pour les femmes et leurs enfants. C'est le manque de personnel médical (gynécologues, anesthésistes, pédiatres de garde…) qui créé cette insécurité. "Quand ça se passe mal, il faut qu'il y ait le monde suffisant, compétent, avec les ressources médicales nécessaires. Aujourd'hui, dans toutes les maternités, ce n'est pas le cas", confirme le docteur de Rochambeau, président du syndicat des gynécologues obstétriciens, au micro d'Europe 1. 

"La complication qui apporte le plus de problème et qui est la crainte de tous les accoucheurs, de toutes les sage-femmes, c'est l'hémorragie. Une femme fait naître son enfant, et dans les minutes qui suivent, il peut y avoir une hémorragie cataclysmique. Elle perd à ce moment 1 à 2 litres de sang en trois ou quatre minutes. Si vous n'avez pas les personnes pour faire les gestes qui vont la sauver, vous allez perdre votre patiente", alerte le spécialiste. 

Des alternatives pour assurer le suivi. 

Pour remplacer ces maternités, des centres de périnatalité de proximité ont été créés, comme à Pont-Audemer, dans l'Eure. Les femmes s'y rendent avant et après la naissance de leur enfant. Le lieu est équipé (table de gynécologie, monitoring, tensiomètre…), mais n'a pas de personnel de santé pour pratiquer un accouchement sur place. La centaine de femmes qui vient ici chaque année est donc obligée de se rendre au Havre, le jour J, à 45 km de là. Dès lors, des consignes leur sont données pour éviter tout incident. "À partir de quand il faut se rendre à la maternité en fonction des conditions climatiques, de l'état des routes, de la circulation, etc", précise le gynécologue Alain Talbot. 

Le désarroi des élus. 

Même si les médecins accréditent le danger pour les femmes d'accoucher dans des petites maternités, leurs fermetures sont toujours très mal vécues. À chaque fois, les élus locaux montent au créneau, comme Annick Gombert, la maire du Blanc dans l'Indre, où la maternité a fermé ses portes il y a six mois. "J'estime qu'on est en train de détruire tout un territoire. À partir du moment où il n'y a plus de maternité, les jeunes couples ne veulent plus s'installer ici", regrette l'édile. 

Le plus inquiétant pour Annick Gombert, c'est que ces structures censées remplacer les maternités peuvent elles aussi disparaître. À Amboise, en Touraine, le centre de périnatalité de proximité était lui aussi menacé de fermeture par l'Agence régionale de santé après une baisse de subventions il y a deux ans.