Sud-Ouest du 4 mars 2019 

Feux de forêt : les pompiers déjà en alerte

les pompiers déjà en alerteÀ bord d’un véhicule tout terrain des pompiers, dans les forêts de Saucats, lors d’un exercice réalisé au mois de février. PHOTO J. J. 

La saison à risque commence maintenant. Après un mois de février exceptionnellement chaud, les équipes sont sur le pied de guerre / SAINT-MICHEL-DE-CASTELNAU Le feu de forêt du 20 avril avait brûlé 159 hectares. Retour d’expérience . 

Avec un mois de février qui ressemble à un mois de mai, le sujet est d’actualité. Mercredi dernier, le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de Gironde a organisé, à Bazas, la réunion feux de forêt. Un rendez-vous annuel auquel ont participé le sous-préfet de Langon, Éric Suzanne, le président du Département, Jean-Luc-Gleyze, la vice-présidente, Isabelle Dexpert, ainsi que plusieurs élus municipaux du Sud-Gironde accompagnés des conseillers techniques locaux de la Défense des forêts contre les incendies (DFCI). 

L’occasion de faire le bilan de l’année passée marquée par l’incendie de Saint-Michel-de-Castelnau (lire ci-dessous) et de présenter les conditions climatiques pas vraiment rassurantes en ce début de saison. 

« Plus de 20° au mois de février, je ne suis pas certain que ce soit normal », a introduit en préambule de la réunion le sous-préfet Éric Suzanne. 

Après une fin de mois de janvier pluvieuse, la situation s’est inversée en février. Le risque incendie est actuellement considéré comme « modéré » (1), avec une hydrométrie basse et un couvert végétal (les fougères) bien asséché depuis l’été dernier. 

Même si l’hydrométrie a tendance à remonter depuis la fin de semaine dernière avec une couverture nuageuse plus importante, il suffirait de deux jours de conditions anticycloniques et de vent pour que le risque incendie s’aggrave comme au mois d’avril dernier, préviennent les pompiers. 

Hélicoptère de reconnaissance 

« Les brûlages préventifs qui ont été faits récemment pour nettoyer des parcelles sur le camp militaire de Captieux montrent que la végétation s’embrase rapidement », constate le commandant Jérôme Mesure, adjoint au chef du groupement Sud-Est de Gironde (Langon). « On ne baisse pas la garde. À cette saison, on craint le mégot jeté ou la main malveillante. » 

Chez les pompiers, on croit peu à la théorie du tesson de bouteille qui déclenche malencontreusement un incendie au sortir de l’hiver. 

Pas plus tard que le samedi 23 février, 4 hectares de pins d’une trentaine d’années ont brûlé à Lignan-de-Bazas, à proximité d’une zone habitée. 

L’absence de vent a permis de circonscrire sans difficulté l’incendie. Le même jour, 40 hectares de forêt ont brûlé au Teich. 

À partir d’aujourd’hui, un hélicoptère de reconnaissance loué par le Sdis est en service. Il sera actif pendant les deux périodes sensibles de la saison, en mars et avril, puis de juillet à septembre, voire octobre. 

Feux suspects à Langoiran 

Le point météorologique pour la saison 2019 présenté par les pompiers montre que les conditions anticycloniques de l’automne dernier ont entraîné un déficit de pluviométrie de 25 % à 50 %. En revanche, les sols sont actuellement « saturés ou proche de la saturation » en raison des pluies du mois de janvier. Une situation délicate pour les camions-citernes qui risquent de s’enliser lorsqu’ils pénètrent dans le massif. 

Si les feux de forêt sont la préoccupation principale des pompiers du groupement Sud-Est, le lieutenant-colonel Philippe Esselin, directeur opérationnel du Sdis Gironde, a rappelé que certains incendies se sont déclarés l’an dernier en zone semi-urbaine. Cela a été le cas notamment sur la commune de Langoiran « avec des départs de feux importants, même s’ils n’ont pas brûlé beaucoup de surface ». Les feux en série ont été allumés dans des jardins sur les hauteurs de la ville, laissant peu de place au doute quant à leur origine criminelle. 

  1. Les niveaux de risque : faible, léger, modéré, sévère, très sévère et exceptionnel (jamais atteint). 

1 Quelles sont les saisons à risque pour les feux de forêt ? 

Il y a deux saisons à risque pour le massif des landes de Gascogne. La saison estivale qui est la plus connue. Et la saison de sortie d’hiver qui commence habituellement en mars. Le risque est généré par des conditions météorologiques. C’est-à-dire des conditions anticycloniques avec des hydrométries basses, des vents d’Est et des gelées le matin qui dessèchent la végétation. Comme il n’y a pas encore eu de repousse, on se retrouve avec un amas de végétation morte très inflammable. Quand ça part depuis cette végétation au sol, le feu atteint très vite les arbres du massif. C’est en mars et avril que l’on a des feux qui font plusieurs kilomètres à l’heure. Le risque s’atténue en mai et juin, lorsque la végétation reverdit et reprend le dessus. Puis le risque reprend au cœur de l’été. 

2 Il a déjà fait très chaud. Êtes-vous inquiet pour la saison ?

Cette année, la saison de sortie d’hiver a commencé un peu plus tôt. Là, on est en plein dedans. La situation est aggravée par le fait qu’en fin d’hiver le sol est gorgé d’eau. Notre technique, c’est d’aller chercher le feu dans le massif en faisant pénétrer les camions. Mais l’accès est rendu difficile avec les véhicules qui peuvent s’enliser. 

3 Quelles recommandations pour prévenir les incendies ? 

L’incendie suit l’homme. Là où il y a de l’activité humaine, il y a des départs de feu. Une bonne proportion est d’origine criminelle. On le voit quand les départs de feu se répètent sur un secteur ou qu’ils ont lieu de nuit par exemple… Après, il faut rappeler les règles élémentaires pour les gens qui habitent dans le massif forestier. Il faut répéter que l’on ne fait rien brûler dans son jardin. De toute façon c’est interdit. Il faut aussi entretenir la végétation autour de sa maison. C’est du bon sens. Et dire aussi que quand il y a un incendie on ne vient pas faire le curieux. Ces voitures qui viennent voir les flammes ou la fumée et qui encombrent les routes nous empêchent d’intervenir."...

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Sud-Ouest du 4 mars 2019 

Le nouveau risque du photovoltaïque 

La réunion feux de forêt organisée à Bazas a été l’occasion d’aborder un nouveau risque incendie, celui dû au développement des centrales photovoltaïques. « Sur les dix-huit derniers mois, entre cinq et dix départs de feu ont été enregistrés sur ces installations. C’est significatif », a souligné Pierre Mace, directeur de la DFCI Gironde. 

En Sud-Gironde, plusieurs départs de feu se sont déclarés sur la centrale photovoltaïque de Louchats, installée au cœur du massif forestier, comme souvent pour ce type d’infrastructures. On en compte une dizaine en Sud-Gironde. 

Les pompiers estiment que certains départs de feu sont dus à des problèmes électriques liés à des opérations d’entretien de débroussaillement. Les exploitants ont une obligation de débroussailler sur une bande de 50 mètres autour de la centrale, et de permettre l’accès au pompier qui utilisent les camions-citernes. 

Lors d’un départ de feu sur une centrale photovoltaïque, les pompiers ne peuvent intervenir sans la présence d’un technicien qui sécurise l’installation. Les délais de son arrivée sur place sont plus ou moins longs. « Entre le vieillissement des installations et le sérieux des exploitants, c’est une préoccupation que l’on aura dans le temps », a pointé le sous-préfet de Langon Éric Suzanne.