Ouest France du 22 février 2019 

TÉMOIGNAGE. Blessé, il a attendu 33 heures avant d’être soigné par l’hôpital de Brest

blesséArrivé aux urgences à 13 h le 14 février, cet homme n’aura été pris en charge et opéré que le lendemain à 22 h, après être rentré chez lui pour la nuit/ARCHIVES 

Admis aux urgences, un habitant de la région de Brest (Finistère) a dû attendre le lendemain soir de son accident pour être opéré. Nous publions ici des extraits du courrier qu’il a adressé à l’hôpital. 

« Ce 14 février, je me blesse avec ma tronçonneuse et le muscle de mon avant-bras gauche est sérieusement entamé : 7 cm de long, sur 3 de profondeur… Le saignement est important, alors nous faisons avec mon épouse un pansement de fortune, et nous nous rendons au CHU de Brest (Finistère). 

Nous arrivons aux urgences à 13 h. Je n’en sortirai que sept heures plus tard. Entre-temps, je suis resté à jeun toute la journée. Ma plaie a été nettoyée trois fois : le dernier chirurgien à s’être occupé de moi a dû sortir de la salle au moins cinq fois pour chercher des fournitures manquantes, et a été dérangé par une demi-douzaine d’appels, ce qui l’a obligé à se redésinfecter les mains à chaque fois. Après m’avoir examiné, il conclut que la blessure nécessite un passage au bloc opératoire. Rendez-vous est pris le lendemain, à 8 h du matin. Nous rentrons chez nous. 

14 minutes d’intervention 

7 h, le 15 février : je reçois un appel du chirurgien, me disant qu’il est inutile de me déplacer pour l’instant : on me tiendra au courant. Une heure plus tard, sans nouvelles et alors que ma blessure est toujours ouverte, presque 24 heures après l’accident, je rappelle pour signaler mon mécontentement. Une infirmière m’apprend qu’une chambre m’attend au service traumatologie. 

Retour au CHU : une fois installés, mon épouse et moi apprenons que je ne serai opéré que l’après-midi, du fait d’urgences plus importantes. Une légère collation m’est fournie en début de matinée. À la suite de quoi, nous patientons seize heures sans aucune information fiable. Ce n’est que vers 22 h qu’un brancardier passe me chercher. Je serai absent trois heures, pour une intervention qui a duré au total quatorze minutes. Je quitte l’hôpital vers une heure du matin. Bilan : 33 heures d’attente entre l’inscription aux urgences et la prise en charge, et ce avec une blessure ouverte. 

Quelle dégradation ! 

L’ensemble des personnels soignants qui se sont succédé, parfois simplement pour nous dire que nous n’étions pas oubliés, a fait preuve d’un réel professionnalisme. Le fait que les urgences soient priorisées est normal, et je ne souhaitais pas de régime de faveur. Mais la gestion technocratique du CHU s’avère dramatique : quelle dégradation en quelques années ! 

Une fois admis, le patient est prisonnier du système. Il doit subir une organisation déficiente qui donne peu de place à l’humain au nom d’une pseudo-rentabilité. Comme si la santé pouvait être rentable… La communication et les informations vers le patient sont nulles. Plutôt que de donner au CHU une belle vitrine, des blocs opératoires supplémentaires ouverts auraient pu faire l’objet d’une expérimentation. 

Quel dommage que la santé soit gérée par des comptables ! Courage aux soignants de travailler avec ces contraintes ! »