Sud-Ouest du 8 février 2019 

« Pour que d’autres familles ne vivent pas cela » 

LE TEICH Les parents de Quentin Ruot, épileptique, mort noyé en 2018, veulent savoir ce qui s’est passé

pour que d'autres familles

«Il y a un ou des responsables qui doivent rendre des comptes afin que cela ne se reproduise plus.» Henri et Laurence Ruot ont du mal à retenir leur colère. Ce couple du Taillan-Médoc ne comprend pas pourquoi le parquet de Bordeaux vient de classer sans suites la procédure concernant la noyade de leur fils, Quentin, décédé le 2 juillet 2018 alors qu’il effectuait avec l’Institut d’éducation motrice (IEM) de Talence une sortie au bassin de baignade du Teich. 

Classement sans suites 

« Nous irons jusqu’au bout pour que d’autres familles ne vivent pas des choses pareilles, souffle Laurence Ruot. Notre vie, c’était construire son avenir.» 

Loin de baisser les bras, les parents de l’étudiant de 23 ans qui souffrait d’épilepsie depuis son enfance ont saisi leur avocat Me Jean-Christophe Coubris. Ce dernier a déposé, il y a 48 heures, une plainte contre X avec constitution de parties civiles pour homicide involontaire entre les mains du doyen des juges d’instruction du tribunal de grande instance de Bordeaux pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire. « La décision du parquet est clairement incompréhensible », estime Me Coubris. «On nous répond que les faits ou les circonstances des faits de la procédure n’ont pu être clairement établis par l’enquête. Les preuves n’étant pas suffisantes pour que l’infraction soit constituée et que des poursuites pénales puissent être engagées.» 

Les parents de Quentin Ruot, abasourdis, pointent plusieurs manquements et font grief à l’IEM de ne pas avoir satisfait à ses obligations. 

Baignade non surveillée 

Le 2 juillet 2018, l’Institut d’éducation motrice avait organisé une sortie avec dix de ses pensionnaires souffrant de divers handicaps. Après une visite de la réserve ornithologique, le groupe est allé pique-niquer sur le bassin de baignade au Teich. L’encadrement était assuré par trois éducatrices spécialisées, une aide médico-psychologique et une éducatrice en formation. Aucune n’était titulaire d’un brevet pour surveiller la baignade. Or, ce jour-là, la baignade était non surveillée par les maîtres nageurs de la commune car l’un d’eux s’était blessé à un pied. Le pavillon avait, par conséquent, été retiré et une ardoise accrochée au mur du poste de secours indiquant clairement que la baignade n’était pas surveillée. 

«Quentin était accompagné par deux de ses référentes qui connaissaient son handicap », rappellent Henri et Laurence Ruot. Le jeune Quentin, brillant étudiant en langues étrangères appliquées, était certes un excellent nageur mais il devait être surveillé en permanence par une tierce personne en raison de ses crises d’épilepsie susceptibles d’intervenir à tout moment, sous forme d’absence et sans aucun signe précurseur. « L’IEM était parfaitement au courant de cela », dit Me Coubris. 

Lors des premières investigations menées par les gendarmes de Gujan-Mestras, il s’est également avéré que l’IEM n’aurait pas fait de demande auprès de la mairie du Teich pour se rendre sur le lieu de baignade avec le groupe de jeunes handicapés. «C’est horrible, soupire Henri Ruot. On le pensait en sécurité et il est mort à une vingtaine de mètres du poste de secours, dans un mètre d’eau et personne ne l’a vu!» 

Les parents de Quentin Ruot espèrent que l’information judiciaire leur permettra d’établir une ou des responsabilités. Quentin était leur unique enfant.