Sud-Ouest du 8 février 2019 

Le système de santé a vécu 

BORDEAUX Hier matin, premier jour du Forum Santé, dans une salle comble on est entré dans le vif du sujet : l’avenir de notre prise en charge

le système de santé a vécu

Le nouveau modèle de santé publique partira-t-il du haut, pour irriguer le bas ? Ou le contraire ? « Les deux, mon Général.» Anne-Marie Brocas, présidente du Haut-Conseil pour l’Avenir de l’Assurance-maladie a ouvert, aux côtés de Michel Laforcade, directeur de l’Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine, le second Forum Santé & Avenir organisé par le journal « Sud Ouest», hier matin. Avec une conférence inaugurale qui a mis les pieds dans le plat, sans trop éclabousser toutefois. 

En effet, Anne-Marie Brocas a dressé un état des lieux du système de santé français, sans concession. « Le modèle historique a vécu, il était centré autour de l’hôpital, des grands hôpitaux, conçu pour traiter les pathologies aiguës, a-t-elle signifié. Le scénario de rupture est en route, car notre vieux modèle, qui fut exemplaire est aujourd’hui mal outillé pour répondre aux nouveaux défis 

Le droit de mourir chez soi 

Pour autant, selon elle, le changement de «paradigme » va s’écrire «pas à pas ». «Il nous faudra partir désormais, non pas de l’offre de soin, mais des services à rendre à la population, partout, pour tous, en respectant une égalité d’accès et de niveau de soin, a-t-elle poursuivi. Pour cela, toutes les organisations seront adaptées à la réalité de chaque territoire, en tenant compte de sa diversité 

On l’a compris, les « nouveaux défis » mentionnés par la présidente de l’HCAM sont démographiques – la population vieillissante progresse – sanitaires – les maladies chroniques augmentent et les moyens thérapeutiques se multiplient – et financiers – le système hospitalo-centré coûte trop cher. Les urgences saturent partout, les médecins en milieu rural disparaissent, les médecins spécialistes se raréfient. L’accès au soin est inégal que l’on vive en ville ou à la campagne. Les deux derniers rapports de la Cour des Comptes épinglent notre vieux modèle de santé. 

Anne-Marie Brocas revendique un discours positif. Ainsi, elle avance les pistes du futur modèle de santé, celui qui comprend un réseau de proximité, « un maillage » partout, aussi bien en Creuse ou en Dordogne que dans les métropoles : « avec des centres de recours un peu partout, des équipes de soins primaires en coopération, car l’exercice de la médecine isolé n’est plus d’actualité.» 

Elle annonce aussi davantage de «lits d’hospitalisation avec une prise en charge à orientation gérontologie. Le droit de mourir chez soi. Pourquoi pas des hospitalisations à domicile.» Tout pour éviter aux personnes âgées d’aller aux urgences, ou en hôpital, alors que cette solution n’est pas forcément la réponse adaptée 

Notion de proximité à nuancer 

La machine du nouveau modèle de santé est déjà en route et Michel Laforcade, directeur de l’ARS, s’il admet cet état des lieux, revendique un « attachement» au système de santé historique. Rappelant notamment que l’espérance de vie à la naissance en France est le meilleur au monde après le Japon, et le meilleur au monde à 65 ans. Aujourd’hui en Nouvelle-Aquitaine, plus de 150 Maisons de santé pluridisciplinaires ont poussé un peu partout dans les zones en sous-densité médicale et les contrats locaux de santé touchent 60 % des habitants de la région. « Les outils existent, assure-t-il. Et contrairement à une idée reçue, toutes les initiatives ne partent pas de Paris. La notion de proximité est à nuancer. Il est indispensable de pratiquer une politique à hauteur d’homme dans les territoires, mais l’État et l’ARS sont là, pour que l’égalité de traitement soit respectée. Pour encadrer. » Donc selon lui, le changement ne peut pas forcément partir des territoires. 

Les médecins présents dans la salle, notamment les membres de l’URPS, ont un peu regretté de ne pas participer à ces constats et propositions. « Le changement de système passera d’abord par nous, les médecins en exercice a confié un généraliste venu des Landes. Et on dirait que nous sommes les derniers à être sondés.»