Sud-Ouest du 8 février 2019 

Pourquoi le réchauffement est en train d’accélérer au plan mondial 

Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les quatre dernières années sont les plus chaudes depuis que les relevés de température ont débuté, en 1850

pourquoi le réchauffement climatique

1 Quelle est l’ampleur du réchauffement constaté ? 

Organe des Nations-Unies, l’OMM indique que les quatre dernières années sont les plus chaudes depuis le début des relevés systématiques à la surface du globe, en 1850. 2018 occupe le quatrième rang, avec une température moyenne supérieure d’environ 1°C à celle qui prévalait avant la révolution industrielle, en gros de 1850 à 1900. 

Le record est toujours l’apanage de 2016 avec +1,2°C. Cette année-là avait été marquée par un puissant phénomène El Nino, un réchauffement très net des eaux de surface du Pacifique ouest. 2015 et 2017 suivent avec un écart d’environ +1,1°C. Selon la Nasa et la NOAA (l’équivalent américain de Météo France), ce sont les cinq dernières années qui sont les plus chaudes depuis le début des statistiques, 2014 venant compléter le palmarès. 

Le climat semble bien avoir franchi le cap du degré supplémentaire (par rapport à l’ère pré-industrielle) en régime «normal». Cette donnée recouvre des réalités contrastées à l’échelle du globe. L’atmosphère au-dessus des terres se réchauffe plus vite que les zones océaniques (qui représentent 71% du total). Et, même à terre, les différences restent sensibles d’un continent à l’autre et d’une région à l’autre. 

En Nouvelle-Aquitaine, «les observations de température disponibles depuis la fin du XIXe siècle indiquent que le climat s’est déjà réchauffé d’environ + 1,4°C au cours de la période 1959-2016», évalue le rapport «Anticiper les changements climatiques », publié l’an passé sous l’égide de la Région. 

La maille nationale confirme aussi les observations globales. Selon Météo France, 2018 a été l’année la plus chaude dans l’hexagone depuis 1900 – le point de départ des relevés. La température moyenne y a dépassé de 1,4°C la normale calculée sur l’intervalle 1981-2010. Devant 2014 (+ 1,2°C) et 2011 (+1,1°C). 

2 Cette hausse va-t-elle se poursuivre au fil du temps ? 

La tendance est fermement établie. L’OMM souligne que les vingt années les plus chaudes à l’échelle planétaire depuis 1850 sont toutes rassemblées dans les 22 dernières années. Ce remarquable tir groupé est plus significatif que le classement des trois ou quatre dernières années, plus important encore qu’une année record comme 2016. Ce sont des séries longues qui attestent un changement de fond. 

Le début de l’année ne dément pas l’allure de la courbe. Les relevés satellitaires attestent que janvier 2019 est au quatrième rang des mois de janvier les plus chauds à la surface du globe. Le froid exceptionnel qui a congelé le nord-est des États-Unis a beau avoir été largement médiatisé, il n’inverse pas une tendance alimentée par des  records de chaleur en Australie, dans l’océan Indien comme en Amérique du Sud. 

On ne compte plus les alertes scientifiques à propos du phénomène. Sa poursuite sera étroitement corrélée aux quantités de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote etc.) que nous enverrons dans l’atmosphère. Or la concentration de CO2 dans l’air est, à ce stade, inédite depuis une période comprise entre trois et cinq millions d’années en arrière. La température était alors de 2°C à 3°C plus élevée. 

3 Quelles conséquences à brève ou moyenne échéance ? 

Il est toujours délicat d’associer un fait isolé au réchauffement global. La variabilité naturelle du climat et l’absence de certitudes sur le changement du régime des précipitations incitent à la prudence. Les terribles inondations dans les environs de Carcassonne en octobre 2018 relèvent par exemple d’une mécanique complexe dont les effets ont été aggravés par l’urbanisation en zone inondable. Il n’en demeure pas moins vrai que les épisodes extrêmes – sécheresses, inondations brutales, canicules – se multiplient. 

Sous nos latitudes, la fonte rapide des glaciers de montagne constitue la manifestation la plus visible du réchauffement. Il faut se tourner vers l’océan pour identifier le péril le plus grave pour les temps qui viennent. L’expansion thermique de l’océan, la fonte de la calotte glaciaire du Groenland et la déstabilisation des glaciers de l’Antarctique pourraient faire monter le niveau des eaux de plusieurs dizaines de centimètres d’ici la fin du siècle. Et malmener nos côtes.