Sud-Ouest du 17 décembre 2018 

Une opération toutes les 4 minutes pour les pompiers de Gironde 

SAINTE-BARBE La célébration de leur sainte patronne, vendredi, a été pour les pompiers girondins, l’occasion de faire le bilan de leur activité grandissante

une opérationLes secours à personnes totalisent à eux seuls 100 000 opérations, en forte hausse. XAVIER LÉOTY 

Si 2017 était l’année de la rupture, 2018 est celle de l’urgence, tant la situation est difficilement soutenable. À l’occasion de la Sainte-Barbe, célébrée vendredi soir à la caserne d’Ornano à Bordeaux, les pompiers du département ont choisi de regarder les choses en face. 

Au sein du département le plus vaste du territoire métropolitain, les quelque 5 000 sapeurs-pompiers professionnels et volontaires auront réalisé près de 130 000 interventions en 2018. Soit 356 opérations par jour. Près de 15 par heure. Une toute les 4 minutes… Le record a été établi le 26 mai. À la suite d’un épisode de grêle, les pompiers sont intervenus à 800 reprises ! 

Un quotidien hors norme 

Il n’y a pas d’intervention banale. « Secours et assistance aux victimes, lutte contre les feux d’habitation et les incendies de forêts ou encore prise en charge de victimes d’accidents de la circulation : les sapeurs-pompiers girondins assurent aussi une réponse tactique aux risques inhérents aux nombreuses activités technologiques, chimiques et nucléaires notamment, présentes dans notre département », décrit le contrôleur général Jean-Paul Décellières. 

Le patron du Service départemental d’incendie et de secours de Gironde (Sdis 33) témoigne ainsi d’un « quotidien hors norme » pour les pompiers girondins avec des risques liés à la densité urbaine, aux sites fluviaux, forestiers, littoraux, industriels… « Le défi est de taille à moyen constant. 13 % d’augmentation par rapport à 2017, cela fait 15 000 interventions en plus en Gironde. Cela représente le total pour l’année en Charente ! » 

C’est évidemment le secours à personnes, avec 100 000 interventions, qui est en plus forte augmentation. Le département attire, la population augmente et les attentes du citoyen sont de plus en plus fortes. « Les sapeurs-pompiers sont souvent le dernier recours face à une situation jugée désespérée », constate Jean-Paul Décellières entre satisfaction et inquiétude. 

« Partout et tout le temps » 

Il profite de l’occasion pour rappeler l’engagement des sapeurs-pompiers (1), dénoncer les agressions verbales et physiques dont ils sont victimes et rassurer : « Le navire ne tangue pas. » D’autant que, chaque année, le Sdis 33 réhabilite des casernes, développe le volontariat, féminise, renouvelle et rajeunit ses équipes, gère le temps de travail, remplace ses véhicules et son matériel, met à jour et modernise sa cartographie, s’intéresse aux ressources en eau et aux nouveaux risques (photovoltaïques par exemple). 

« Les pompiers sont partout et ils sont là tout le temps », résume Jean-Luc Gleyze, le président du Conseil départemental et désormais président du conseil d’administration du Sdis 33. « C’est même la corporation préférée des Français. » 

Reste la question du financement, des moyens. L’équation a beau être simple – une activité en hausse de 55 % depuis 2003 quand dans le même temps le budget augmente de 15 % – la solution au problème n’est pas évidente à trouver. « Car il faut faire avec les réalités législatives », soupire Jean-Luc Gleyze. En 2002, la loi a attribué au Département la compétence et la charge financière du Sdis tout en figeant les contributions des communes et des intercommunalités. « Mais sans prendre en compte la dynamique démographique ! Or la Gironde, très attractive, a depuis gagné 271 000 habitants », fait valoir Jean-Luc Gleyze. Il faudrait au Sdis 33 plus de 7 millions d’euros supplémentaires par an pour faire face. 

Une course contre la montre est donc engagée puisque le budget primitif pour 2019 sera bientôt bouclé. Des négociations sont en cours entre le Département, Bordeaux Métropole et les intercommunalités de Gironde pour réfléchir à une contribution volontaire supplémentaire. Jean-Luc Gleyze se veut confiant. « Le Département et Bordeaux Métropole sont d’accord pour payer. Le but d’un 1,2 million pour les 27 autres intercommunalités est presque atteint puisque nous en sommes à 900 000 euros. » 

(1) Le patron du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) a eu une pensée pour l’adjudant-chef Jean-Michel Soulat, décédé en manœuvre au printemps dernier.

Une activité soutenue difficilement tenable 

130 000 C’est le nombre total d’interventions qui devrait être atteint en 2018. Soit une augmentation de 13 % par rapport à 2017. 

Secours à personnes Cette famille d’interventions totalise à elle seule 100 000 opérations. Il y a quelques années, c’était la barre fatidique redoutée pour toute l’activité du département ! 

Accidents de la route Les accidents de la circulation sont en baisse de 4,7 % mais font davantage de blessés. 

Incendies Les incendies sont à 6,3 % moins nombreux. « Et pas de feu d’ampleur cette année, comme ceux du Médoc ou de Saint-Jean-d’Illac les années passées », précise le contrôleur général Decellières.

Risques divers Ce poste qui témoigne de la diversité des risques à appréhender dans le département est en hausse de 10,4 %. 

3 700 C’est le nombre de cas où l’attente aux urgences d’un véhicule de secours et d’assistance aux blessés est supérieure à… une heure. 

271 000 C’est le nombre d’habitants gagnés par la Gironde depuis 2002, année qui sert de base au calcul de la contribution des collectivités au financement du Sdis 33. En moyenne, 10 nouveaux habitants représentent une intervention supplémentaire par an.