Sud-Ouest du 4 décembre 2018 

La Ville en partie responsable de la noyade d’une adolescente 

LIBOURNE (33) En 2015, une jeune fille de 15 ans s’est noyée dans un lac municipal alors que cinq maîtres-nageurs se trouvaient à proximité

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Un peu plus de trois ans après le drame, l’incompréhension demeure. Comment Bianca, une adolescente de 15 ans, a-t-elle pu se noyer dans le lac des Dagueys à Libourne, alors qu’elle se baignait à quelques mètres du bord en compagnie de trois amies de son âge ? 

Ce jour-là, le 16 juillet 2015, cinq maîtres-nageurs étaient présents à proximité de la zone surveillée. Celle-ci occupe un espace limité et rectiligne (100m sur 25) de cette pièce d’eau, autour de laquelle la ville de Libourne a aménagé une base de loisirs. En cette fin d’après midi, alors qu’il n’y avait pas une énorme affluence, la disparition de la jeune fille n’aurait pas dû échapper aux surveillants.

«Réaction inadaptée» 

Le 7 novembre dernier, le tribunal administratif de Bordeaux a condamné la commune à verser un peu plus de 37 000 euros de dommages-intérêts toutes formes de préjudices confondus aux membres de cette famille d’origine roumaine, dont le père travaille dans le bâtiment en Gironde. « La réaction inadaptée des surveillants à la gravité de la situation est à l’origine d’un retard dans les secours portés à la victime, qui a prolongé l’immersion », souligne la juridiction dans les attendus de son jugement. 

Bianca ne savait pas nager. Avec sa cousine et deux de leurs amies, elles avaient sagement pris soin de rester en face du poste de secours. L’adolescente qui s’était avancée dans le lac avait encore pied. Aux dires de ses camarades, elle s’amusait à mettre la tête sous l’eau. Puis elle a subitement disparu sans que personne ne s’en aperçoive immédiatement. « Lorsque ses amies ont donné l’alerte, un maître-nageur sauveteur leur a répondu: ‘‘tu es sûre que ta copine est sous l’eau. Je ne veux pas me mouiller pour rien’’», s’indigne Me Béatrice Del Rey, l’avocate de la famille. 

Dans un premier temps, les surveillants se sont contentés d’une annonce au micro, avant de se jeter à l’eau et de retrouver le corps de Bianca. La jeune fille ne pourra être ramenée à la vie et décédera deux jours plus tard à l’hôpital de Libourne. « Ils n’ont pas pris la mesure réelle du danger», constate le tribunal administratif. Les autres adolescentes n’ont pas vu leur amie couler et elles ne donnaient pas forcément l’impression d’être paniquées. D’où un possible malentendu avec les sauveteurs. Mais cela ne peut exonérer de toute faute la commune… 

Torts partagés 

Au regard du code général des collectivités locales, les maires ont en charge la police des baignades et des activités nautiques. Il leur incombe de prendre les mesures appropriées pour assurer la sécurité des personnes. Au lac des Dagueys, elles ont été déficientes. Mais selon le tribunal, l’imprudence de la victime, qui ne disposait pas «d’équipements de sécurité» et qui est allée trop loin, n’est pas non plus étrangère à l’accident. D’où un partage des torts qui revient à diviser par deux le montant des dommages-intérêts réclamées par sa famille.

Le 16 juillet 2015, sur la plage, le drapeau vert synonyme d’une baignade surveillée et sans danger particulier n’était pas hissé. Il était orange et signalait donc un risque."...

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