Peu de médecins tout comme de patients savent que les pacemakers possèdent des alarmes sonores en cas de dysfonctionnement, ni même la conduite à tenir dans ce cas.

Le Monde.fr du 9 novembre 2018 

Son pacemaker fait « tic-tac », elle appelle le SAMU

son pacemaker

Radiographie thoracique montrant un pacemaker (stimulateur cardiaque) © Wikipedia 

C’est l’histoire d’une patiente de 90 ans qui compose le 15 pour joindre le SAMU (service d’aide médicale urgente). Elle déclare que son pacemaker fait « tic-tac » depuis une demi-heure. Elle ne présente pourtant aucun symptôme. Sous traitement pour hypertension artérielle et hypercholestérolémie, la vieille dame au cœur fragile est porteuse d’un stimulateur cardiaque depuis sept ans. Le dernier a été implanté il y a un an. 

L’interrogatoire téléphonique par le Samu permet d’écarter une cause possible de ce bruit. Le service de cardiologie dans lequel le pacemaker a été mis en place chez cette patiente est contacté. Celui-ci explique alors qu’un tel « bip-bip » correspond à une alarme en rapport avec un dysfonctionnement bénin. Celle-ci ne justifie pas systématiquement le transfert immédiat du patient à l’hôpital ou dans un service de cardiologie. 

L’alarme du pacemaker s’est d’ailleurs spontanément interrompue peu de temps après. La dame âgée a été examinée en consultation le lendemain. Il s’agissait effectivement d’un  dysfonctionnement mineur du pacemaker qui fut corrigé. 

Cet appel au Samu n’est pas resté sans suite. Il a incité les urgentistes du Samu 93 de l’hôpital Avicenne à évaluer la connaissance des médecins participant à la permanence de soins Samu-Centre 15 sur l’existence d’alarmes sonores de pacemakers. 

Leur étude a été publiée dans le numéro d’octobre 2018 du Journal Européen des Urgences et de Réanimation. Quarante-deux médecins, urgentistes et généralistes, participant régulièrement à la régulation médicale et à la permanence de soins du Samu-Centre 15 de Seine-Seine-Denis ont été interrogés. Il leur a été demandé comment un patient porteur d’un pacemaker pouvait être informé d’un dysfonctionnement de leur stimulateur cardiaque sans présenter de symptômes. 

« Aucun médecin interrogé n’a évoqué une alarme sonore. Tous ont confirmé en ignorer l’existence. Un seul d’entre eux, qui avait déjà été sollicité pour un motif analogue, avait orienté le patient vers le service des urgences mais sans savoir qu’il s’agissait d’une alarme. Il est tout aussi important que les médecins, surtout les médecins non spécialistes, soient avertis de cette éventualité. Notre évaluation a confirmé que ce n’était jamais le cas », me précise le Pr Frédéric Lapostolle (SAMU 93, Hôpital Avicenne). 

Selon ce spécialiste , auteur principal de l’étude, « un effort doit être fait pour que l’existence d’une telle alarme et la conduite à tenir lors de son déclenchement soient donc connues de tous ». 

Patients et médecins insuffisamment informés  

En France, plus de 60 000 stimulateurs cardiaques sont implantés chaque année. Les auteurs préconisent la mention de cette information sur la plaquette dont sont détenteurs les patients porteurs d’un stimulateur cardiaque, voire dans le compte rendu d’hospitalisation après implantation de ce dispositif médical. 

En effet, si les patients le plus souvent informés des précautions à prendre lorsqu’ils sont porteurs d’un stimulateur cardiaque implantable (notamment en cas d’exposition prolongée à un champ magnétique de faible intensité ou d’exposition à un champ magnétique intense, même brève), ils devraient également connaître l’existence de ces alarmes sonores et de la conduite à tenir lorsqu’elles se déclenchent. Or, selon les auteurs, « cela n’est pas le cas, comme le montrent les échanges sur ce sujet dans les blogs de patients ». 

L’alarme peut être déclenchée du fait de la détection d’un champ magnétique, d’une modification d’impédance (associée à une variation de voltage de la stimulation délivrée par le pacemaker), d’un problème avec une électrode ou d’une batterie faible, indiquent les auteurs. Ils font remarquer que « l’existence d’une telle alarme sonore est évoquée beaucoup plus souvent sur les blogs de patients que sur les sites médicaux. Rares sont les publications médicales faisant référence à cette possibilité ». 

« tic-tac », « bip-bip » 

« Patients et médecins non spécialistes doivent être avertis du fait qu’un pacemakerpeut faire « tic-tac », « bip-bip » ou tout autre son. Ils doivent savoir qu’il s’agit d’un système d’alarme qui justifie de prendre contact avec le praticien ou l’équipe ayant mis en place ce pacemaker afin d’identifier et de traiter la cause de cette anomalie. Il est important que les spécialistes participent à cette éducation des patients et de leurs médecins ! », concluent les auteurs de l’étude. 

Celle-ci avait déjà fait l’objet d’une première publication destinée aux cardiologues en février dernier dans une revue médicale du même éditeur, les Annales de cardiologie et d’angiologie. Il semble que les auteurs désireux de faire savoir que les pacemakers sont le plus souvent dotés d’une alarme sonore aient, cette fois-ci, voulu se faire entendre des urgentistes. 

Marc Gozlan