Le Figaro.fr du 6 novembre 2018 

Arrêt cardiaque : deux applications pour sauver des vies

arrêt cardiaque

L’application «SAUV Life» a été adoptée par l’APHP en région parisienne, mais aussi par plusieurs Samu français, et revendique plus de 65.000 inscrits. Sauv Life 

Des alertes sur smartphone permettent d’intervenir plus vite et augmentent les chances de survie. 

Chaque minute qui passe après un arrêt cardiaque réduit de 10 % les chances de survie. Or les secours mettent en France 13 minutes en moyenne pour arriver jusqu’à la victime, avec des écarts sensibles entre ville et campagne. «Ce temps rend l’espoir de survie quasiment inexistant si aucun massage cardiaque n’est réalisé dans l’intervalle», souligne le Dr Lionel Lamhaut, médecin au Samu de Paris (Hôpital Necker). 

C’est sur ce constat que repose le lancement, depuis deux ans, d’applications pour smartphone dédiées au secourisme. Leur principe est simple : faire appel à un réseau de volontaires prêts à courir sur place pour prodiguer un massage cardiaque ou aller chercher le défibrillateur le plus proche. «En cas d’arrêt cardiaque, les personnes géolocalisées à moins de 500 mètres du malade (soit 10 minutes à pied) reçoivent un message d’alerte de la part des sauveteurs, qui envoient leur ambulance en parallèle», indique Patrick Hertgen, vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. 

En l’absence d’un système public centralisé, plusieurs applications ont été développées et se trouvent aujourd’hui en concurrence. Lancée en 2017 par une société privée, et aujourd’hui financée par le mécénat, «Les Bons Samaritains» (ou Staying Alive) est surtout utilisée par les pompiers. Présente dans une vingtaine de départements, dont Paris, elle rassemble 30.000 bénévoles sensibilisés aux gestes de premiers secours. Elle propose aussi une cartographie actualisée et précise de tous les défibrillateurs installés en France. 

Le taux de survie ne dépasse pas 5 % 

Plus récente, «SAUV Life» a, elle, été adoptée par l’APHP en région parisienne, mais aussi par plusieurs Samu français. Elle revendique plus de 65.000 inscrits. «Tout citoyen motivé peut nous rejoindre, même s’il n’est pas formé au secourisme, car il pourra toujours être utile, souligne son concepteur, le Dr Lamhaut. Les études montrent en effet qu’une action, même imparfaite, vaut mieux que rien du tout.» Le massage cardiaque sert à faire circuler le sang dans l’organisme, et continuer à apporter de l’oxygène aux organes vitaux. 

Améliorer la rapidité de l’intervention auprès des victimes d’arrêt cardiaque est un vrai défi et un enjeu majeur de santé publique. On compte chaque année en France entre 40.000 et 50.000 arrêts cardiaques - dont le taux de survie ne dépasse pas 5 %. Une étude publiée en 2015 dans le New England Journal of Medicine montre que les chances de s’en sortir sont doublées en cas de massage cardiaque mis en place avant l’arrivée des urgentistes. 

«Tout citoyen motivé peut nous rejoindre, même s’il n’est pas formé au secourisme, car il pourra toujours être utile» Dr Lamhaut, concepteur de l’application Sauv Life 

«Nous avons déjà plusieurs cas de personnes maintenues en vie par un Bon Samaritain, ou même ayant repris conscience lorsque les sauveteurs sont arrivés sur place», relate Clément Derkenne, médecin à la brigade des sapeurs pompiers de Paris (BSPP), qui utilise l’application Staying Alive en routine depuis le printemps 2017. La BSPP publie par exemple le témoignage d’un homme de 34 ans, ancien triathlète, qui a été terrassé par un arrêt cardiaque lors d’un entraînement de course à pied. «J’encourage tout le monde à s’inscrire», dit-il. 

Au-delà de ces quelques vies sauvées, le retour d’expérience dans la capitale (où Samu et pompiers sont sur les lieux en 9 minutes) est pour l’heure mitigé: 33 volontaires sont intervenus physiquement sur un malade, sur les 744 alertes lancées sur une année, tandis que 32 défibrillateurs ont pu être utilisés grâce à la cartographie. «L’intérêt de la démarche sera encore plus évident dans les zones rurales où les secours arrivent moins vite», souligne le Dr Lionel Lamhaut, dont l’application a permis 30 interventions avant l’arrivée des secours sur les 90 alertes lancées en six mois. 

Pour cela, les volontaires doivent être le plus nombreux possible. C’est notamment pour les convaincre et les rassurer sur leur responsabilité juridique qu’a été déposée en octobre une proposition de loi créant un statut de citoyen sauveteur. Seuls 40 % des Français sont aujourd’hui formés au secourisme.

Le Figaro.fr du 18 octobre 2018 

Des députés veulent une loi pour encourager les «citoyens sauveteurs»

les députés veulent une loi

Lors d'un arrêt cardiaque inopiné, les premières minutes sont cruciales. Deux députés souhaitent encourager les personnes présentes à avoir recours aux gestes qui sauvent. PATRICK HERTZOG/AFP 

Deux députés LaREM présentent jeudi à leur groupe un texte visant à encourager les citoyens à agir en cas d'arrêt cardiaque inopiné, lors duquel les premiers gestes pratiqués sont cruciaux. L'objectif est de former 80% de la population afin d'empêcher une partie des 50.000 décès annuels liés à cette cause. 

Les témoignages de rescapés autant que de la peur d'agir de nombreux citoyens ont décidé deux élus à se pencher sur le sujet. Hugues Renson, député LaREM de Paris, et Jean-Charles Colas-Roy, député LaREM de l'Isère, vont remettre ce jeudi à leur président de groupe un projet de proposition de loi visant à lutter contre les arrêts cardiaques inopinés. Cette «mort subite de l'adulte» correspond à un arrêt du cœur soudain, sans signe avant-coureur comme ceux qui peuvent exister lors d'un infarctus. L'objectif de ce texte législatif est de sensibiliser la population aux gestes qui permettent d'éviter les dizaines de milliers de décès liés à cette cause et prévoit notamment la mise en place d'un statut spécifique de «citoyen sauveteur». Il devrait logiquement être examiné à l'Assemblée nationale dans les semaines à venir. 

Les deux députés ont initié ce travail il y a un an, après avoir participé à la journée nationale de sensibilisation à l'arrêt cardiaque. Plusieurs témoignages ont été relayés à cette occasion, dont celui du footballeur David Ginola, victime d'un arrêt cardiaque brutal lors d'un match de foot en 2016. «On s'est dit qu'on pouvait faire quelque chose et proposer des évolutions pour lutter contre la mort subite de l'adulte, avec davantage de formation», nous explique Hugues Renson. Le député de Paris estime nécessaire d'agir contre cet «enjeu méconnu de santé publique», soulignant combien «les chiffres sont éloquents». En France chaque année, 40.000 à 50.000 décès sont liés à un arrêt cardiaque inopiné. «C'est 9% des décès, dix fois plus que la mortalité sur la route», insiste le parlementaire.

Une formation à tous les âges 

Partant du constat que les secours mettent plusieurs minutes à se rendre sur le lieu d'un accident et que chaque minute sans massage engendre 10% de chance de survie en moins, les deux élus à l'origine du texte souhaitent encourager les personnes présentes à assurer les premiers gestes qui sauvent. «Pour les secours, arriver en 10 à 13 minutes, c'est déjà relativement rapide. Dans ce laps de temps, le citoyen présent est le seul à pouvoir agir», fait valoir Hugues Renson. Le texte vise donc à former 80% de la population aux gestes qui sauvent, reprenant ainsi un objectif déjà fixé dans un rapport remis l'année dernière au précédent gouvernement. Actuellement, seul un quart de la population est initié à ces gestes. Pourtant, comme le rappelle l'Assurance maladie, au-delà de 5 minutes d'arrêt du cœur, les lésions cérébrales sont irréversibles.

..."Multiplier le taux de survie par trois

Ces mesures, espèrent les députés, permettraient de faire passer le taux de survie des victimes de ces accidents cardiaques de 3% actuellement à 10% d'ici quelques années."...

2018_10_18_Le_Figaro_Des_députés_veulent_une_loi_pour_encourager_les_citoyens_sauveteurs

Le Figaro.fr du 25 avril 2017 

Arrêt cardiaque : les premières minutes sont décisives

arrêt cardiaque les premières minutes

En France, chaque année, 40.000 personnes sont victimes d’un arrêt cardiaque. Kzenon - Fotolia 

"Les chances de survie à long terme augmentent sensiblement avec l’intervention rapide d’un témoin de l’accident cardiaque."...

..."«Il est important de noter que l’augmentation des gestes de réanimation par des témoins n’est pas la seule raison de cette amélioration», souligne cependant le Dr Tinne Tranberg, cardiologue à l’hôpital universitaire d’Aarhus (Danemark), qui a conduit les recherches sur le registre danois. «L’amélioration de la prise en charge par les services de secours d’urgence et les soins à l’hôpital peuvent expliquer ces résultats», ajoute-t-elle. 

Car, depuis 2013, un consensus s’est formé au sein de la Société danoise de cardiologie pour que toutes les victimes d’arrêt cardiaque dont le cœur est «reparti» («arrêt cardiaque récupéré», dans le jargon médical) bénéficient rapidement d’un examen permettant de visualiser les artères nourricières du cœur (angiographie) et, si l’une d’entre elles est occluse, d’un geste permettant de rétablir le flux sanguin (angioplastie). Ce qui implique qu’ils soient amenés par les services de secours directement dans un hôpital disposant d’un plateau technique de cardiologie interventionnelle. 

Prise en charge"...

..."«Une fois l’arrêt cardiaque récupéré, on peut se permettre de perdre un peu de temps pour aller jusqu’à un centre cardiologique particulièrement expérimenté» Le Pr Éloi Marijon, cardiologue et spécialiste des troubles du rythme cardiaque à l’université Paris-Descartes 

«En France, le transfert vers un centre disposant d’une unité de cardiologie interventionnelle est déjà réalisé quasi systématiquement depuis plusieurs années», remarque le Dr Pierre Aubry, cardiologue à l’hôpital Bichat et à l’hôpital de Gonesse. «Mais il faut aussi tenir compte de la qualité du service de réanimation de l’hôpital, car la prise en charge après le passage dans une unité de cardiologie interventionnelle est un paramètre important dans la survie», ajoute-t-il. 

Des premières minutes cruciales 

Quelle que soit la qualité de l’hôpital où est transférée une victime d’arrêt cardiaque, les premières minutes sont cruciales. «Avant même le transfert dans un centre hospitalier, explique le Dr Aubry, le plus important reste la prise en charge initiale: la durée de l’arrêt cardiaque avant le premier massage et le temps mis pour récupérer un rythme cardiaque efficace.» 

De quoi renforcer le poids du récent rapport des présidents de l’Association des médecins urgentistes de France, Patrick Pelloux, et de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, Éric Faure (nos éditions du 20 avril). Il vise à généraliser le nombre de citoyens formés aux gestes qui sauvent. 

«Le plus important reste la prise en charge initiale : la durée de l’arrêt cardiaque avant le premier massage et le temps mis pour récupérer un rythme cardiaque efficace» Le Dr Pierre Aubry, cardiologue à l’hôpital Bichat et à l’hôpital de Gonesse 

«Actuellement, écrivent les auteurs du rapport, nous estimons raisonnablement que 800.000 personnes sont formées par an», dont 200.000 élèves de troisième. L’objectif est de porter ce nombre à 2 millions par an. Mais il ne s’agit là que du PCS1 (Prévention et secours civiques de niveau 1) ou équivalent, une formation en sept heures. Il faut y ajouter les personnes suivant des sessions moins complètes de deux heures (initiation aux gestes qui sauvent) où l’on apprend à «savoir alerter correctement les secours tout en se protégeant, pratiquer un massage cardiaque, utiliser un défibrillateur, arrêter une hémorragie et installer une victime en position d’attente». L’objectif est d’initier aux gestes qui sauvent 1.450.000 citoyens chaque année. Environ 120.000 l’avaient été en 2016, à titre expérimental. 

Une ambition louable pour qui voudrait vraiment miser sur les citoyens. Car pour former 3.450.000 personnes par an, comme le préconise le rapport, il faudrait investir chaque année 57,75 millions d’euros."

2017_04_25_Arrêt_cardiaque_les_premières_minutes_sont_décisives