2018 10 23 SO Champ captant

Sud-Ouest du 23 octobre 2018 

Bordeaux Métropole veut ses forages d’eau

LE TEMPLE Demain, une délégation de Bordeaux Métropole doit rencontrer des propriétaires forestiers et le Syndicat des sylviculteurs pour une concertation sur le projet de champ captant

eau médoc

Les propriétaires forestiers craignent que le champ captant n’assèche la forêt de production. PH. J. L.

C’est un dossier autour de l’eau qui inquiète fortement les sylviculteurs du sud de la presqu’île. Il s’agit du projet de champ captant des Landes du Médoc. Sur la commune du Temple, demain, propriétaires forestiers, représentants de Bordeaux Métropole et du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest vont se retrouver pour tenter de se mettre d’accord (1). En résumé, il s’agit d’un chantier qui vise à réaliser une dizaine de forages sur les communes du Temple et de Saumos. Pourquoi un tel projet ? 

1 Des besoins en eau potable 

Bordeaux Métropole fait face à une situation complexe sur la question de l’alimentation en eau potable. Les 400 points de captage du département sont principalement concentrés sur l’agglomération de Bordeaux et sur l’axe Dordogne-Garonne, ce qui provoque une situation de surexploitation des nappes souterraines dans ce périmètre. Les nappes concernées par ce projet de champ captant dans le Sud-Médoc, ne sont, elles, pas surexploitées. Elles présentent aussi l’intérêt d’être situées à proximité du réseau d’eau déjà existant de la métropole de Bordeaux, et donc facilement raccordables. 

2 Difficile concertation entre les parties 

Jusqu’à présent, la concertation avec les propriétaires forestiers concernés pas n’a pas permis d’apaiser les inquiétudes du monde sylvicole. En clair, les forestiers – qui sont contre le champ captant – expliquent craindre que les forages, qui se situeront à 200 mètres de profondeur, ne provoquent un abaissement des nappes d’eau de surface, qui alimentent les pins des Landes du Médoc.  La question du réchauffement climatique contribue aussi à décupler cette inquiétude. En décembre 2017, lors d’une réunion qui s’était tenue sur cette même commune du Temple, la délégation de Bordeaux Métropole, représentée par la vice-présidente Anne-Lise Jacquet, n’était pas parvenue à convaincre les propriétaires forestiers, qui avaient aussi été sollicités pour donner leur accord afin que des forages d’essai puissent être réalisés sur leurs parcelles. Guillaume Rielland, le juriste du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, présent dans la salle, avait assuré qu’aucun document ne serait signé individuellement entre Bordeaux Métropole et les sylviculteurs. Lors de cette même réunion, André Pourvoyeur, propriétaire forestier et «lanceur d’alerte» sur ce dossier dès 2015, s’était fait le porte-parole de ses collègues. 

Aux représentants de Bordeaux Métropole, il avait fait part de cette exigence : « Si vous souhaitez faire ces forages, nous vous demandons avant toute chose de réaliser un état initial de l’ensemble de la zone où sera implanté le champ captant. Ensuite, si notre forêt venait à être affectée, il faut que nous nous mettions d’accord, dès le départ, sur notre indemnisation. ». 

3 Une question de temps pour obtenir des garanties 

Contacté hier par « Sud Ouest », Jean-Pierre Turon, Conseiller métropolitain délégué à la préservation de la ressource en eau, assurait que lors de la réunion de mercredi des réponses allaient être apportées. « Nous allons venir avec des compléments d’informations. Les sylviculteurs voulaient des garanties. Nous sommes sur une étape de réponses aux questionnements posés. Au final, nous espérons que le bon sens finira par l’emporter. » 

Selon Guillaume Rielland, Bordeaux Métropole a la possibilité, dans ce dossier, de prendre une déclaration d’utilité publique. Selon lui, «si jamais la Métropole et l’État voulaient passer en force, il faudra que l’on puisse travailler et œuvrer pour définir un cadre qui permette de sécuriser les intérêts des propriétaires forestiers». 

4 L’éventualité d’un passage en force… 

Pour le Syndicat des sylviculteurs, le passage en force semble plus que probable. « Je ne préjuge pas aujourd’hui de ce que va être l’attitude des sylviculteurs face à Bordeaux Métropole. Mais les remontées que j’ai sont celles de propriétaires qui sont contre le champ captant. Ils sont trop dans l’incertitude. Le Syndicat est aussi contre. » Et le juriste de redire encore: «Si le projet se fait, nous avons l’obligation morale de définir un cadre qui protège nos adhérents. » Jusqu’à présent, le calendrier pour la réalisation du champ captant prévoyait une mise en service pour 2021-2023. Il s’agirait d’exploiter 10 millions de mètres cubes d’eau par an. 

  1. Réunion demain, à 10 heures, à la salle des fêtes du Temple.