Sud-Ouest du 19 octobre 2018 

Hôpital du Sud-Gironde : la communauté médicale claque la porte

hôpital du Sud-Gironde

Bruno Marty, président du conseil de surveillance de l’hôpital. PHOTO ARCHIVES E. A.-C. 

Opposés aux décisions et aux méthodes de la direction du centre hospitalier du Sud-Gironde, des médecins démissionnent des instances représentatives. Un geste fort||RÉACTION Le président du Conseil de surveillance, Bruno Marty, et l’Agence régionale de santé défendent le transfert du service court séjour gériatrie. 

Jour de tonnerre mercredi au centre hospitalier du Sud-Gironde. En amont de la réunion du Conseil de surveillance, une trentaine de représentants du personnel, des chefs de services, des médecins, des usagers ainsi que des élus de Langon ont pris la parole pour renouveler leur opposition au transfert du service de court séjour gériatrie du site de Langon vers celui de La Réole. Une décision prise par la direction et approuvée par l’Agence régionale de santé (ARS) dans le cadre d’une restructuration plus large visant à rétablir les finances de l’hôpital. 

La délégation est venue exprimer son désarroi après le refus d’organiser un conseil de surveillance extraordinaire consacré à l’avenir de ce service. Mais aussi le mal-être du personnel qui ne comprend pas la délocalisation de ce service. Selon les professionnels de santé, l’éloignement des patients du plateau technique du site de Langon sera dommageable pour la rapidité de prise en charge dans un service que se veut en court séjour. 

Un vote pas pris en compte 

Après la prise de parole mercredi, la délégation s’est retirée. Mais aussi quatre membres du Conseil de surveillance qui ont refusé de siéger : la représentante de Force ouvrière, le vice-président du Conseil de surveillance (et maire de Langon), Philippe Plagnol, l’élue de Langon Martine Cantury et le représentant des usagers. 

« Les décisions qui ont pu être prises lors de ce conseil ne peuvent être valables, il n’y avait pas le quorum », déclare Philippe Plagnol, remonté. « Le quorum n’étant pas atteint, toute décision prise à la suite de notre départ est nulle et non avenue », renchérit Force ouvrière (FO). Des commentaires qui en disent long sur les relations avec la direction et le président du Conseil de surveillance Bruno Marty, maire de La Réole (lire par ailleurs). 

Les personnels opposés à ce transfert de service n’admettent pas que l’avis de la commission médicale d’établissement (CME) ne soit pas pris en compte. Représentant les médecins et les sages-femmes, la CME a voté au mois de septembre contre ce transfert de service par 14 voix, deux abstentions et une voix pour. 

Depuis mercredi, le mot d’ordre au sein de la commission est de démissionner. Ainsi, Hélène Tissot, chef de service gynécologie obstétrique maternité, vient de quitter ses fonctions de vice-présidente du CME. Un geste fort suivi par d’autres comme les médecins anesthésistes Philippe Touchard et Mohamed Chourbagi. 

« On est en révolte » 

« On voudrait que le choix de la CME soit respecté. Il est extrêmement inquiétant que tout dialogue soit impossible avec la direction déléguée », déplore Hélène Tissot. La chef de service décrit « une administration qui a fait le vide autour d’elle. Tout est décidé en dehors de nous et du règlement ». « On est en révolte », exprime un médecin. « C’est la crise », abonde Philippe Plagnol qui a exercé à l’hôpital de Langon. Du côté des représentants du personnel, le syndicat FO dénonce « un passage en force ». « Il faut savoir que dans notre hôpital, seule la direction et sa garde rapprochée décident de manière autoritaire de l’avenir des services, donc des personnels et des usagers. Si nous en sommes arrivés à ce stade de mobilisation, c’est parce que les instances statutaires sont bafouées et leurs membres méprisés », déclarent les représentants de FO. Le syndicat parle même de « dérives statutaires graves qui se multiplient » et annonce qu’il a décidé de « saisir les autorités juridiques compétentes ». 

À Langon, « le service est déficitaire » 

Président du Conseil de surveillance du centre hospitalier du Sud-Gironde, le maire de La Réole, Bruno Marty, est droit dans ces bottes. Il estime que le transfert du service court séjour gériatrie est un juste retour des choses puisqu’il était déjà à La Réole avant 2016. « Le service est déficitaire depuis qu’il est à Langon. On a un déficit de 350 000 euros sur huit mois. Il y a des compétences affirmées en gériatrie à La Réole où se trouve le Pôle gériatrie », argumente Bruno Marty, qui rappelle le chiffre de 3,6 millions d’euros de déficit global du centre hospitalier. 

Le président du conseil de surveillance souligne qu’au printemps la commission médicale d’établissement avait approuvé l’ensemble des 10 mesures de restructuration dont le transfert du service de court séjour gériatrie. Mais sur ce vote, des médecins parlent d’une « procédure floue » et auraient souhaité voter point par point. D’où le nouveau vote organisé le mois dernier spécifiquement contre le transfert du service dont a fait fi le Conseil de surveillance. 

Directeur départemental de l’Agence régionale de santé (ARS), Olivier Serre souligne que certains médecins seulement sont contre la restructuration. Il indique que « l’établissement est en sous-activité » par rapport à son bassin de vie. « 40 % de la population qui devrait se rendre au centre hospitalier du Sud-Gironde va sur Bordeaux. » Olivier Serre estime que ces polémiques font « du mal à l’établissement ». Il espère que la discussion pourra être renouée avec la nouvelle direction qui arrivera en janvier « afin de travailler un projet médical collectif ». Mais il prévient : « On ne reviendra pas sur ce qui a été décidé. » 

J. J.