Dans nos communes rurales il est très difficile de trouver un médecin qui consulte après 20 heures voire même 19 heures et les maisons de santé pluridisciplinaire n'ont pas réglé ce problème, bien au contraire. En effet, si un médecin souhaite recevoir en consultation sans rendez-vous ou même plus tard que ses collègues dans une même maison de santé, il se voit très vite submergé de patients et finit par jeter l'éponge en pratiquant les mêmes horaires que les autres. De plus, il n'y a pas de médecin de garde les nuits, le week-ends et les jours fériés alors, vers qui les urgences redirigeront-elles les patients dans les 24 heures ? Cela ne va-t-il pas générer de nouveaux dysfonctionnements ?

Sud-Ouest du 17 octobre 2018 

Bientôt une prime aux services d’urgences qui renverront les patients vers un médecin de ville ?

bientôt une prime

Plus de 23 millions de personnes sont accueillies chaque année dans les services d'urgences français, aujourd'hui saturés. ILLUSTRATION SO 

Un amendement au projet de loi de finance de la Sécurité sociale, actuellement discuté à l’Assemblée nationale, propose d’inciter financièrement les hôpitaux à désengorger leurs services d’urgences. 

Réorienter les patients vers des soins de ville pour désengorger les services d’urgences. C’est, en substance, la proposition du député LREM Olivier Véran, qui a présenté mardi cet amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2019, qui sera prochainement discuté à l’Assemblée. L’élu préconise d’inciter financièrement les hôpitaux à refuser de prendre en charge les patients qui ne seraient pas en urgence vitale et à les renvoyer vers leur médecin généraliste.

 

Cette disposition répond à une situation tendue : plus de 23 millions de personnes sont accueillies chaque année dans les services d’urgences français, aujourd’hui saturés. En augmentation de 2 à 3% par an, ce chiffre serait dû en majorité (60%) à des patients mal orientés ou ne parvenant pas à joindre leur médecin traitant, précise un rapport parlementaire. Parmi eux, 28% ne nécessitaient pas de soins immédiats ou d’examens complémentaires. 

20 à 60 euros par patient 

Olivier Véran propose de verser un "forfait de réorientation" aux hôpitaux qui ne prendraient pas directement en charge un patient mais lui organiseraient un rendez-vous dans les 24 heures avec un médecin de ville, un service médical de garde ou une consultation hospitalière spécialisée. Ce forfait pourrait aller de 20 à 60 euros par patient.  Six millions de malades pourraient être ainsi réorientés chaque année. Tous garderont néanmoins le droit de refuser cette prise en charge, précise le député.  

Agnès Buzyn favorable  

Interrogée mardi matin sur France Info, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn s’est dite favorable à cette proposition :  

"C’est une bonne idée. Aujourd’hui, l’hôpital n’a aucun intérêt à réorienter les patients. Nous souhaitons recentrer les urgences vers les urgences vitales. Un grand nombre de patients viennent aux urgences car ils ne trouvent pas de médecins"  

Un rapport remis lundi au ministère de la Santé précise en effet qu’aujourd’hui, en France, 8,6% des patients de plus de 16 ans ne sont pas suivis par un médecin traitant.  

Mais la proposition d’Olivier Véran ne fait pas l’unanimité parmi les principaux concernés. "Quand vous avez un médecin traitant qui vous dit qu’il est débordé et qu’il ne peut vous voir que dans 48 heures, ce n’est pas possible : l’urgence, c’est dans la journée", estime Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et membre de la CGT-Santé, interrogé par France Info.  

"Quels seront les critères pour vous renvoyer chez vous ?" s’interroge également le député LR de la Sarthes, Jean-Carles Grelier, interrogé par Les Echos . Lui craint que les patients ne soient au final réorientés qu’en fonction de leur assurance.   

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2019 (PLFSS) a débuté mardi en commission des Affaires sociales à l’Assemblée nationale. Il sera discuté dans l’hémicycle à partir du 23 octobre.