Sud-Ouest du 11 octobre 2018

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Sud-Ouest du 10 octobre 2018 

Charente : les pompiers choqués après l’agression d’un des leurs

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La victime souffre d’un traumatisme crânien. ILLUSTRATION ANNE LACAUD 

Ce jeune volontaire a eu le nez cassé par un homme ivre qu’il était venu secourir. Le mis en cause a été arrêté. 

« Encore une fois, nous sommes pris pour cible alors que nous venons aider la population. » Mardi matin, les pompiers de Charente étaient en colère, à la suite d’une nouvelle agression. 

Les faits se sont produits lundi soir. Un équipage est appelé vers 20 h 30 pour un malaise dans les rues de Jarnac. Sur place, les pompiers reconnaissent la victime : il s’agit d’un habitant à qui ils ont déjà prodigué des soins, suite à des ivresses. 

Une fois encore, le voilà saoul. Mais pour la première fois, ce trentenaire se montre violent. Dans l’ambulance, il tente une attaque contre l’un des quatre pompiers qui tente de soigner sa plaie au visage, due à une chute. Le choc est esquivé. Mais un nouveau coup de tête arrive en pleine face d’un autre pompier, âgé d’une vingtaine d’années. Bilan : fracture des os du nez, traumatisme crânien avec perte de connaissance et une interruption temporaire de travail (ITT) de cinq jours. 

Les pompiers sont choqués 

Maîtrisé par les pompiers, le mis en cause est aussitôt placé en garde à vue par les gendarmes. « Ces faits sont intolérables », s’insurge le colonel Bruno Bardin, chargé de la communication du Sdis 16 (Service départemental de secours et d’incendie). 

« Il ne faut pas laisser passer ce genre de violences. Nous encourageons nos hommes à déposer plainte le plus souvent possible. » C’est chose faite depuis mardi matin : une plainte a été enregistrée par les gendarmes pour agression, trois autres pour menaces de mort. Car en plus d’être violent, l’homme ivre a fait pleuvoir les insultes. Toujours en garde à vue mardi, il pourrait être jugé dès jeudi en comparution immédiate. 

Même dans un département rural

comme la Charente,

ces actes ne semblent donc plus isolés.

Au-delà de ce fait divers, la répétition des cas interroge. Le 31 août, à Cognac, une femme avait lancé un tensiomètre au visage d’un pompier, ce qui lui avait occasionné dix jours d’ITT. « Des faits graves comme ceux-là ne sont pas très nombreux, mais la fréquence générale des agressions contre les pompiers augmente d’environ 18 % en Charente », déplore Xavier Boy, du syndicat SPP 16. Il va plus loin dans l’analyse : « Les pompiers pallient le manque des autres services de l’État, sur des missions qui ne sont pas les nôtres. Nous sommes les derniers à répondre encore présent face aux malaises de la société. Mais on sent bien que la situation s’envenime. » 

La politique nationale est désormais de dénoncer ces actes. Toutefois, certains hésitent : « Contrairement aux policiers, nous ne sommes pas protégés, fait valoir Xavier Boy. Quand on arrive au tribunal, les mis en cause nous disent ‘‘Je vais te retrouver à la sortie’’. Dans ces cas-là, la seule solution est de donner l’adresse de la caserne à la place de notre domicile pour se protéger. On en vient à se dire qu’on ne s’est pas engagé chez les pompiers pour ça. »