Sud-Ouest du 28 septembre 2018

2018 09 28 SO Fin du numérus clausus

Sud-Ouest du 28 septembre 2018 

« Il faut contraindre les jeunes médecins » 

LOT-ET-GARONNE En zone rurale, c’est l’absence de motivation des jeunes praticiens qui inquiète

Il faut contraindre

«Si les étudiants en médecine avaient plus de valeurs citoyennes et républicaines et rendaient ce qu’ils ont reçu, […] il n’y aurait plus de problèmes de démographie médicale.» La diatribe lâchée par le président de la conférence des doyens de médecine, le professeur Jean Sibilia, le 5 septembre à l’université d’été de la Fédération hospitalière de France, avait fait bondir les jeunes carabins. Mais en Lot-et-Garonne, et plus précisément dans le Fumélois, on adhère à peu de choses près aux propos du professeur de médecine. 

Didier Caminade, président de la Communauté de communes de Fumel, se désespère lui aussi de cette «culture» dans laquelle les jeunes médecins se complairaient et qui, selon lui, contribue grandement à la désertification médicale. «Est-ce que la fin du numerus clausus va changer quelque chose à ce que l’on vit ici ? Non», ne barguigne pas l’élu. «C’est une avancée, mais cela ne résoudra pas le problème. Même s’il sort des facs 400 à 500 médecins de plus, ceux-là iraient s’installer ailleurs que dans nos campagnes. Au mieux, ils choisiraient Agen. Cela ne les intéresse pas, car il faudrait travailler plus de trente heures.» 

Pas une question d’argent 

Dans le Fumélois, la démographie médicale est en chute libre. Il resterait sept médecins pour 10 000 habitants et, selon l’ARS, 6 000 patients ne disposeraient pas d’un médecin référent et seraient donc en «errance médicale». Malgré l’implantation de maisons médicales sur le territoire, rien n’y fait 

Question d’argent ? Même pas. Il y a un an, face à l’urgence, l’intercommunalité a décidé de lancer le recrutement d’un praticien dont le salaire serait pris en charge. «J’ai proposé à une jeune femme qui effectuait des remplacements sur le territoire de lui payer un salaire de 7 000 euros par mois », raconte Didier Caminade. Le Fumélois a été placé en zone prioritaire, ce qui permet aux médecins de toucher 50 000 euros à l’installation. Le territoire est aussi classé en zone de revitalisation rurale, ce qui offre aux thérapeutes qui s’implantent une exonération fiscale pendant cinq ans… «Elle a pourtant refusé 

Question d’attractivité du territoire ? « Je veux bien croire que l’avenue de l’usine à Fumel, c’est moins joli que le golfe du Morbihan, mais tout de même… Bien sûr, on a moins d’équipements qu’à Bordeaux mais quand on travaille pour gagner sa vie, qui peut croire qu’on peut aller au cinéma et au théâtre tous les soirs ? On a une qualité de vie ici aussi !» 

Secteurs sinistrés en concurrence 

L’élu doit aussi faire face à la concurrence territoriale. «Un médecin nous a demandé 10 000 euros nets par mois pour venir. Là, on ne pouvait pas suivre. Enfin, il y a un mois, on était sur le point de recruter une médecin après lui avoir trouvé une place en crèche pour son enfant et une superbe maison dont on aurait payé les premiers loyers. On lui avait aussi trouvé des heures complémentaires à l’hôpital, ce qui lui aurait permis d’émarger à 10 000 euros par mois. Mais finalement, elle est partie dans le Gers pour les mêmes conditions… si ce n’est que là-bas, la collectivité s’engageait à payer son loyer tant qu’elle restait sur place !» 

Finalement, Fumel Communauté devrait recruter un médecin qui a consenti à faire vingt heures, obligeant du coup la collectivité à se mettre en quête d’un autre praticien pour compléter les heures. «On ne réglera pas le problème de la démographie médicale sans imposer aux jeunes docteurs de s’installer dans les zones prioritaires durant quelques années…»