2018 09 24 SO Le nombre d'interventions explose en gironde

Sud-Ouest du 24 septembre 2018 

Pompiers : rentrée chargée 

SECOURS Statut des volontaires, hausse des interventions, financements du SDIS, agressions de secouristes... Les sujets sont brûlants chez les pompiers

pompiers rentrée chargée

C’est un rendez-vous incontournable. Le congrès annuel de l’Union départementale des sapeurs-pompiers de la Gironde, qui s’est tenu samedi à Créon, fut l’occasion de prendre le pouls de cette profession. En cette rentrée, les sujets de préoccupation ne manquent pas. «Nous espérons des éclaircissements du ministre de l’Intérieur, lors de notre congrès national à Bourg-en-Bresse [Ain], le 26», confirme David Brunner, président de l’Union départementale. 

 1 Quel avenir pour les volontaires ? 

C’est l’une des premières questions qui agite le monde des soldats du feu. D’abord, à cause de l’érosion du volontariat, phénomène qui n’est pas nouveau et sur lequel Gérard Collomb a lancé une mission de réflexion. Mission qui vient de rendre un rapport comprenant 43 propositions pour relancer les engagements. Un plan doit être présenté par le ministre à Bourg-en-Bresse. 

Cette problématique est loin d’être anecdotique: sur les 247 000 pompiers en France, 194 000 sont des volontaires, 41 000 sont des professionnels et 12 000 sont des militaires. De nombreux centres de secours, surtout en zone rurale, fonctionnent grâce à eux. La Gironde compte 3200 volontaires, 1850 professionnels et 300 officiers. «Notre département n’est pas le plus touché par la baisse des engagements. Elle existe toutefois dans certains territoires ruraux», explique David Brunner. À cette donnée, s’ajoute une seconde source d’inquiétude liée à une décision de la cour de justice de l’Union européenne. Dans un arrêt rendu fin février, elle a estimé que la directive de 2003 sur le temps de travail s’appliquait aux sapeurs-pompiers volontaires belges. Une décision qui pourrait faire jurisprudence en France. « Si cette directive s’applique, alors nos communes ne seront plus défendues », craint le maire de Créon, Pierre Gachet. 

Gérard Collomb s’exprimera-t-il sur le sujet lors du congrès national ? Selon la députée Christelle Dubos (LREM), présente aux côtés du président du Conseil départemental, Jean-Luc Gleyze (PS), et du préfet, samedi, le ministre devrait annoncer «un plan ambitieux pour le volontariat » que le gouvernement entendrait «promouvoir» et «préserver». 

2 L’année devrait flirter avec les 127 000 interventions 

2017 constituait un nouveau record avec 115 000 interventions des pompiers en Gironde. Record que 2018 se prépare à pulvériser. «On devrait atteindre 127 000 interventions», a annoncé Jean-Luc Gleyze, qui préside le conseil d’administration du SDIS (Service départemental d’incendie et de secours) depuis un an. Une explosion liée à l’attractivité de la Gironde qui accueille chaque année 20 000 habitants supplémentaires. « Les interventions portent surtout sur la métropole bordelaise. Ce qui nécessite souvent la mobilisation de pompiers d’autres zones du département », a relevé Jean-Luc Gleyze. Derrière cette évolution, vient la question des moyens. Et son corollaire : les sous. Le Département plaide pour une révision du financement du SDIS et «une meilleure répartition des charges entre les collectivités ». Notamment avec les quatre principales intercommunalités que sont Bordeaux Métropole, la Cali, la Coban et la Cobas. «Un dialogue est ouvert avec elles. Des rencontres ont eu lieu ainsi qu’avec l’association des maires de Gironde», précise le président du Conseil départemental de la Gironde. Il doit voir Alain Juppé aujourd’hui. Le sujet sera abordé. 

3 L’inquiétant phénomène des agressions de pompiers 

Ce sujet de préoccupation majeure chez les pompiers a refait tristement la «une » de l’actualité avec l’agression mortelle d’un jeune pompier de Paris, le 4 septembre, poignardé par un homme en crise de démence à qui il venait porter secours. En Gironde, entre 300 et 400 faits, allant de l’insulte à l’agression physique, sont dénoncés chaque année par des pompiers. La plupart des signalements concernent des atteintes verbales. 

Face à cette situation, le Département vient de créer un groupe de travail réunissant l’ensemble des représentants des sapeurs-pompiers. Le but: définir des mesures concrètes qui pourraient être mises en place dès début 2019. De son côté, le préfet Didier Lallement a annoncé qu’il comptait réunir dans les prochains jours «un état-major de sécurité avec les procureurs consacrés à cette question». Autres pistes soutenues par de nombreux acteurs : les créations d’un numéro unique pour les appels, le 112, au lieu de la myriade de numéros qui existent actuellement en France entre le 15, le 18, le 17, et d’une plate-forme commune des services de secours. «Cela permettrait de détecter le risque dès l’alerte», estime David Brunner pour qui des formations supplémentaires sont également nécessaires. 

Concernant le numéro unique et la plateforme commune – qui devraient aussi permettre «de désengorger l’hôpital pour donner la priorité aux urgences vitales », a rappelé la députée Christelle Dubos – des travaux sont en cours, au niveau national. «Des réponses seront apportées dans les prochaines semaines», a assuré la parlementaire.