Sud-Ouest du 21 août 2018 

Les leçons de l’incendie le plus meurtrier en France

les leçons de l'incendie le plus meurtrier

De nombreuses gerbes ont été déposées. PHOTOS W. D.

les leçons de l'incendie le plus meurtrier 2

Un autre monument à côté incite à la prudence

La commémoration du grand incendie d’août 1949 a été l’occasion de mesurer l’importance du travail accompli et à accomplir pour éviter pareil drame : 82 morts. 

Dimanche, à 9 h 30, les drapeaux des anciens combattants sont alignés au pied d’un monument au mort très particulier, au Puch, en bordure de la D1010 (ancienne route de Bayonne) : celui du grand incendie de 1949. C’est bien un combat qui a été mené entre le 19 et le 25 août par ceux que l’on n’appelait pas encore des soldats du feu. Les 82 morts n’avaient pas d’uniformes. Simples habitants et élus, leurs armes étaient rudimentaires : pelles et pioches, arrosoirs, sulfateuses… Ils sont tombés en héros. Leurs noms ont été cités l’un après l’autre lors d’un appel aux morts scandé d’un « mort(s) au feu » après chaque groupe représentant une commune : Cestas, Canéjan, Gradignan, Le Barp, Léognan, Marcheprime, Pessac, Saucats, Talence, Villenave-d’Ornon… Se sont ajoutés ceux du 33e régiment d’artillerie de Châtellerault, venu en renfort. 

« 30 000 hectares, c’est soixante fois la superficie de l’incendie de Saint-Jean-d’Illac (2015) », a rappelé le maire de Cestas, Pierre Ducout, dont le grand-père avait lui-même péri dans les flammes. Un vrai champ de bataille : « Une déflagration sur 10 kilomètres, de Croix d’Hins à Saucats »… dont le maire de l’époque, Roger Giraudeau, fait aussi partie des victimes, comme le rappelle un monument spécifique. 

Si les conditions atmosphériques avaient été exceptionnelles, la configuration du massif forestier, qui méritait bien son nom par son caractère compact – la résine rapportait beaucoup à l’époque – -, avait joué son rôle. 

La diversification des cultures pour couper la propagation fait partie des leçons tirées du drame. Pierre Ducout a aussi mentionné « Les progrès du matériel, la formation, une fantastique communication, la prévention »… Il a rendu hommage au travail des sylviculteurs et des associations DFCI (Défense des forêts contre les incendies). Un peu plus loin, une autre sorte de monument, en bois et pins décharnés, aussi pédagogique que mémoriel, incite d’ailleurs chacun à la prudence, avec cet appel : « Respectez et protégez la forêt ». 

Auparavant, il avait passé en revue les rangées de pompiers, dont des jeunes, de part et d’autres des nombreuses gerbes qui allaient être déposées. 

Le travail accompli depuis soixante-dix ans, ne suffit pas : « Il faut maintenant se projeter dans les trente à soixante-dix ans à venir, avec le réchauffement climatique : élévation des températures, vent, sécheresse. D’où la nécessité d’arrêter les feux au départ. » Évoquant les récents incendies en Grèce et au Portugal, Pierre Ducout a enfin souligné l’importance de la solidarité à tous les niveaux. Elle s’est manifestée symboliquement, dimanche matin à Cestas, par la présence de représentants de toutes les communes concernées, dont le maire de Marcheprime, Serge Baudy, du 33e régiment d’artillerie de Châtellerault (une autre cérémonie a eu lieu aussitôt après sur la place du même nom au bourg) et des pompiers : le capitaine Michel, de Cestas, et le Colonel Lafourcade pour le SDIS (Service départemental d’incendie et de secours). Une autre cérémonie a eu lieu hier, lundi, à Canéjan, en présence de la députée Bérangère Couillard. 

Avec 82 morts, l’incendie qui a fait rage du 19 au 25 août 1949 reste à ce jour le plus meurtrier en France. C’est à Canéjan que l’on dénombre le plus grand nombre de victimes : 29 sur 400 habitants à l’époque. Il a concerné de nombreuses communes, notamment Cestas, Canéjan, Marcheprime, Saucats, Le Barp, Mios… Le feu serait parti de la cabane d’une scierie, à Saucats, où un gardien fumait dans son lit.