Cette jeune femme nous fait partager son indignation dans sa vidéo postée sur Facebook que nous vous engageons à regarder jusqu'à la fin. Sa colère est justifiée.

Peut-on parler de malchance ?

- La pharmacie qui la connaît depuis des années mais refuse de lui faire une piqûre pour éviter un choc anaphylactique, par manque d'ordonnance et lui demande de partir à l'hôpital de Nérac,

- Une patiente qui doit elle-même se rendre par ses propres moyens à l'hôpital alors qu'elle peut perdre connaissance à tout moment,

- Un SMUR déjà en intervention et un médecin de garde qui lui demande d'aller aux urgences d'Agen situées à 30 km alors qu'elle fait un oedème de Quincke mais qui suite à son refus, était censé lui envoyer le SAMU,

- Des pompiers, pourtant situés à moins de 800 mètres, mais eux aussi en intervention qui ne viendront jamais,

- Une attente interminable au sein d'une structure médicale sans prise en charge et une victime qui finit par perdre connaissance,

- Heureusement une infirmière qui avait finit son service est passée à cet instant et avec une collègue ont pris en charge cette personne, ouvert le service des urgences et lui ont donné tous les soins d'urgence sous les directives téléphoniques d'un médecin du Centre 15 qu'elles ont eu du mal à joindre.

Des questions restent posées : 

- Une pharmacie qui ne tient pas compte de l'urgence de la situation, est-ce normal ?

- 3/4 d'heure d'attente avant d'être pris en charge pour une telle allergie, est-ce normal ?

- Une personne qui ne peut se déplacer aux urgences n'est pas prise en charge, est-ce normal ?

- Où commence la non-assistance à personne en danger ?

- Cela n'arrive-t-il qu'aux autres ?

- Sommes-nous en sécurité ?

Sud-Ouest du 7 août 2018 

Nérac : elle frôle la mort faute d’urgences

Nérac elle frôle la ort faute d'urgence

Josette Cavillac se remet de sa mauvaise expérience aux urgences, mais sa fille, Cynthia, ne décolère pas et dénonce le mauvais traitement des territoires ruraux. PHOTOS T. SUIRE 

Vendredi soir, Josette Cavillac a frôlé la mort sous les yeux de sa fille, Cynthia. Elles étaient devant les urgences de Nérac, au cœur de l’hôpital. 

Les jours qui ont passé n’ont effacé ni l’émotion ni la colère de Cynthia Cavillac. Vendredi soir, elle assiste, impuissante à la descente aux enfers de sa mère après une piqûre de guêpe. Sur le vif, elle a raconté sa mésaventure qui a failli tourner au drame dans une vidéo devenue virale. Lundi, la mère et la fille ont accepté de revenir sur cette soirée de cauchemar.

« Je savais que j’étais allergique et que je faisais systématiquement des œdèmes de Quincke après une piqûre », raconte Josette Cavillac, désignant l’impact qui a failli lui être fatal. Elle était en train de s’occuper de l’un de ses nombreux chiens quand la guêpe a frappé. Là, depuis l’intérieur du poignet gauche, elle sent monter le venin. « Mon corps entier me démangeait. » 

Sa fille, Cynthia, opérée des deux pieds est dans l’incapacité de conduire. « J’ai donc appelé la pharmacie de garde, que nous connaissons, pour que quelqu’un lui fasse une piqûre, pour éviter le choc anaphylactique ». Refus de la pharmacie. 

Menacées depuis 2001 

Entre malchance et dysfonctionnement, la situation empire. La mère et la fille arrivent tant bien que mal devant les urgences de l’hôpital de Nérac. Qui n’ont d’urgences que le nom. C’est aujourd’hui un Smur, Service mobile d’urgence et de réanimation, avec un seul médecin. Sorti en intervention. Le médecin de garde, lui, veut les diriger sur les urgences d’Agen. « Impossible. Je ne pouvais pas conduire. Ma mère commençait à avoir du mal à respirer ». Rien à faire, l’orientation du médecin est sans appel. La colère gronde dans la voix de la jeune fille. « Dans le hall de l’hôpital, je voyais ma mère s’enfoncer et personne pour nous aider ! Au cœur d’un hôpital ! », répète-t-elle.

  

C’est une infirmière qui quittait son service qui a pris en charge la patiente. « Elle venait de perdre connaissance. » Seules ces infirmières trouvent grâce à leurs yeux. « Parce que même là, elles avaient du mal à joindre le médecin régulateur du 15. » C’est lui qui a guidé les gestes des professionnelles de santé. « Je n’en veux pas forcément aux médecins », tempère Josette. 

« Moi si ! », s’enflamme sa fille, les pieds toujours immobilisés à la suite d’une double opération. D’autant qu’en matière de mésaventure, elle n’en est pas à son coup d’essai dans ce lieu. « J’ai été agressée au mois de mars. Après ma plainte, les gendarmes m’ont orientée vers les urgences de Nérac pour constater mes blessures. J’ai d’abord été refoulée, et de façon pas aimable du tout »… 

Un mauvais souvenir ravivé et amplifié. « Qu’est-ce que c’est que ces gens, ce système, qui fait que tout le monde n’a pas les mêmes chances, que l’on puisse frôler la mort dans le hall d’un hôpital ? ». Non, décidément, l’indignation de la jeune femme n’a pas baissé d’un cran. 

Les urgences de Nérac, jugées « vitales », pour un territoire de 30 000 personnes, font régulièrement l’objet d’inquiétude. Elles doivent leur première survie à un drame de la route, en 2001, qui a coûté la vie à deux jeunes. En 2013, elles étaient jugées « sursollicitées », non pas concernant les sorties du Smur, mais les visites « inopinées » comme celle de Cynthia et sa maman. 

En 2016, lors de la fusion entre les hôpitaux d’Agen et Nérac, les habitants de l’Albret ont mis un point d’honneur à ce qu’elles soient toujours maintenues. « Mais, à quoi servent-elles si on peut risquer sa vie devant leurs portes ? », demande Cynthia. 

Contactée, la direction de l’hôpital n’était pas en mesure de répondre, lundi. Mais une tentative aurait été faite pour entrer en contact avec la famille. 

LE BON USAGE DU 15 

« Non, appeler le 15 et parler au médecin régulateur n’est pas une perte de temps », rappelle Michel Durenque, président du Conseil de l’ordre des médecins de Lot-et-Garonne. Mais, dans la panique, les personnes touchées par une urgence se tournent le plus souvent vers les pompiers, « dont ce n’est pas le rôle, excepté quand il n’y a pas d’autre choix ». Ou se déplacent. « À Nérac, il n’y a qu’un seul médecin, ce n’est pas le premier endroit où l’on envoie les personnes », précise le médecin. Surtout si le Smur (Service mobile d’urgence et de réanimation) est déjà en intervention, ce qui était le cas vendredi soir. « Cette bonne orientation du patient permet une meilleure prise en charge ». Ce qui n’enlève rien à l’indignation de Cynthia Cavillac. « Pourquoi n’avons-nous pas droit à de vraies urgences ? »