A l'exemple d'autres départements comme celui de la Gironde, le Lot-et-Garonne réorganise son dispositif opérationnel. Seulement voilà, les personnes consultées sont celles qui ont mis en place une nouvelle organisation et non pas celles qui la subissent. 

Les communes qui voient leur effectif de sapeurs-pompiers supprimé, ne sont certainement pas de cet avis et encore moins leurs administrés (des habitations entièrement détruites par des incendies, des délais d'intervention pour des secours à personne rallongés, des feux de forêt difficilement contrôlables...) 

Le SDIS 47 se targue d’un maillage des secours performant et d'un délai d'intervention inférieur à 10 minutes (délai calculé sur l'ensemble de département). Seulement, comme le précise très judicieusement le Maire de Mézin, la caserne n'aura plus de sapeurs-pompiers professionnels, et surtout, seuls deux des dix-sept pompiers volontaires mézinais travailleraient actuellement sur la commune, les autres étant artisans et amenés à travailler sur des chantiers éloignés, ou salariés dans d’autres communes. Comment feront-ils donc pour rapatrier au plus vite la caserne de Mézin en journée ? Les délais d'intervention seront-ils toujours inférieurs à 10 minutes ?

Pourquoi faut-il toujours baser des secours en fonction du nombre d'intervention ? Les habitants des petites communes rurales n'ont-elles pas le droit, elles aussi, à des secours performants ? 

Les SDIS ne cessent de faire remarquer que leur mission première n'est pas le secours à personne puisqu'il s'agit d'une mission partagée mais le SDIS 47 rappelle également qu'il représente 76 % de ses interventions. En otant les sapeurs-pompiers professionnels des petites casernes, donne-t-il les mêmes chances aux victimes d'urgence médicale ?

Une fois de plus, l'aspect financier prend le pas sur le service public. Pourtant au regard des récentes actualités ne devrait-on pas tout faire pour éviter de nouveaux drames ?

Sud-Ouest du 13 juillet 2018 

Lot-et-Garonne : les pompiers préparent les secours de demain

lot-et garonne pompiers

De quatre groupements, le département passe à deux. ARCHIVES SUIRE THIERRY 

Le Service départemental d’incendie et de secours réorganise son dispositif opérationnel, en septembre, pour mieux coller aux besoins||Le plan de construction et rénovation des casernes entre dans sa deuxième phase, 2018–2020.

Depuis son arrivée à la tête du Service départemental d’incendie et de secours de Lot-et-Garonne (Sdis 47), il y a moins d’un an, le colonel Jean-Luc Queyla n’a pas chômé. Il faut dire qu’un volumineux dossier l’attendait sur son bureau, la réorganisation de l’établissement public (1) au plus près des besoins territoriaux.  Après avoir fait le tour des casernes, consulter dans et hors du département, le chef des pompiers lot-et-garonnais met en place sa nouvelle organisation, pour une effectivité au 1er septembre. 

« La mise en place des quatre groupements territoriaux datait des années 2000, au moment de la phase de départementalisation des Sdis. Il était nécessaire de s’interroger sur la réadaptation du dispositif opérationnel aux besoins d’aujourd’hui. D’autant que le nombre d’intervention par an continue d’augmenter : 24 543 en 2017, soit autant presque autant que la Dordogne qui compte 100 000 habitants de plus. En Lot-et-Garonne, nous avons 220 sapeurs-pompiers professionnels et environ 1 100 volontaires, 44 centres de secours dont 11 avec des professionnels. Pour trois d’entre eux, on s’interrogeait sur l’opportunité de maintenir des professionnels au vu du faible nombre d’intervention par an », détaille le colonel Queyla. Dès 2019, Mézin, Houeillès et Sainte-Livrade-sur-Lot devraient ainsi ne plus compter de pompiers professionnels, redéployés sur d’autres centres de secours plus sollicités. 

"Nous devons apprendre à rediriger via le Centre de traitement et de régulation des appels d’urgence, vers d’autres services le cas échéant, avant d’engager des secours" 

« L’objectif est aussi de mettre un outil de pilotage au sein de l’état-major, faisant office de contrôle de gestion, pour savoir si les objectifs sont remplis, poursuit Jean-Luc Queyla. Nous avons engagé un travail sur tous les aspects des urgences, nous nous sommes demandé si toutes les interventions relèvent véritablement de nos missions, (le secours à la personne représente 76 %, selon le bilan opérationnel 2017, NDLR) et devons apprendre à rediriger via le Centre de traitement et de régulation des appels d’urgence, vers d’autres services le cas échéant, avant d’engager des secours. »

Avec une intervention en moins de dix minutes (9’47 très exactement), le Sdis 47 peut se prévaloir d’un maillage des secours performant. 

Les craintes entendues 

Un redécoupage territorial allait de pair avec la nouvelle organisation. De quatre groupements territoriaux, le Lot-et-Garonne va passer à deux (Est et Ouest, voir la carte ci-dessous), peu ou prou selon la même cohérence que les services décentralisés de l’État dans le département. « Nous allons renforcer les centres mixtes, auparavant gérés par un seul chef professionnel, avec un adjoint, afin de garantir une continuité de commandement. Ce redéploiement n’engendra aucune suppression de poste ou de fermeture de caserne. De même, les communes concernées par le départ des pompiers professionnels ne seront pas lésées du point de vue opérationnel. J’ai entendu les craintes des maires mais je peux assurer que nous allons renforcer ce lien de proximité avec toujours le même objectif : assurer une équité territoriale. » De 1 100 pompiers volontaires en Lot-et-Garonne aujourd’hui, le colonel Queyla aimerait atteindre les 1 600 dans les années à venir. « Nous manquons davantage de disponibilité que de personnels. Nous avons relancé des campagnes de recrutement sur le terrain qui marchent bien.

Depuis le début de l’année, nous avons formé 26 sapeurs-pompiers au seul secours à personne, soit 60 heures de formation au lieu de 140 pour l’ensemble des missions. Une manière, là encore de répondre aux besoins les plus prégnants et de continuer à construire le Sdis de demain. » 

  1. Le Sdis 47 est un établissement public administratif géré par un conseil d’administration composé d’élus. 

Le programme immobilier se poursuit 

Dix-sept nouveaux chantiers ont été programmés pour cette deuxième phase du programme pluriannuel immobilier sur les années 2018–2020 (PPI II). En matière de constructions urgentes, La Sauvetat-de-Savères, Sainte-Bazeille, Monflanquin, Miramont-de-Guyenne devraient être les premières servies. 

29 millions de budget en 2017 

Des aménagements au sein des casernes d’Aiguillon, Duras, Francescas, Pont-du-Casse (services techniques) et l’installation de l’école départementale du feu dans l’ancienne caserne d’Houeillès devraient également être réalisés en priorité. La répartition financière est conventionnée à parts égales entre les communes-EPCI (un tiers), le Conseil départemental (un tiers) et le Sdis 47 (un tiers). 16 centres d’incendie et de secours ainsi que le centre départemental de traitement et de régulation de l’alerte ont été rénovés ou reconstruits depuis 2008 dans le cadre de la première vague du programme pluriannuel immobilier du Sdis. 

En 2017, le budget du Sdis 47 était de 28 975 025,35 euros, abondé à 54 % le Conseil départemental de Lot-et-Garonne, à 37 % par les communes et intercommunalités, et 9 % émanant d’autres ressources.

47infos du 27 juin 2018 

Restructuration des casernes : Mézin, Sainte-Livrade et Houeillès n’auront plus de pompiers professionnels

47infos 

Confronté à des difficultés financières, le Service Départemental d’Incendie et de Secours se réorganise. Après de nombreuses réunions, le 6 juin dernier, il a été décidé de supprimer les postes de pompiers professionnels dans les casernes effectuant moins de 1 000 interventions par an, soit Mézin, Houeillès et Sainte-Livrade-sur-Lot, afin de les répartir dans d’autres centres de secours. Une décision qui a du mal à passer auprès des maires de Mézin et de Sainte-Livrade-sur-Lot, inquiets de savoir si le service de secours sera toujours aussi efficace après le départ des professionnels. 

Une restructuration « sans suppression d’emploi ni de fermeture de caserne »

une restructuration 

Confronté à des difficultés financières pour assurer le fonctionnement de ses casernes, le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS 47) envisage une réorganisation de ses effectifs professionnels. Sont concernées, les casernes de Mézin, Houeillès et Sainte-Livrade où les interventions sont inférieures à 1 000 par an. Les explications de Jean-Luc Queylac, directeur du SDIS 47. 

Quelle est la situation financière actuelle du SDIS 47 ? 

Jean-Luc Queyla : Le SDIS 47 est un établissement public financé à 40 % par les communes, et 60 % par le Conseil départemental, soit environ 26 millions d’euros pour le fonctionnement. Depuis trois ans, les dotations baissent. Si bien que les dépenses du SDIS sont supérieures aux recettes. On note une augmentation de 2 à 3 % par an depuis 2012.

Notre organisation est également à remettre en cause : elle date des années 2000. Nous effectuons plus de 24 000 interventions par an. Cela peut paraître important mais au vue de l’augmentation de la population qui est proche du 0 %, nous devons établir de nouvelles règles, poser plus de questions au téléphone afin d’envoyer les bons moyens.  L’objectif est donc de stabiliser le budget, tout en conservant les centres en zones rurales et le nombre de pompiers professionnels, aujourd’hui au nombre de 220 sur le département. 

Quels sont les aménagements prévus pour y remédier ? 

J-L.Q : Depuis le 6 juin le principe d’une restructuration est actée. Nous passerons progressivement de 4 à 2 groupements territoriaux à Agen et Marmande, et s’assureront de la simplification des démarches entre les casernes et le SDIS47 et assureront la réponse opérationnelle, notamment pour le recrutement des volontaires.

Enfin, il a été décidé de mieux répartir les pompiers professionnels sur le territoire, tout en s’assurant que les volontaires ne soient pas surchargés.

Ces décisions n’ont pas été prises à la légères, elles sont le résultats de 45 réunions réalisées en six mois avec les parties concernées et en prenant exemple sur ce qui existe déjà dans d’autres départements. 

Cela représente-t-il une menace pour les emplois et les 44 casernes du département ? 

J-L.Q : En aucun cas il n’est question de suppression de poste ou de fermeture de caserne. Les 44 casernes, les 220 pompiers professionnels et 1 200 volontaires sont conservés. On ne touche pas au maillage territorial qui est très bon et qui nous permet d’intervenir partout en maximum 10 minutes. Pour autant, il y a trop de disparités sur la répartition des pompiers professionnels par rapport au nombre d’interventions par an. 

Les casernes de Sainte-Livrade-sur-Lot, Houeillès et Mézin sont directement concernées. Pouvez-vous nous en expliquer les raisons ? 

J-L.Q : Les centres de ces communes enregistrent moins de 1 000 interventions par an, ne nécessitant pas toujours la présence de professionnels que nous pourrions mobiliser ailleurs.
Par exemple, Mézin, c’est 359 interventions en 2017, pour 5 pompiers professionnels. En comparaison, Nérac a fait trois fois plus d’interventions avec 4 professionnels. Ces postes seront donc répartis dans les centres qui en ont besoin, comme Fumel, Tonneins, Le Passage (1 à 2 postes supplémentaires prévus dans ces casernes), Nérac devrait passer de 4 à 12 professionnels et Casteljaloux de 14 à 18.

Que répondez-vous aux inquiétudes des maires de ces communes ? 

J-L.Q  : Les choses se feront progressivement. Une réflexion est déjà en cours avec les pompiers de Sainte-Livrade qui ont définis qu’il serait possible de passer de 4 à 2 pompiers professionnels dès septembre et à 0 en 2019. Une consultation est également prévue à Mézin à partir du 1er septembre.
Il est important de souligner que nous ne les abandonnons pas. La caserne de Mézin doit entièrement être rénovée et le recrutement de volontaires a déjà commencé. Nous enregistrons déjà 5 inscrits à Sainte-Livrade.
 

Propos recueillis par M.P 

Mézin : Les six pompiers professionnels sur le départ

mézin les 6 pompiers 

Le plan de restructuration national du dispositif pompier professionnel aura un impact sur la caserne de Mézin et son fonctionnement. 

La caserne de Mézin fonctionne aujourd’hui grâce à la présence de six pompiers professionnels et dix-sept pompiers volontaires sous la houlette du chef de centre, l’adjudant-chef Lataste. La restructuration du dispositif envisagée au niveau national aura pour conséquence le départ des pompiers professionnels pour d’autres casernes, tandis que celle de Mézin sera à l’avenir gérée par un chef de centre volontaire, qui sera à la tête d’une équipe composée exclusivement de pompiers volontaires. Enfin presque. Car en période de feux de forêt, c’est-à-dire de mars à octobre, trois à quatre pompiers professionnels seront en garde postée à Mézin, prêts à partir en cas de départ de feu dans les environs.
Cette perspective inquiète Jacques Lambert, maire de Mézin : « 
La caserne de Mézin est excentrée par rapport aux autres casernes. Elle ne sera pas fermée, mais il y a quand même un souci. Mézin se trouve aux confins du département, à la limite des Landes et du Gers. Certains villages comme Saint-Pé Saint Simon sont très isolés. Si les pompiers doivent à l’avenir partir de Nérac pour porter secours à une personne, ils arriveront trop tard ! » Selon l’adjudant-chef Lataste cependant, des conventions existent depuis longtemps entre les casernes de Mézin et Fourcès ou Gabarret, qui interviennent déjà régulièrement sur ce secteur. Le Colonel Queyla, directeur du SDIS 47, estime que le maillage du département est très bien fait, permettant un délai d’intervention maximal de dix minutes sur l’ensemble du territoire lot-et-garonnais. 

Un appel aux volontaires 

Francis Da Ros, président du SDIS, explique quant à lui, que le remplacement des pompiers professionnels serait effectué au prorata de l’arrivée des pompiers volontaires à compétences équivalentes. Ces restructurations sont la conséquence directe des baisses de dotation du Conseil Départemental, et elles ne semblent pas faire l’unanimité chez les pompiers mézinais, qui n’ont cependant pas d’autre choix que d’accepter les décisions de la direction. Seuls deux des dix-sept pompiers volontaires mézinais travailleraient actuellement sur la commune, les autres étant artisans et amenés à travailler sur des chantiers éloignés, ou salariés dans d’autres communes. La caserne de Mézin est donc toujours à la recherche de sapeur-pompiers volontaires.
Âgés de 17 ans minimum, ils sont soumis à des tests physiques et doivent répondre à des critères de bonne santé. Ils reçoivent une formation transverse pour pouvoir intégrer le corps des sapeur-pompiers volontaires. Ces volontaires perçoivent une vacation horaire en cas d’intervention pour compenser la perte de salaire, si aucune convention n’est signée avec leur employeur. L’appel à candidature est donc lancé ! 

Céline Larigaldie 

Sainte-Livrade : « Avertir des risques » mais « ne pas s’alarmer » 

sainte-Livrade 

Également concernée, Sainte-Livrade-sur-Lot devrait voir partir ses quatre pompiers professionnels. Si ces derniers travaillent en collaboration avec le SDIS pour assurer la suite du service, le maire alerte d’ores et déjà sur les risques pris avec cette réorganisation. 

Ancien pompier-volontaire, Pierre-Jean Pudal, maire de la commune, ne pouvait pas rester insensible à cette réorganisation. Inquiet de voir partir les quatre pompiers professionnels de sa commune, l’élu dénonce un manque de communication et de concertation de la part du SDIS 47, mais plus que tout, la décision départementale de « ne pas se donner les moyens. Quand on commence à faire des économies sur un service de secours, jusqu’où irons-nous ? »
La caserne de Sainte-Livrade, c’est aujourd’hui quatre pompiers professionnels, 25 volontaires et un chef de centre, Olivier Delannoy pour qui il n’y a «
 pas de raison de s’alarmer. Il va y avoir une phase de mise en place et le maillage actuel est suffisant pour répondre aux besoins de la population. » Si le maire reconnaît que la caserne a déjà fonctionné sans pompier professionnel par le passé, il estime qu’il faudra 2 à 3 ans pour former de nouveaux volontaires à toutes les compétences, rappelant que ces derniers n’habitent pas toujours la commune et ne pourront donc pas assurer les gardes de jour. « S’il faut sortir des pompiers de Villeneuve pour venir ici, pourquoi ne pas les y laisser », interroge-t-il. Autre point d’alerte, si le SDIS affirme qu’aucun poste ne sera supprimé, l’élu ne l’entend pas ainsi : « On nous parle de budget constant : donc pas d’augmentation de dépense. En recrutant des volontaires, on augmente la masse salariale. On va donc embaucher plus de petits salaires au détriment de postes de gradés. »
Prudent sur ces échanges entre la commune et la direction départementale, le chef de centre réaffirme sa volonté de travailler avec le SDIS : « 
En tant que professionnels, il faut évoluer. Nous ne sommes plus des pompiers communaux mais départementaux. Ce serait une erreur de prendre cette réorganisation comme quelque chose de subit, car cela n’est pas le cas. » 

M.P