Ouest France du 12 juillet 2018 

Mort de Naomi Musenga : le paracétamol, courant mais potentiellement dangereux

paracétamol

Le paracétamol est une molécule. On peut l'acheter sous différentes marques : Claradol, Dafalgan, Doliprane, Efferalgan, Panadol... | OUEST FRANCE 

Naomi Musenga est décédée d'une intoxication au paracétamol, affirme la procureur de Strasbourg. La jeune femme de 22 ans avait contacté le Samu, mais son appel n'avait pas été pris au sérieux. Son décès prouve qu'un surdosage au paracétamol peut s'avérer mortel. On ignore souvent que cette molécule utilisée très couramment en automédication ne fait pas bon ménage avec l'alcool ou les maladies hépatiques. On doit aussi éviter d'en consommer plus que la dose recommandée par jour. 

Du paracétamol, on en consomme tous. Un mal de tête, de ventre, de dents... Toute la famille en prend sous une forme adaptée à son poids. Mais ce médicament qu'on retrouve dans toutes les armoires à pharmacie n'est pourtant pas toujours sans conséquence. 

C'est ce qu'illustre tristement l'affaire Naomi Musenga. D'après la procureure de Strasbourg, Yolande Renzi qui a rendu ses conclusions ce mercredi 11 juillet, la jeune maman de 22 ans serait décédée des suites d'une intoxication au paracétamol. 

Effets dévastateurs sur le foie 

« Le paracétamol, c'est la meilleure et la pire des choses, confirme le pharmacologue François Chast. C'est un médicament anodin, très bien toléré dans 99,999% des cas mais qui devient une arme extrêmement dangereuse quand il est utilisé en dehors des clous ». 

Le paracétamol est une molécule. On peut l'acheter sous différentes marques : Claradol, Dafalgan, Doliprane, Efferalgan, Panadol... Cela n'a rien à voir avec l'aspirine ou de l'ibuprofene, qui sont des molécules différentes.

Le surdose en paracétamol peut en effet avoir des effets dévastateurs sur le foie. C’est pour cette raison qu’il est fortement déconseillé aux personnes souffrant d’une maladie grave du foie sans un avis médical. « Le paracétamol est une molécule qui, après son ingestion, est transformée par le foie en un métabolite toxique (N-acétyl p-benzoquinone imine) capable en cas de surdosage de détruire les cellules du foie », a ainsi expliqué le pharmacologue clinicien Jean-Paul Giroud au site spécialisé Médisite. Il est conseillé de ne pas excéder 3 g par jour pour un adulte et de bien espacer les  prises (4 heures minimales d'intervalle). 

A éviter un lendemain de fête alcoolisée 

« Quand on prend 4 grammes par jour pendant plusieurs jours, en particulier si on consomme de l'alcool en même temps, c'est de nature à provoquer une hépatite médicamenteuse dite fulminante, c'est-à-dire radicale rapidement », souligne le Pr Chast. Faute de traitement rapide, cette affection du foie peut être fatale.

Ingérer trop de paracétamol un lendemain de fête alcoolisée peut donc s’avérer dangereux et créer d’importantes lésions au foie.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), « une dose unique de 10 à 15 grammes suffit à provoquer une nécrose hépatique pouvant être mortelle ». C'est pourquoi le paracétamol est souvent utilisé dans les suicides. 

Les symptômes d'un surdosage peuvent survenir tardivement (après 24h) et sont difficiles à déceller : nausées, des vomissements, un manque d'appétit, des douleurs abdominales. 

La famille de Naomi Musenga n'y croit pas 

La mort de Naomi Musenga, décédée le 29 décembre à 22 ans après avoir été raillée au téléphone par une opératrice du Samu de Strasbourg, est « la conséquence d'une intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours »a indiqué mercredi la procureur de cette ville, Yolande Renzi. « La destruction évolutive des cellules de son foie a emporté une défaillance de l'ensemble de ses organes conduisant rapidement à son décès ».

Des conclusions contestées par la famille: « Je ne crois pas que la prise de paracétamol soit la cause qui a précipité le décès de ma fille », qui était « bien informée sur la manière de prendre ce médicament », a réagi le père de la jeune femme. 

Une surdose de paracétamol provoque d'abord des « signes discrets d'irritation gastro-intestinale », selon l'OMS. Ils « sont généralement suivis deux jours plus tard d'anorexie, de nausées, de malaise, de douleurs abdominales, puis de signes progressifs d'insuffisance hépatique et, finalement, de coma hépatique ». 

200 médicaments contiennent du paracétamol 

« Chaque année en France, près d'une centaine de transplantations hépatiques (sur environ 1 200 au total, ndlr) sont liées à une intoxication au paracétamol », déplore le Pr Chast. « C'est une proportion considérable, tout ça pour un mésusage d'un médicament réputé anodin ».

Et même si on est vigilant, on peut parfois dépasser la dose maximale sans le savoir. « Il existe 200 médicaments qui contiennent du paracétamol, je suis spécialiste des médicaments depuis 50 ans et je suis incapable de tous les citer », dit à l'AFP le professeur Jean-Paul Giroud.

« Si vous en prenez deux, par exemple l'un prescrit par un médecin et l'autre en automédication, vous pouvez vous retrouver à des doses supérieures à 4 grammes par jour », poursuit-il.

Le professeur Giroud plaide pour une meilleure information du grand public sur les dangers potentiels du paracétamol : « Il y a un problème d'information pour lequel je me bats depuis 40 ans, mais on ne peut pas dire que les pouvoirs publics s'en saisissent. C'est à eux d'insister là-dessus ».