Que dire après la lecture de cet article ?

Pour quelles raisons fait-on toujours intervenir les sapeurs-pompiers sur la voie publique alors que les urgences du CHU de Bordeaux étaient si proches ?

De même, ne vous présentez pas dans une caserne de pompiers pour une urgence médicale, c'est le Centre 15 qui est habilité à intervenir. 

Ne devrait-on pas comparer les délais d'intervention des deux entités à l'instant "T" afin de fournir à la victime la prise en charge la plus rapide au lieu de suivre, à la lettre, une réglementation préjudiciable à sa santé ?

Si le 15 et 18 étaient réunis au sein d'une même plate-forme, les secours les plus proches auraient pu être diligentés.

Un appel de détresse devrait toujours avoir une réponse rapide, la victime comme ses proches se fichent de qui viendra la secourir. Ils veulent juste qu'elle bénéficie d'un maximum de chance.

Sud-Ouest du 29 mai 2018 

Pompiers et Samu étaient pourtant à côté

bordeaux son mari meurt près d'une caserne de pompiers

Christina Liliana, compagne de la victime, aux côtés de son avocat, Me Jacques-Brice Momnougi. PHOTOTHIERRY DAVID 

GIRONDE La compagne d’un homme décédé d’un arrêt cardiaque, dans la rue, à proximité des services de secours, saisit la justice et dénonce leur organisation défaillante.

Le 16 septembre 2016. Wabakolo Fwanda quitte les urgences du CHU de Bordeaux. Venu pour une simple consultation à la suite de douleurs tenaces à la gorge, cet ouvrier du bâtiment d’origine angolaise a été gardé en observation pendant deux jours pour subir des examens. Ils n’ont rien révélé de grave, aucun lien n’ayant été établi avec les troubles cardiovasculaires dont il a souffert par le passé.  Il est plus de 13 heures lorsque le quinquagénaire longe l’arrière du centre hospitalier pour rejoindre la station de tramway toute proche. Il marche dans une petite rue à qui on a donné le nom de William Booth, le pasteur anglais ayant fondé l’Armée du salut. 

Sur le trottoir, il s’affaisse brutalement. Vers 13 h 25, une étudiante en pharmacie qui se dirige aussi vers la station de tramway, l’aperçoit, gisant sur le dos, à même le sol. Elle accourt, le place en position latérale de sécurité avant de composer le 18, le numéro d’urgence des pompiers. À peine a-t-elle donné l’alerte qu’elle le voit se redresser avant de s’effondrer à nouveau, pris de convulsions. 

La trop longue attente… 

"Il se sentait fatigué mais ils l’ont laissé sortir. Il s’est passé quelque chose d’anormal"


Désemparée, elle ne peut qu’attendre. Les minutes, interminables, défilent. Le Samu est pourtant à deux pas, la caserne d’Ornano, la plus proche, se trouvant à un kilomètre de là. « Les pompiers ont mis du temps. Ils venaient de loin », expliquera un peu plus tard la jeune femme lorsqu’elle sera entendue par les services de police. 

Entre son appel et l’arrivée du véhicule, une bonne demi-heure s’écoule. Les sauveteurs dépêchés sur les lieux par le centre opérationnel des services d’incendie et de secours de la Gironde (Sdis 33) partent de Saint-Médard-en-Jalles. Ils font au plus vite. Mais ils doivent traverser toute la métropole bordelaise où l’on circule de plus en plus mal. Une fois rue William Booth, ils joignent aussitôt le Samu. Les médecins tentent de le réanimer mais en vain. « Décès sur la voie publique », mentionne le certificat établi à 14 h 30. L’autopsie, pratiquée à la demande du parquet de Bordeaux, révélera ensuite que la mort est imputable à une pathologie cardiaque. Aurait-elle pu être prévenue ? 

Le droit de savoir 

Pendant des mois, sa compagne, Cristina Liliana, la mère de sa fille de 11 ans, a contacté régulièrement la police pour obtenir des explications. « Le matin de sa disparition, avant de rejoindre l’école où je travaille, je suis allé le voir. Il se sentait fatigué mais ils l’ont laissé sortir. Il s’est passé quelque chose d’anormal », lâche cette femme intimement persuadée qu’il aurait pu être sauvé. 

Lorsque le dossier a finalement été classé par le parquet de Bordeauxelle a saisi un avocat, Me Jacques-Brice Momnougui, pour engager une procédure en responsabilité devant le tribunal administratif contre le CHU et surtout le Sdis 33. « L’enquête pénale a été plus que sobre, déplore le juriste. On a interrogé la veuve et deux ou trois personnes sans aller plus loin. On ne sait toujours pas pourquoi l’organisation des secours a été défaillante. »

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Le Sdis 33, mis en cause dans cette affaire, se refuse à ce stade à tout commentaire. Le syndicat SUD évoque une hausse importante du nombre d’interventions. CRÉDIT PHOTO : ARCHIVES AFP 

La direction du Sdis prend prétexte de la procédure judiciaire en cours pour se refuser à tout commentaire. « Je n’en ai pas entendu parler, reconnaît Jean-Pierre Darmuzen, le secrétaire général du syndicat Sud. « Lorsque tous les moyens d’un centre de secours sont engagés, on en sollicite un autre. Ce jour-là, la caserne d’Ornano n’était peut-être pas en capacité de répondre à l’appel. » 

"Entre 2002 et 2017, les pompiers sont passés de 70 000 à 120 000 interventions par an" 

Selon le syndicaliste, les circonstances de ce décès témoignent des tensions qui pèsent sur les sapeurs-pompiers girondins dans un département dont la population a crû de 100 000 habitants en cinq ans. « Entre 2002 et 2017, nous sommes passés de 70 000 à 120 000 interventions par an. Les budgets ne suivent pas. Nous ne pouvons plus répondre efficacement à ces sollicitations croissantes. » 

« Des réponses inadaptées » 

Même s’il est prématuré de parler de dysfonctionnements, l’affaire entre en résonance avec la mort de Naomi Musenga, décédée à 22 ans à Strasbourg. En Alsace, c’est le service de régulation du Samu, le 15, qui est pointé du doigt pour ne pas avoir pris au sérieux l’appel d’une jeune femme en grande souffrance. 

15 ou 18, la situation de ces deux numéros d’urgence se ressemble. Ils sont souvent saturés, le nombre d’appels ayant triplé en 20 ans. Et leur coexistence n’est pas forcément un gage d’efficacité. « Ils continuent dans les faits à travailler en parallèle, ce qui est source fréquente de retards et de réponses inadaptées  », observait récemment Christophe Prud’homme, le porte-parole des médecins urgentistes de France. 

2018 05 30 SO Un rapport attendu