Ouest France du 23 mai 2018 

Pompiers volontaires : un rapport appelle à un « choc de recrutement »

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Un rapport remis au gouvernement se donne pour objectif de susciter des vocations de pompier volontaire.  | Photo d'illustration Ouest-France/Joël LE GALL 

Ils sont à la base du système de secours d’urgence en France, mais le statut de pompier volontaire peine à attirer. Un rapport remis, ce mercredi 23 mai, au gouvernement donne pour objectif de susciter plus de vocations et d’attirer plus de femmes et de jeunes des villes et banlieues. Il liste 43 mesures. 

Les pompiers sont de plus en plus sollicités sur le terrain (accidents, violences, assistance à personnes, feux, cyclones…), mais la profession peine à recruter de nouveaux volontaires, ce qui « met en danger l’ensemble du dispositif », selon ses dirigeants. 

Augmenter le nombre des volontaires, indispensables à un réseau pompier où ils représentent près de 80 % de l’effectif (193 800 sur environ 247 000), est pourtant un objectif affiché depuis près de dix ans par les autorités mais jamais atteint. 

Une première mobilisation lancée en 2009 a permis d’enrayer la baisse des recrutements. Mais leur nombre stagne depuis, en raison notamment des difficultés de concilier ce statut avec les impératifs familiaux et professionnels. Pour y remédier, Emmanuel Macron avait à l’automne commandé à cinq personnalités un rapport remis ce mercredi au ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. 

Un modèle « altruiste et généreux » 

Le texte, dont l’AFP s’est procuré une copie, décline 43 mesures visant à créer enfin le « choc de recrutement » attendu, mais aussi à fidéliser des volontaires qui, pour un tiers au moins, ne vont pas au terme de leur engagement initial de cinq ans. Le rapport appelle le gouvernement à s’impliquer pour en faire une « politique publique nationale » efficace.

Conscient des restrictions budgétaires, il se prononce clairement pour le renforcement du modèle actuel de volontariat « altruiste et généreux ». Il refuse ainsi sa « professionnalisation à temps partiel », réaffirmant notamment la nécessité de plafonner le nombre annuel d’indemnités horaires perçues par chaque volontaire. 

Concilier vie personnelle et interventions 

Augmenter le nombre des volontaires permettra de diviser la charge opérationnelle (une vingtaine d’heures par mois en moyenne actuellement) pesant sur chacun. Moins sollicité par les interventions, chaque volontaire pourra mieux les concilier avec sa vie privée, estiment les auteurs du rapport qui se sont notamment inspirés des modèles allemand et autrichien. 

En clôturant le congrès annuel des pompiers à Ajaccio en octobre, Gérard Collomb avait souligné qu’il faudrait « peut-être envisager de nouvelles formes de volontariat […] plus flexibles et plus adaptées aux modes de vie modernes ».

SPV Un rapport

Adapter le recrutement et les formations 

Une première série de mesures du rapport entend assouplir et mieux adapter le recrutement et les formations à l’évolution des missions des pompiers, désormais beaucoup plus sollicités pour le secours à la personne (84 % des opérations) que pour les incendies (6 %), et pour des cas pas toujours urgents (problèmes psychologiques, transport sanitaire…). 

« Certains rechignent à devenir pompiers volontaires par peur d’aller sur les incendies. Or on peut très bien les recruter pour les autres missions, d’autant qu’elles sont plus nombreuses », explique une source proche du dossier. 

Recruter des femmes et des urbains 

D’autres mesures visent à augmenter le nombre des volontaires, notamment parmi les femmes (17 % des pompiers aujourd’hui) et les jeunes urbains et périurbains, notamment ceux des « quartiers prioritaires de la politique de la Ville ». 

« Aujourd’hui les volontaires sont souvent des "hommes blancs", peu diplômés et qui comptent d’autres pompiers volontaires dans leur famille. Il faut diversifier la population des volontaires, la rendre plus représentative de la société, plus proche géographiquement des besoins aussi », ajoute-t-elle. 

Des mesures fiscales pour les entreprises 

Le rapport prône également des mesures fiscales pour permettre aux entreprises et administrations de libérer plus facilement leurs employés volontaires, et des bonifications en point de retraite pour ceux engagés pendant plus de 15 ans. 

Il reprend également la proposition d’Emmanuel Macron de faire de son futur service national universel obligatoire « un levier du recrutement des pompiers volontaires ».

Une réserve de bénévoles 

Il réclame enfin la création d’une « réserve » de bénévoles, qui pourrait par exemple compter d’anciens pompiers retraités, pour aider les autres pompiers dans la logistique de crise ou la formation du grand public, aux premiers secours notamment. 

Le rapport a été dirigé par le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, Eric Faure, le président de la Conférence nationale des services d’incendies et de secours Olivier Richefou, la sénatrice (LR) du Haut-Rhin Catherine Troendle, le député (LREM) du Var Fabien Matras et Pierre Brajeux, vice-président de l’organisation patronale du Medef.