Sud-Ouest du 14 mai 2018 

Mort de Naomi Musenga : l’opératrice du Samu parle, "je suis lynchée sur la place publique" 

l'opératrice du Samu parle

Le parquet de Strasbourg a ouvert mercredi une enquête préliminaire du "chef de non-assistance à personne en péril" ARCHIVES C.L 

"Je pense que si les gens connaissaient mon visage et mon nom, je ne serais plus de ce monde aujourd’hui", déclare celle qui a pris la jeune Naomi au téléphone. 

Quelques mots par téléphone pour s’expliquer. L’opératrice du Samu mise en cause après le décès de Naomi Musenga, 22 ans, s’est exprimée pour la première fois dans l’émission "66 minutes", diffusée dimanche sur M6. 

C’est cette femme, ambulancière pendant 20 ans avant de changer de métier, qui a pris l’appel de la jeune maman le 29 décembre 2017, se contentant de la renvoyer vers "SOS médecins" malgré ses gémissements. Elle fait aujourd’hui l’objet d’une "suspension administrative sans retenue de salaire", le temps de l’enquête. 

"On est sous pression en permanence" 

Elle reconnaît des propos "malvenus" mais insiste sur son quotidien "sous pression". "Je suis lynchée sur la place publique. Je pense que si les gens connaissaient mon visage et mon nom, je ne serais plus de ce monde aujourd’hui. Je suis à la maison, mais j’ai des collègues qui ont eu des menaces, bien sûr. Les équipes qui vont intervenir sur le terrain risquent aussi de se faire caillasser", témoigne l’opératrice qui met en avant des conditions de travail "pénibles". 

"On est sous pression en permanence. On travaille douze heures d’affilée. Je peux rester deux ou trois heures accrochée à mon téléphone, parce que je n’ai pas le temps de me lever tellement ça déborde de partout."

Ouest France du 14 mai 2018  

Affaire Naomi Musenga. Sur M6, l’opératrice accuse des « conditions de travail pénibles »

sur M6 l'opératrice accuse

Pour l'opératrice, c’est avant tout la responsabilité d’un système, de la pression et de l’épuisement professionnel | Capture d'écran 66 minutes

..."Pour cette opératrice, c’est avant tout la responsabilité d’un système, de la pression et de l’épuisement professionnel. Une version formellement contestée par l’hôpital, qui accuse une « faute individuelle »."...

..."Pour l’opératrice, le drame qui s’est joué en décembre autour de Naomi Musenga est d’abord une conséquence de la surcharge de travail à laquelle sont confrontées les équipes du Samu. « On ne peut pas porter le chapeau pour le système, explique-t-elle. On est sous pression en permanence, on travaille douze heures d’affilée… les conditions de travail sont pénibles. » L’opératrice explique ensuite devoir « rester deux ou trois heures accrochées à mon téléphone parce que j’ai pas le temps de me lever tellement ça déborde de partout ». 

Elle décrit ensuite le travail en « procédure dégradée, parce qu’il y a beaucoup plus d’appels que de monde censé les gérer. On raccroche, on décroche, on raccroche, on décroche… » 

Interrogé sur les déclarations de l’opératrice, le directeur des hôpitaux universitaires de Strasbourg, Christophe Gautier, conteste formellement cette version : « Ce jour-là, les conditions n’étaient pas exceptionnelles. Elle avait pris son poste à 8 h 30 alors que l’appel intervient à 11 h 30. Elle avait bénéficié d’une quinzaine de jours de congés dans la période qui précède cet appel. Nous sommes bien dans l’hypothèse d’une faute individuelle. »"

2018_05_14_Ouest_France_Affaire_Naomi_Musenga_Sur_M6_l'opératrice_accuse_des_conditions_de_travail_pénibles