Sud-Ouest du 14 mai 2018 

Mort de Naomi à Strasbourg : comment expliquer que son appel n’ait pas été pris au sérieux ?

comment expliquer que son appel n'ait pas été pris au sérieux

Les parents et la soeur de Naomi Musenga s'expriment devant les médias, le 10 mai, accompagnés de leur avocat. FREDERICK FLORIN/AFP 

"Le décès de la jeune femme, après que le SAMU ait négligé son appel, suscite de nombreuses interrogations. Et si le discours récurrent sur les usagers abusant des urgences était en cause ?"...

..."La manière dont a été traité l’appel de Naomi Musenga suscite de nombreuses interrogations. D’autant que l’opératrice du SAMU, âgée d’une cinquantaine d’années, est présentée comme « expérimentée ». Plusieurs éléments permettent d’éclairer sa réaction qui fut, pour le moins, inappropriée. Elle doit nous interroger sur la récurrence, dans la sphère publique, du discours dénonçant les usagers qui abuseraient des urgences en appelant pour un oui pour un non.

Des moyens insuffisants dans les centres du SAMU 

Les « graves dysfonctionnements » – pour reprendre les termes de la ministre – ayant retardé de plusieurs heures le transport de Naomi Musenga à l’hôpital font l’objet ces derniers jours de plusieurs interprétations, non exclusives les unes des autres. Certains y voient la preuve d’une mauvaise coordination entre police, pompiers et SAMU – la jeune femme ayant d’abord appelé la police qui a transmis aux pompiers qui ont transmis à leur tour au SAMU ; d’autres, la preuve des moyens insuffisants alloués aux centres du SAMU réceptionnant les appels au 15 ou du manque de formation et d’encadrement de leurs opérateurs."...

..."on oublie un peu vite que l’assistante du 15 n’est pas la seule à avoir traité la demande de Naomi Musenga à la légère. La conversation entre l’opératrice du centre de traitement de l’alerte des sapeurs-pompiers (le 18) et celle du 15 a elle aussi été enregistrée. L’opératrice du 18, la première, s’est montrée railleuse envers l’appelante. Les plaintes de Naomi Musenga lui paraissent peu crédibles, elle le fait savoir à sa collègue du 15, qui adopte aussitôt la même grille de lecture de la situation.

Pas d’erreur de la part de l’opératrice du 18 

Si l’on considère le problème sous le seul angle du respect des protocoles, l’opératrice du 18 n’a pas commis d’erreur. D’ailleurs, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers souligne, dans un communiqué, que « la procédure en vigueur a bien été respectée ».

..."D’ailleurs, des citoyens ont témoigné ces jours-ci dans les médias d’un accueil similaire à celui reçu par Naomi Musanga. Eux non plus, on ne les a « pas pris au sérieux » comme le rapporte cet homme, étiqueté alcoolique par une assistante de régulation médicale en raison de sa difficulté à articuler, laquelle était due, en réalité, à un accident vasculaire cérébral (AVC)."...

..."si les usagers recourant aux numéros d’urgences sans raison valable existent bel et bien, ils constituent une minorité."...

 

..."A l’aune de ces analyses, les circonstances de la mort de Naomi apparaissent comme un symptôme révélateur d’une société clivée, malade du lien. Le mauvais traitement réservé à la jeune femme ne peut en effet plus être appréhendé uniquement d’un point de vue technique (les procédures ont-elles été respectées ?) ou organisationnel (les opérateurs ont-ils des moyens suffisants pour bien faire leur travail ?). Il faut s’interroger, aussi, sur le rapport à l’autre dans une société permettant qu’une telle réponse soit apportée à une personne qui appelle au secours. C’est au prix de cette réflexion qu’on peut espérer restaurer la confiance entre les citoyens qui composent le 15 et ceux qui leur répondent."

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