Strasbourg : questions autour de la mort de Naomi, décédée quelques heures après son appel au Samu

Le Figaro.fr du 8 mai 2018 

Une famille s'interroge après la mort de Naomi, décédée après un appel au Samu 

Début mai, les hôpitaux de Strasbourg ont ouvert une enquête administrative après le décès d’une jeune femme. Le 29 décembre 2017, Naomi, 22 ans, avait appelé pour des douleurs au ventre le Samu 67 qui l’avait redirigée vers SOS médecin avant d’être finalement réorientée vers… le Samu. Elle est décédée quelques heures plus tard au Nouvel hôpital civil de Strasbourg

La vie de la victime aurait-elle pu être sauvée si le Samu l’avait pris directement en charge ? Les règles de prise en charge ont-elles été respectées ? Ce sont les questions que se pose aujourd'hui sa famille, qui a obtenu l’enregistrement de la conversation téléphonique entre Naomi et l’opératrice du Samu. Quatre mois après le décès de la jeune femme, le site Heb’di, un magazine en ligne se présentant comme un "lanceur d’alerte alsacien", a publié l’échange téléphonique. 

Au début de l'enregistrement, on entend deux opératrices se parler et se moquer de Naomi. Puis l'une d'elles prend l'appel et s'entretient avec Naomi.  

L'opératrice du Samu : "Oui, allô !
Naomi : Allô... Aidez-moi, madame...
- Oui, qu'est-ce qui se passe ?
- Aidez-moi...
- Bon, si vous ne me dites pas ce qu’il se passe, je raccroche hein…
- J’ai… j’ai…Madame, j’ai très mal...
- Oui ben, vous appelez un médecin, hein, d'accord ? Voilà, vous appelez SOS médecins
- Je peux pas…
- Vous pouvez pas ? Ah non, vous pouvez appeler les pompiers, mais vous pouvez pas...
- Je vais mourir.
- Oui, vous allez mourir, certainement, un jour, comme tout le monde. Ok ?
- …
- Vous appelez SOS médecins, c'est 03 88 75 75 75, d'accord ? Vous avez compris ? 03 88, trois fois 75.
- Aidez-moi madame...
- Je peux pas vous aider, je ne sais pas ce que vous avez.
- J'ai très mal, j'ai très mal.
- Et où ?
- J'ai très mal au ventre (...) et mal partout.
- Oui, ben, vous appelez SOS médecins au 03 88 75 75 75… voilà, ça je ne peux pas le faire à votre place. 03 88 75 75 75. Qu'un médecin vous voie, ou sinon vous appelez votre médecin traitant…d'accord ? 
- D'accord [difficilement audible].
- Voilà, au revoir."
 

Naomi a fini par appeler SOS Médecins avant d'être transportée, encore consciente, à l’hôpital par le Samu. Elle a fait deux arrêts cardiaques, a été transférée en réanimation et est morte à 17H30, rapporte Le Monde. 

Le procureur de la République a été saisi. De son côté, la direction générale des Hôpitaux universitaires de Strasbourg a ouvert une enquête administrative "pour faire toute la lumière sur les faits relatés dans l’article" d’Hebdi.

Contacté par Le Figaro, un médecin urgentiste sous couvert d’anonymat nous certifie que l’enregistrement est authentique. "L’enquête devra vérifier que la procédure de prise en charge a bien été respectée", nous dit-il. "Ce qui est sûr, c’est que la façon dont l’opératrice s’exprime n’est pas acceptable". 

"Personne ne devrait mourir dans ces conditions" 

D’après France 3, l'autopsie de Naomi, réalisée cinq jours après son décès, a révélé qu'elle était décédée de défaillances multiviscérales, sans que l'on en connaisse l'origine. "Nous ne savons toujours pas pourquoi Naomi est décédée, on n'a pas su nous donner les causes de sa mort", a témoigné sa grande sœur auprès d’LCI ce lundi. "Elle était seule, elle disait qu'elle allait mourir, ses draps étaient souillés. Personne ne devrait mourir dans ces conditions ! Aujourd'hui, il faut que ça se sache. Naomi, en tant qu'être humain, tout simplement, avait le droit d'être secourue, d'être prise en charge. Cela ne doit plus se reproduire."