Sud-Ouest du 31 mars 2018 

"Le système de santé publique est en rade" : infirmière à Bordeaux, elle témoigne

le système de santé publique est en rade

Au terme de 62 jours de grève et après des négociations âpres, la direction du CHU a finalement accepté les revendications des salariés. ILLUSTRATION ARCHIVES "SO" 

"Au CHU de Bordeaux, une grève de 62 jours aux urgences de l’hôpital Saint-André, situé en cœur de ville, a mobilisé le personnel soignant"...

..."Sur le fil du rasoir 

Elle raconte à mots pesés comment, en dix ans, la situation s’est dégradée. Analyse : « Oui, les urgences saturent. Nous, par exemple, en centre-ville, recevons de plus en plus de personnes âgées, avec des polypathologies, plus compliquées à traiter. Sans oublier les sans domicile fixe, les exclus, les précaires. En 2013, les urgences de Saint-André ont été rénovées et un grand couloir large a été ouvert. Soi-disant pour aérer, fluidifier. Tu parles ! Il est rempli de brancards presque tous les jours. Des brancards en souffrance, posés côte à côte. Imaginez : la dame de 86 ans épuisée, à côté du punk à chien alcoolisé qui bouscule tout le monde pour aller pisser, à côté d’une jeune fille qui souffre de coliques néphrétiques et d’un homme en proie à une pancréatite aiguë… Et aussi tous ceux qui attendent un examen. Les boxes sont saturés en permanence. La plupart du temps, on garde les plus vieux en attente d’un lit d’aval, pendant trois jours, comme ça. »"...

..."Il y a encore trop de contractuels la nuit, la plupart ne sont pas expérimentés, or, il n’y a qu’un médecin senior à ce moment-là. On a tout le temps la trouille. J’ai le sentiment que les hôpitaux sont gouvernés comme des entreprises de conserves. Mais là, on parle de la santé des gens, de nous, et on ne spécule pas avec la santé des personnes. Que les soins prodigués à l’hosto soient déficitaires, ça ne devrait pas être un problème. On n’a pas gagné, la crise continue dans les couloirs des urgences. Les lits ferment à l’hôpital, et on est obligé, pour faire hospitaliser les personnes très malades, de les faire dormir deux à trois nuits sur les brancards. Alors, on travaille avec les cliniques privées, on n’a plus le choix. Le système de santé publique est en rade. De l’intérieur, on le voit. »"...

..."« Les urgences en première ligne »"...

..."Il explique : « Ce sont toujours les mêmes témoignages qui nous reviennent. Des délais importants, des patients installés dans les couloirs, sur des brancards, faute de place Les urgences sont débordées car les moyens pour la prise en charge sont insuffisants, mais aussi parce qu’en amont, il y a un manque de généralistes et que l’attente pour un rendez-vous chez son médecin peut être longue.  Beaucoup de gens vont directement aux urgences, alors que dans un système de santé correctement régulé, ils ne devraient pas. »"...

..."« Notre système hospitalier reste souvent de très bon niveau quand il s’agit de maladies graves. Mais nous avions le meilleur système de prise en charge dans le monde, et c’est un modèle qui est en train de s’écrouler. »"

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