Franceinfo du 21 mars 2018 

"On donne des soins de qualité merdique" : submergés par l'afflux de patients, des urgentistes témoignent 

Partout en France, les services d'urgence des hôpitaux sont saturés. Franceinfo a recueilli les témoignages de médecins, désabusés par cette situation.

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La façade du service des urgences du CHU de Nantes (Loire-Atlantique). (LOIC VENANCE / AFP)

""Ils restent là sans soins, sans plateaux-repas... On les laisse sécher sur place !" Ce médecin urgentiste expérimenté décrit crûment la manière dont s'entassent des dizaines de patients dans les couloirs de son service. Interrogé par franceinfo sous couvert d'anonymat, il confie sa colère : "On donne des soins de qualité merdique ! Pour nous ce n'est pas concevable, on se sent forcément responsables.""...

...""Certains patients passent plusieurs nuitées sur des brancards, dans une grande salle commune avec des paravents", confirme Sauveur Méglio, urgentiste à Royan (Charente-Maritime). Pour ces patients – souvent âgés – il n'y a pas de sonnette pour appeler en cas de problème, ni d'intimité."...

...""Pour les urgences vitales, il n'y a pas de problème, mais cela ne représente que 4 à 7% de notre activité. Pour le reste, malgré les bonnes volontés, on prend la vague", confirme Vincent Carret, urgentiste à Toulon (Var) et responsable de l'Amuf dans le département. "On essaie de ne pas faire de bêtises, mais on fait de l'abattage. On ne peut donc pas être sûrs de la qualité de notre travail. Si on a un cas vraiment grave, on peut difficilement s'occuper des autres", témoigne un autre médecin.

C'est comme en cuisine. Si vous êtes un chef avec 25 casseroles à gérer, il y a de grandes chance pour qu'il y en ait une qui déborde. Franck Legrand, urgentiste à l'hôpital d'Armentières et responsable de l'Amuf Nord-Pas-de-Calais à franceinfo 

Dans ces conditions, certaines blessures légères, comme une petite fracture au poignet, peuvent ne pas être diagnostiquées correctement. "On est dans cette situation depuis le mois de novembre, dans l'indifférence générale", souligne Sauveur Méglio. "Au vu de la manière dont on accueille les patients, je leur suggère de ne pas payer le forfait hospitalier", confie même le médecin."...

..."Le médecin alerte en outre sur la pression exercée par l'administration. Il évoque notamment ces "patients boomerang" relâchés prématurément pour faire des économies et libérer des places, "mais qu'on voit revenir deux ou trois jours plus tard". 

L'administration est dans la contrainte budgétaire, la performance hospitalière. On nous fait perdre le sens de notre travail. La valeur humaine est négligéeSmaïn Djellouli, urgentiste à Trévenans (Territoire de Belfort) à franceinfo"...

///""Notre première angoisse, c'est la sécurité des patients, c'est un stress permanent. On le vit mal car on n'a pas l'impression de bien travailler. Mais on fait au mieux.""

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