Sud-Ouest du 18 octobre 2017 par Julien Lestage 

Forage d’eau potable : «ne pas passer en force» 

CHAMP CAPTANT Le projet de forages en Médoc permettant d’alimenter en eau une partie de la Gironde suscite la polémique. Anne-Lise Jacquet, l’élue en charge du dossier pour Bordeaux Métropole, s’explique

champs captants 18 

Le projet de champ captant des landes du Médoc n’en finit plus de faire réagir les forestiers du Sud Médoc. L’association de Défense de la forêt contre les incendies (DFCI) de Saumos, réunie en assemblée générale samedi dernier, vient d’adopter une motion contre le projet (notre édition d’hier). Dans le viseur des sylviculteurs, le plan de Bordeaux Métropole qui prévoit de réaliser 18 forages répartis sur les communes de Saumos et Le Temple.

Le chantier vise à alimenter en eau potable Bordeaux et son agglomération, l’Entre-deux-Mers, La Brède et Saint-Selve. Il s’agit de faire face à la surexploitation des nappes souterraines de Bordeaux et de l’axe Dordogne-Garonne. Mais les sylviculteurs craignent un impact sur les nappes d’eau de surface qui alimentent la forêt de pin maritime. Ils dénoncent aussi le manque de concertation sur le dossier. À ces inquiétudes, la vice-présidente de Bordeaux Métropole chargée de l’eau et de l’assainissement, Anne-Lise Jacquet, répond. 

«Sud Ouest» Il y a quinze jours, dans le cadre d’une réunion organisée par Bordeaux Métropole à Sainte-Hélène, les propriétaires des terrains concernés par le projet du champ captant en Médoc ont claqué la porte. Pourquoi ?

Anne-Lise Jacquet Nous avons commis une erreur. Nous nous sommes excusés. Les courriers de convocation ont été envoyés tardivement. Il s’agissait d’une invitation permettant aux propriétaires des terrains, où pourraient être implantés les forages, de rencontrer les services de Bordeaux Métropole. Contrairement à ce qui a pu être dit, il ne s’agissait pas d’une réunion pour venir acheter du foncier, mais bien de revenir sur le projet. Nous avions l’intention de faire de la pédagogie. C’est-à-dire d’expliquer la raison du champ captant et ses forages. 

Sur le terrain, des sylviculteurs assurent que vous cherchez à passer en force…

Non, Bordeaux Métropole ne passera pas en force! Je travaille sur ce projet avec un maire délégué sur la question des ressources de substitution. Il s’agit de Jean-Pierre Turon, le maire de Bassens. Il rencontre régulièrement les élus locaux. Début décembre, nous avons une réunion entre les différentes Commissions locales de l’eau (CLE) qui sont concernées par ce dossier. À cette occasion, il y aura une présentation par l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) des dernières études approfondies sur l’impact que pourrait avoir le champ captant sur la forêt. Elles sont basées sur un modèle réaliste, prenant en compte le changement climatique. Nous parlerons aussi des résultats du forage test du Temple

Pouvez-vous dévoiler les conclusions de ces études ?

La seule chose que je peux dire, c’est que la tendance confirmerait le peu d’impact du champ captant sur les nappes de surface. Mais il convient d’être prudent et d’attendre la présentation de ces études pour en avoir toutes les conclusions. 

Les propriétaires forestiers rassemblés au sein de la DFCI de Saumos disent que le projet de champ captant a déjà arrêté un premier budget d’investissement et un calendrier de mise en activité des forages qui a été fixé à 2023. Quelle réponse faites-vous ?

Il ne s’agit que d’un gros projet. Et ce projet de champ captant est pertinent. Les études ont démontré la qualité de l’eau que l’on peut trouver dans le sous-sol de la commune du Temple. Lorsqu’on a un tel projet et que l’on avance dans les études, il apparaît évident que le budget puisse être étudié. Pour l’instant, il ne s’agit que de provisions. Je souhaite tout de même rappeler qu’il s’agit d’un dossier d’intérêt général et qui ne concerne pas que Bordeaux Métropole mais bien toute la Gironde. Plusieurs syndicats des eaux, Carbon-Blanc, Sainte-Eulalie, Saucats ou Bonnetan sont en attente d’une solution. Si nous n’avons pas manqué d’eau cet été, on se bat aujourd’hui pour les générations futures. Je veux aussi dire que nous concertons en permanence. Nous le faisons dans les CLE, avec le patron du Syndicat des sylviculteurs, les maires. Nous allons dans les conseils municipaux. J’ai aussi rencontré Henri Sabarot, le président du Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) des Lacs médocains, Benoît Simian, le nouveau député du Médoc. Je comprends l’inquiétude des sylviculteurs. Mais je répète que nous ne passerons pas en force. 

Le député du Médoc, qui appelle à plus de concertation et de garanties sur ce dossier, propose que les forages ne soient pas concentrés sur deux communes mais davantage répartis. Ce qui pourrait limiter leur impact. Quelle est votre analyse ?

Plus on élargit la zone des forages, plus la canalisation déployée est importante. On risque alors de perdre de l’efficacité sur le champ captant. Les études de l’Inra vont le confirmer. 

Sur un terrain appartenant au Conseil départemental de la Gironde, il y a un forage d’essai au Temple. Quels sont les résultats de ce forage ?

Il est très riche en eau, de qualité. Et les nappes de surface ne seraient pas impactées par le forage qui va puiser dans les nappes profondes. 

Quel est le calendrier à venir de ce dossier du champ captant ?

Une fois que l’Inra aura présenté les conclusions de son étude à la réunion du mois de décembre, nous allons continuer à concerter auprès des sylviculteurs. S’il faut d’autres études, on les fera. On espère que courant 2018, ce projet sera accepté. Et cela, avant de lancer l’enquête publique légale prévue pour 2018. À l’heure actuelle, il n’y a pas d’autre projet de substitution ou de champ captant que celui qui est prévu dans le Médoc. Il n’est pas question de traiter l’eau de la Garonne. Cette option n’est pas sérieuse. Les sylviculteurs s’inquiètent de la question du réchauffement climatique. Cet été, le niveau d’eau des lacs médocains a baissé de façon très importante… L’Inra a pris en compte cette question. Il fera part de ses conclusions.  

réchauffement climatique