Même si notre département fait partie de ceux à forte densité médicale, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne,  il y a un disparité flagrante entre zone rurale et zone urbaine ou périurbaine

Sud-Ouest du 13 octobre 2017 

Santé : face aux déserts médicaux, il y a urgence

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Pour se faire soigner aussi, il existe aujourd’hui une fracture territoriale entre les villes et les campagnes. ARCHIVES PASCAL BATS 

Le nombre de médecins généralistes continue de baisser. Les mesures mises en place jusqu’ici n’ont pas porté leurs fruits. Le gouvernement révèle ce matin un nouveau plan. 

Édouard Philippe, Premier ministre, et Agnès Buzyn, ministre de la Santé, doivent dévoiler aujourd’hui un plan de lutte contre les déserts médicaux. Une batterie de mesures qui devrait, selon les premières fuites, mettre l’accent sur les maisons de santé et la télémédecine. 

De nombreux dispositifs contre la désertification ont déjà été mis en place ces dernières années : ils se sont révélés impuissants face à ce mal qui, selon les données communiquées hier par le conseil de l’Ordre des médecins, ne cesse de s’étendre.

1 La pénurie de généralistes s’aggrave 

Le nombre de généralistes en France a de nouveau reculé en 2016. Il s’élève actuellement à 88 137. Soit 9 % de moins en dix ans, « alors que la population grandit et vieillit », souligne Bernard Plédran, délégué régional du syndicat MG France. Les médecins sont moins nombreux, et leur « répartition sur le territoire très inégale » constate un rapport du Sénat rendu en août (1). La pénurie en médecins généralistes est aiguë dans les campagnes. Un symptôme, selon les sénateurs, d’une « fracture territoriale », qui se manifeste dans d’autres secteurs – transports, services publics… Mais elle touche aussi les zones urbaines, Paris en particulier. Conséquences : des délais d’attente qui s’étirent pour obtenir un rendez-vous, des distances de plus en plus grandes à parcourir 

2 « Toute une génération qui part à la retraite » 

Si les réponses à cette hémorragie n’ont pas encore été trouvées, ses raisons sont bien connues. La première explication est démographique. « Toute une génération de médecins est en train de partir à la retraite. Et il devient de plus en plus difficile de transmettre un cabinet », explique Bernard Plédran. 28 % des médecins ont aujourd’hui 60 ans ou plus. 

La deuxième raison tient aux modes de vie : les jeunes praticiens n’ont pas envie de travailler seuls, loin des centres urbains « où, souvent, vit et travaille leur(e) conjoint(e) », relève Jérôme Wittwer, économiste de la santé. « Pourquoi de jeunes médecins iraient-ils s’installer dans des villages où, par ailleurs, il n’y a plus d’école, plus de pharmacie, plus de poste… ? » s’interrogeait, il y a quelques mois, Albert Roche, président du conseil de l’Ordre des médecins en Gironde. 

« Nous nous retrouvons dans une situation préoccupante. Nous nous attendons à une diminution constante du nombre de généralistes ces quinze prochaines années, alors que les besoins en soins vont augmenter, la population vieillissant », s’inquiète Jérôme Wittwer. 

3 Des mesures jusqu’ici sans efficacité majeure 

Des aides de toute nature (à l’installation, à l’investissement, mesures fiscales, bourses d’études…) ont été mises en place par l’État, les collectivités locales ou par l’assurance-maladie. Des initiatives déployées « en ordre dispersé », « sans stratégie d’ensemble » selon le sénateur Jean-Noël Cardoux, pour des effets marginaux. « Face à ce mouvement de fond, les incitations financières ne peuvent pas suffire : le choix du médecin ne dépend pas seulement de sa rémunération, mais aussi de ses conditions de travail », observe Jérôme Wittwer. 

Autre levier : l’assouplissement du numerus clausus qui fixe, chaque année, le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine. L’État desserre cet étau pour qu’à terme, le nombre global de médecins augmente. « Mais c’est une mesure dont nous ne sentirons pas les effets avant quinze ans », remarque Bernard Plédran. 

4 Beaucoup d’espoir dans les maisons de santé 

Le gouvernement et les collectivités locales soutiennent fortement ces regroupements de généralistes, spécialistes, ou paramédicaux au sein de maisons de santé. Une réponse à l’isolement. Et un moyen de mutualiser les frais. 

On en recense aujourd’hui près d’un millier… contre une vingtaine en 2008. Mais ce n’est « pas toujours la panacée, tempère Jérôme Wittwer. Les collectivités font beaucoup d’effort, en finançant des locaux par exemple. La plupart de ces maisons marchent bien . Mais il n’est pas rare que des locaux restent vides, faute de généralistes volontaires pour venir travailler dans ces secteurs. » 

(1) Rapport d’information des sénateurs Cardoux et Daudigny sur « l’offre de soins dans les zones sous-dotées »

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