La Gazette des communes du 19 juin 2017

Incendies de forêt : face au réchauffement climatique, des pistes pour gérer le risque

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Flickr / cc by bertknot

Alors que la commune de la commune de Pedrogao Grande au Portugal a dû faire face à un incendie d'une ampleur inédite ces derniers jours, deux études menées par l'Irstea viennent compléter les connaissances actuelles en matière de prévention et de gestion des feux de forêt. Outre la mise en avant des facteurs favorisant l'apparition d'incendies de grande ampleur, les auteurs appellent les gestionnaires locaux à faire évoluer les méthodes de lutte contre les feux de forêt.

Les incendies de forêt apparaissent surtout au cours la période de mi-juin à mi-septembre. En France, en moyenne, ce sont 9 500 hectares qui sont en proie aux flammes chaque année. Mais ce sont les « grands incendies », en définitive peu fréquents (3 % d’entre eux), qui causent le plus de dégâts (75 % des surfaces sont détruites en moyenne).

Le cas de la commune de Pedrogao Grande au Portugal, qui a été touchée par un incendie important la nuit du 17 au 18 juin 2017, en est un exemple. Le bilan est lourd, avec plusieurs morts (62 au total, dont 62 blessés). Or, à cause du changement climatique, ce type de catastrophe a de grandes chances de se multiplier.

Identifier les facteurs climatologiques significatifs

Afin de gérer ce risque plus efficacement, l’Irtsea, en collaboration avec le Centre de Recherche et d’Enseignement de Géosciences de l’Environnement (Cerege) et l’Université de Lisbonne, a lancé des travaux pour définir les conditions météorologiques favorisant sur le territoire ces « fameux » grands incendies. C’est la première étude de ce genre publiée.

Il s’agissait au cours de l’étude d’identifier les facteurs climatologiques qui ont pu concourir à favoriser l’apparition d’un feu important de forêt. Pour ce faire, les chercheurs ont classé les événements de grands incendies en France méditerranéenne de 1973 à 2012 en fonction de certains paramètres (température, humidité relative, vitesse du vent et humidité du « carburant »). En particulier, trois climatologies ont été distinguées : la « normale », les anomalies chaudes, les vents rapides (souvent couplés à des températures plus fraîches). L’analyse s’est faite en caractérisant les périodes précédents ces incendies (conditions les limitant ou à l’inverse les favorisant), les fluctuations à court terme (température, humidité, vent…) influençant la propagation.

En définitive, les travaux démontrent l’importance d’identifier ces facteurs météorologiques. En effet, les principaux feux sont liés à un nombre restreint de conditions climatiques : ce sont la sécheresse de la végétation et les journées météorologiques propices au feu. Et ces facteurs sont favorisés par deux circulations atmosphériques d’altitude particulières. On distingue ainsi trois types d’incendies :

 les grands incendies « gouvernés par le vent » : ceux-ci sont liés à un anticyclone important et fort qui entraîne des vents violents (comme le Mistral) ; la conséquence est le dessèchement rapide de la végétation (le « carburant »). Ces incendies sont plus fréquents que les seconds et se propagent rapidement (dégâts sur plus de 120 ha) ; 

– les grands incendies « contrôlés par la chaleur » : il s’agit dans ce cas de l’anticyclone des Açores qui, en se renforçant bloque la circulation de l’air et provoque une augmentation importante des températures (surtout dans l’ouest de la région). S’ils sont moins fréquents que les premiers, ils sont à l’inverse plus intenses (exemple : les feux exceptionnels de 2003). Bien évidemment, ce sont ces feux qui devraient devenir plus fréquents avec le changement climatique. Or, ce sont les plus difficiles à maîtriser.

Faire évoluer les méthodes de prise en charge du risque

Ces travaux montrent que les gestionnaires locaux du risque incendie doivent faire évoluer leurs modes de lutte. La recherche doit se poursuivre pour compléter le principal outil actuel, l’Indice Forêt-Météo(IFM)(1). Les experts doivent développer de nouveaux modèles (en lien avec les deux types de temps, les conditions atmosphériques en altitude et en fonction de quelques paramètres : vent, humidité de l’air, température) pour prédire à l’avance (c’est-à-dire de quelques jours à quelques semaines) les périodes à risques.

L’Irstea rappelle par ailleurs que la prévention passe par l’évolution de la résilience des peuplements, c’est-à-dire leurs capacités à se régénérer après le passage du feu (par exemple, avec le mélange de plants feuillus méditerranéens adaptés à la sécheresse dans les peuplements de pins). « L’adaptation aux changements climatiques et au risque de feux passe par une meilleure connaissance de la dynamique des écosystèmes permettant de proposer des actions de gestion préventive ou des plans de réhabilitation adaptés », insiste l’étude.

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Une approche globale de la gestion des territoires et de la prévention des feux

L’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea – ex Cemagref) a engagé depuis de nombreuses années des recherches pour mieux prévenir et gérer le risque incendie en forêt.

L’objectif est bien entendu de limiter dans le temps le nombre, l’importance et l’intensité de ces phénomènes. Afin d’y parvenir, l’Irstea s’est penché sur trois axes complémentaires de recherche :
– tout d’abord, comprendre le fonctionnement des incendies par une amélioration de la connaissance sur la forêt et son évolution. Dès les années 90, des modèles de simulation de l’aléa des feux de forêt en fonction de la végétation ont été réalisés. On retrouve ainsi ces modèles dans les PPRIF – Plan de Prévention du Risque Incendie de Forêts. Ceux-ci ont par la suite été complétés et améliorés, en intégrant le paramètre de l’intensité du feu. Dans ce cadre, sont étudiées l’inflammabilité et la combustibilité des végétaux (pinèdes, mélanges pins-chênes…) en zone méditerranéenne, notamment en fonction de facteurs comme sa teneur en eau (humidité, sécheresse), la température extérieure, la force du vent, etc.

 ensuite, concevoir des outils et des méthodes pour prévenir les feux de forêt. En tant qu’expert du phénomène incendie , l’institut développe des outils d’aide à la décision pour tous les acteurs locaux (publics ou privés). Ceux-ci s’appuient en particulier sur la cartographie du risque en se concentrant sur les zones d’interface habitat-forêt, puisque c’est à ce niveau que les départs d’incendie sont les plus fréquents. L’Irtsea a donc mis au point une typologie des différents types d’interface habitats-forêts : « isolé »,« diffus », « dense » et « très dense » (ce dernier correspondant souvent au vieux centres villes). Croisée à une autre typologie, celle de la végétation, on aboutit à 12 types d’interfaces qui sont intégrés dans le logiciel nommé WUImap (Mapping Wildland-Urban Interfaces) diffusé à toutes les DREAL depuis2010 et utilisé par les SDIS (Service Départemental d’Incendie et de Secours).

– enfin, il est aujourd’hui impératif de prendre en compte les effets du changement climatique couplé aux changements dus à l’intervention humaineLe réchauffement de la planète va inévitablement entraîner une baisse de la pluviométrie, une hausse des températures et une augmentation des périodes de grande sécheresse. Parallèlement, les estimations prévoient une augmentation de la population de 9 % d’ici 2050 sur la façade méditerranéenne. Dans ce cadre, un grand programme européen avait déjà été engagé (le Projet européen FUME (2009-2013), coordonné par l’Université Castilla La Mancha, Espagne – comprenant 33 partenaires de 17 pays). Celui-ci a notamment permis de développer l’outil PostFire DSS pour aider les gestionnaires de parcs et de forêts à obtenir des structures forestières moins inflammables.

Le cas des Alpes du Sud

En lien et en complément de cette première étude, Sylvain Dupire, doctorant à l’Irstea, a étudié les changements intervenus entre les Alpes du Nord et celles du Sud (2).

L’objectif de cette deuxième étude a été de repérer les changements significatifs intervenus ces dernières décennies en matière de déclaration des incendies, mais peu connus à cause de la topographie complexe de ce territoire. Les résultats montrent qu’il existe un fort contraste entre le nord et le sud des Alpes. Au sud, le risque est beaucoup plus élevé et il s’est fortement accru au cours des dernières décennies. L’analyse pointe plus précisément une augmentation importante des incendies dans les Alpes internes et dans les vallées de basse altitude des Alpes du Sud. Par ailleurs, le risque s’étend toute l’année au sud et dès le printemps au Nord. Enfin l’étude a enregistré des valeurs extrêmes tous les ans dans le sud, et tous les 3 à 4 ans dans le nord.

Au delà de la compréhension du phénomène, l’étude menée a permis de produire des cartes des différentes composantes de l’incendie. Or, celles-ci impactent directement les gestion et la modélisation des incendies, et aident à prévenir les effets indirects sur les écosystèmes et les ressources humaines. Ces informations sont donc essentielles pour tous les gestionnaires publics, pour que les forestiers connaissent les points de danger, et pour que les secours puissent prévenir les incendies et positionner leurs moyens humains et matériels dans les zones à risque et pour que les collectivités puissent faire évoluer leur aménagement en conséquence.