Sud-Ouest du 9 novembre 2016 par Vincent Dewitte 

Landes : une lettre ouverte d'un pompier au plus haut de l'État

dominique mucci Photo Archives L. D.

Dominique Mucci, ici à Dax, en 2011, veille de longue date sur les rangs du Sdis 40

Contre la suppression de 20 postes de professionnels, Dominique Mucci interpelle le préfet et le président de la République sous un angle inattendu 

Dominique Mucci, membre depuis plus de trente ans du corps des pompiers professionnels, est d'un naturel plutôt calme et consensuel. L'ancien président de l'Union départementale du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) des Landes, ex-délégué CFDT, désormais à la tête au niveau national du syndicat Spa-Sdis-CFTC, a néanmoins montré, il y a quelques jours, qu'il savait s'opposer lorsqu'il le fallait. 

Sa mobilisation, mise volontairement sur la place publique, vise clairement la suppression annoncée par le président, Jean-Claude Deyres, de 20 postes de pompiers professionnels dans le département (d'ici 2019). 

Le syndicat majoritaire Autonome-SPA-PPTS avait exprimé son désaccord en début d'été, sa représentante Émilie Labeyrie menaçant même de mener des actions de force, si la présidence ne revenait pas en arrière. Ne voyant rien venir d'autre qu'un énième comité syndical, ce lundi, à Sabres, Dominique Mucci a décidé de prendre sa plume pour écrire au préfet. 

Le représentant syndical légitime d'abord son abstention (et non son opposition) lors du vote de cette réforme par le Conseil d'administration. « Notre organisation, toujours constructive, s'est abstenue car elle est convaincue que, par le dialogue, nous pouvions trouver d'autres pistes pour les économies évoquées », écrit-il, dans cet envoi du 6 novembre. Fidèle à des idées de portée nationale déjà adressées en août au président de la République, François Hollande (lire par ailleurs), le pompier landais a exposé ses craintes particulières liées à la suppression de ces 20 emplois. Mais il a aussi fait un parallèle inattendu. 

64,96 € par personne 

Encouragé par un article paru la semaine précédente dans nos colonnes, sur l'évolution du système de taxation des ordures demandé par le syndicat du Pays morcenais (un territoire présidé par le patron du Sdis 40, Jean-Claude Deyres, lire notre édition du 31 octobre), Dominique Mucci a en effet parlé poubelles. Bien que comparaison ne soit généralement pas raison, Mucci ose. « Cet article conforte des propos que je tiens depuis vingt ans et qui corroborent le fait que le coût induit par les sapeurs-pompiers est moins élevé pour la République et pour le contribuable que celui de l'enlèvement et du tri des déchets ménagers », explique-t-il très sérieusement au préfet, Frédéric Perissat. 

L'expérimenté capitaine du très jeune syndicat SPA-Sdis-CFTC y joignait un extrait du « bilan social 2015 », qui sera débattu lors d'un comité technique du Sdis 40, mercredi prochain. Un document sur lequel on peut lire que les dépenses réelles totales pour couvrir le coût des secours s'élèvent pour les Landes à 64,96 € par an et par habitant, et que le niveau national se situe à 81 euros. 

Loin, très loin des notes annuelles de plus de 1 000 euros supportées par certains contribuables pour la gestion des ordures… 

Dans le sillage du syndicat majoritaire, le Landais Dominique Mucci relayait en tout cas à son tour « l'exaspération des représentants syndicaux » face à cette « perspective paradoxale de suppression de postes, qui va mettre à mal le niveau de secours dû à la population landaise et aux touristes, dont le nombre augmente nettement chaque année ». 

Et le même de déplorer sans détour une demande de rencontre qui n'a « toujours pas reçu d'écho favorable » de la part du représentant de l'État.

2016_11_09_SO_Landes_Des_pompiers_moins_chers_que_vos_déchets