Encore une loi qui devrait accentuer l'inégalité entre les zones urbaines et les zones rurales, si elle est votée. Pourra-t-on encore vivre à la campagne en toute sécurité ?

Sud-Ouest du 17 septembre 2014

Gironde: grève illimitée des tours de garde des pharmaciens 

Le préfet procédera à des réquisitions.

Gironde Grève illimitée des tours de garde des pharmaciens Photo Archives G. Bonnaud

Thierry Guillaume, pharmacien à Lormont et président du syndicat des pharmaciens de Gironde, en grève contre la loi sur les professions réglementées.

Ils ont voté la grève durant une réunion intersyndicale. Grève illimitée des tours de garde de nuit, des week-ends et des jours fériés. Thierry Guillaume préside le syndicat des pharmaciens de Gironde. 560 officines réparties dans le département, qui se partagent 22 secteurs de tours de garde, sur tout le territoire, afin de répondre à cette règle de santé publique : moins de 30 minutes pour accéder au soin. Motif du courroux des pharmaciens ? La loi sur les professions réglementées.

« Cette loi nous vise certes, commence Thierry Guillaume, mais elle vise aussi nos patients. Si demain, les médicaments se vendent en supermarché, comme le suggère la loi, certaines zones rurales vont se retrouver bien au-delà des fameuses 30 minutes. À terme, cette autorisation va provoquer la disparition des officines en milieu rural, ce qui ne favorisera pas l'installation des médecins de campagne. Plus que jamais nous filons vers une santé à deux vitesses. Celle des urbains… et celle des ruraux. » 

Le rôle du pharmacien

En clair, le projet de loi prévoit la fin du monopole officinal de délivrance pour les médicaments à prescription facultative, mais aussi pour un certain nombre de produits comme les antiseptiques, les lecteurs de glycémie ou les produits de sevrage tabagique.

Or, le pharmacien n'est pas un commerçant comme un autre. Il porte une mission d'intérêt public, de santé publique. « Le pharmacien, rappelle Thierry Guillaume, outre le fait d'accéder au soin, au médicament le plus rapidement possible, permet à tous les patients de se soigner, grâce au principe du tiers payant gratuit. Il fait partie du premier recours au soin en cas d'urgence, on vient nous voir pour des piqûres de vipères, des chutes, des intoxications… Le pharmacien intervient dans l'observance de la prise de médicaments. Il permet d'éviter les erreurs de posologie ou les interactions avec les autres médicaments que prend le patient, ou l'accumulation des effets secondaires. Il a un rôle de prévention et de protection. » 

Que dit la loi encore ? Que le capital des sociétés d'exercice libéral (SEL) qui devait jusqu'à présent être détenu à au moins 75% par l'officinal, serait ouvert à d'autres professions à concurrence de 50%. Un pharmacien pourrait détenir autant de SEL qu'il le souhaite, et non trois seulement comme aujourd'hui. Enfin, le texte prévoit l'assouplissement des conditions de regroupement des pharmacies « pour augmenter les gains de productivité ». 

Le volet « pharmacies » déployé dans ce projet autorise donc la vente des médicaments en grande surface, la création de chaînes de pharmacies tenues par des commerciaux. « La priorité est clairement donnée à la rentabilité, aux dividendes, plaçant en second plan, nos missions de santé publique et aussi, une autre règle essentielle : la notion de proximité. » 

Selon le syndicat des pharmaciens de la Gironde, la désertification médicale annoncée serait clairement engagée, dans le cas où la loi serait votée. 

Quid des personnes âgées ? 

« Dans les années qui viennent, il y a un véritable enjeu autour de la question de la proximité, martèle le président du syndicat de Gironde. Grâce aux progrès scientifiques on vit plus longtemps, grâce aux médicaments entre autres, seulement en vieillissant, la capacité à se déplacer diminue. Cette loi va donc dans le sens inverse de la politique de maintien à domicile des personnes âgées. A-t-on pensé aux handicapés, aux personnes à mobilité réduite ? Cette loi annonce la fragilisation économique des pharmaciens, leur disparition inquiétante, et donc la fin d'un réseau de qualité. Voilà pourquoi nous avons décidé de mener une grève des tours de garde, de façon illimitée. »