Sud-Ouest du 18 avril 2012

Médoc : après le décès de son bébé, elle dénonce des erreurs médicales

Une mère dénonce le manque d'assistance de son médecin et du Samu

Après le décès de son bébé elle dénonce des erreurs médicales Photo S. Lartigue

Pour la mémoire de Shelsy, Stéphanie Maestro a décidé de se battre et d'aller en justice.

Pour la mémoire de son bébé, Stéphanie Maestro veut aller au bout de son combat. Cette jeune mère de 23 ans a décidé de porter plainte contre son médecin traitant et le Samu 33 pour homicide involontaire. Le dimanche 18 mars, Shelsy, 6 mois, la jumelle de Louanne, est décédée à 10 h 10 d'une méningite à l'hôpital Pellegrin de Bordeaux. Malgré tous les soins prodigués aux urgences pédiatriques et au service réanimation, il était malheureusement trop tard pour sauver le nourrisson. Aujourd'hui, Stéphanie Maestro et Maître Philippe Courtois, son avocat, estiment que plusieurs fautes ont été commises avant que Shelsy ne soit transférée et prise en charge aux urgences.

« Une poussée dentaire »

Le jeudi 15 mars, vers 17 heures, Shelsy est vue par son médecin traitant à Margaux. Elle a beaucoup de fièvre, plus de 40 °C. Le soignant, un généraliste, pose le diagnostic d'une poussée dentaire et d'une bronchite. Le lendemain, malgré la prescription, le bébé ne va pas mieux. Si la fièvre est tombée, l'enfant est en souffrance. Les vomissements surviennent ainsi que l'apparition d'une mydriase (dilation anormale de la pupille).

Après un échange téléphonique avec la mère de famille, qui signale les nouveaux signes cliniques à son médecin, ce dernier n'aurait pas jugé bon réexaminer le bébé (1). Il aurait seulement confirmé le premier diagnostic. À l'accueil du cabinet médical, il laisse une nouvelle ordonnance à la maman. C'est un anti-vomitif qui viendra compléter le traitement donné la veille.

Dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17 mars, l'état de Shelsy continue de se dégrader. Très inquiète, Stéphanie Maestro décide d'appeler le Samu. Lors de l'échange téléphonique, le médecin régulateur du Centre 15 aurait estimé qu'il n'y avait pas nécessité à un transfert d'urgence. Le médecin demande seulement à son interlocutrice de rappeler à 8 heures pour qu'on lui communique les coordonnées du médecin de garde sur son secteur. « Elle n'avait pas accès à cette information sur son écran », se souvient Stéphanie Maestro.

Un peu avant 8 heures samedi, alors que la situation du bébé se dégrade encore, la mère de famille rappelle le Samu. Cette fois, l'assistante de régulation du Centre 15 ne lui aurait pas passé de médecin régulateur, car il n'était pas disponible. Et elle lui aurait indiqué de se tourner vers son cabinet médical. Vers 8 heures, Stéphanie Maestro contacte le cabinet médical, mais il n'y aura pas de visite possible avant la fin de la matinée. Les médecins ne peuvent pas se déplacer…

Le transfert à Pellegrin

Dans l'urgence, la mère de famille décide alors de se rendre à la polyclinique de Bordeaux-Nord. Après avoir examiné Shelsy, qui est sans réaction, la pédiatre de garde demande au Samu un transfert immédiat vers les urgences pédiatriques de l'hôpital Pellegrin de Bordeaux. Il est 11 heures. Selon Stéphanie Maestro, l'ambulance arrivera 45 minutes plus tard. Après analyses, c'est une méningite dont souffre Shelsy. Le bébé décédera le lendemain matin de son arrivée à l'hôpital.

Apprécier l'urgence

Dans ce dossier, Maître Courtois, l'avocat de Stéphanie Maestro, explique que deux fautes ont été commises. La première incomberait au médecin traitant. Selon l'avocat, il aurait dû réexaminer Shelsy le vendredi après-midi. Les signes décrits par la maman témoignaient bien d'une aggravation de la santé de l'enfant. En ce qui concerne le Centre 15, l'avocat et sa cliente reprochent au médecin régulateur de ne pas avoir su apprécier l'urgence et de ne pas avoir décidé de déplacer un médecin pour prendre en charge le bébé. « Son argument a été de me dire que Shelsy n'avait plus de fièvre », se souvient encore la mère de famille. Contactée par « Sud Ouest », la direction du Samu, qui n'a pas souhaité s'exprimer dans ce dossier en particulier, explique que dans le cadre d'une urgence vitale, la consigne est claire. « L'assistante de régulation médicale, qui n'est pas un médecin, mais est formée pour évaluer les appels, procède à un transfert systématique de la communication vers le médecin régulateur. »

Dans le cas de Shelsy, le Centre 15, plateforme rattachée au Samu, n'aurait visiblement pas pris la mesure de l'état de gravité dans lequel se trouvait le bébé. « Je ne veux pas que cela puisse se reproduire un jour. Dans le doute, pour un enfant, toutes les précautions doivent être prises », plaide aujourd'hui Stéphanie Maestro, bien décidée à se battre pour la mémoire de Shelsy.

(1) Contacté par « Sud Ouest », le médecin traitant n'a pas souhaité s'exprimer.

Margaux· Bordeaux· Faits divers

 

Gironde Vigilante vous fait part des différents témoignages dans cette douloureuse affaire qui attestent bien qu'il y a une dérive dangereuse des secours en ruralité.

Nous ne répéterons jamais assez que la vie n'a pas de prix et aujourd’hui les réductions budgétaires et les réorganisations, pour faire des économies quelquefois douteuses et inefficaces, mettent en danger la vie de nos concitoyens. D'une situation normale logique et efficace il y a quelques années, nous nous retrouvons dans une situation anormale illogique et dangereuse.

Des témoignages sont régulièrement envoyés par Gironde Vigilante au Préfet de la Gironde et au SDIS 33 qui attestent bien du démantèlement des secours en ruralité.

Nous publions donc des extraits de commentaires et témoignages relevés sur le site du journal Sud-Ouest et qui ne sont qu'une infime partie des dysfonctionnements dont sont victimes les usagers et pour lesquels nous continuons à dire qu'il y a urgence à : 

  • Rétablir les permanences dans les centres de secours

  • Pérenniser l’ensemble des Centres de Secours existants

  • Disposer d’un maillage opérationnel de qualité

  • Avoir une véritable analyse des risques et non pas se fier à des statistiques

  • Rétablir le commandement direct du Responsable de centre de secours pour envoyer les premiers secours sans attendre une autorisation hiérarchique ou du SAMU (15)

  • Rétablir la possibilité d’appeler le 18

  • Redonner l’initiative au médecin d’appeler les Sapeurs-pompiers, chaque fois que l’urgence le nécessite

  • Obtenir que toutes les urgences soient traitées gratuitement que ce soit pour un incendie, une urgence médicale, un accident domestique, un nid de frelons…

  • Et pour terminer, d’imposer une égalité de traitement entre les zones rurales et urbaines (mêmes délais d’intervention).

  • Extraits_des_commentaires_publiés_sur_le_site_de_Sud-Ouest_suite à_l'article_du_18_avril_2012