« La lutte va s'accentuer »

L'association continue son combat pour une meilleure efficacité de secours en zone rurale.

La lutte va s'accentuer Photo J. Lestage

Les pompiers en intervention lors du feu de Lacanau.

Jacky Costes Photo Delhoumeau

Jacky Costes milite pour le retour au prompt secours.

Propos recueillis par Julien LESTAGE

L'assemblée générale de l'association Gironde Vigilante, qui milite pour la défense des intérêts des usagers des services d'incendie et de secours de la Gironde, se déroulera à Saint-Laurent-Médoc, demain. Jacky Costes, son président, - ancien chef pompier à la retraite -, a décidé de ne pas briguer un nouveau mandat. Dans un entretien accordé à « Sud Ouest », il livre le message qu'il compte délivrer lors de la réunion de vendredi (1).

Gironde Vigilante et le Sdis 33

L'association Gironde Vigilante est en lutte contre la politique nationale de départementalisation qui a modifié le dispositif de l'organisation territoriale des services d'incendies et de secours (SDIS). Le conseil général est le premier contributeur financier du Sdis. Alain David, Conseiller général, est le président du conseil d'administration du Sdis 33 depuis le 11 février 2005. Sa mission a consisté à faire appliquer la départementalisation de ses services. Le colonel Jean-Paul Decellières, directeur départemental du Sdis 33, a accompagné le président David dans cette mission. Dans cette nouvelle organisation, Gironde Vigilante dénonce l'abandon du prompt secours, et une inégalité de moyens entre les zones rurales et les zones urbaines. « Les centres de secours des zones rurales sont déshabillés de leurs pompiers au profit des centres zones urbaines » dénonce régulièrement Gironde  Vigilante. Le 6 juin 2007, un tragique incendie s'est produit dans la commune de Bazas. Une mère et ses trois enfants âgés de 5 à 11 ans avaient trouvé la mort dans l'incendie de leur maison. Les premiers témoins avaient mis en cause la rapidité des secours. Des manquements démentis par l'enquête judiciaire diligentée par le parquet de Bordeaux. Gironde Vigilante a été créée suite au drame.

J. L.

« Sud Ouest ». Avant les dernières élections cantonales, un dialogue avait été renoué avec le Conseil général. Depuis, avez-vous obtenu des avancées sur vos revendications ? 

Jacky Costes. J'avais proposé que le système du prompt secours soit réactivé dans un centre de secours du Médoc qui connaît une bonne activité (Lacanau ou Carcans). À titre d'expérience, il s'agissait de pouvoir comparer l'efficacité de l'ancien système avec le nouveau. Philippe Madrelle, le président du Conseil général, pour qui cela ne posait pas de problème au début, a finalement fait marche arrière. Si je garde avec lui des relations amicales, je lui ai envoyé une lettre très sévère de mise en garde et de déception. Il y a bien eu quelques efforts qui ont été engagés sur du renforcement saisonnier par des volontaires, et un appel du préfet pour que Gironde Vigilante fasse des propositions au SDACR (2). Nous avons aussi un échange bimestriel avec le SDIS, mais au final tout cela est pour moi d'une stérilité désarmante. Nous faisons des réunions, et je ne vois jamais d'avancées importantes
arriver.

Quelle orientation compte adopter Gironde Vigilante ? 

À chaque fois que les délais d'intervention des secours ne seront pas tenus et qu'il y aura mort d'homme, nous irons devant la justice. L'association déposera plainte contre X. Le message est que la lutte va s'accentuer. En zone rurale, le délai est souvent de plus de trente minutes. Ce n'est pas acceptable.

Cet été, lors des incendies à Lacanau et au Pian, Gironde Vigilante s'est montrée très critique sur la gestion des feux. Les maires de ces deux communes, eux, ont plutôt salué l'efficacité des pompiers. Au final, n'avez-vous pas été trop dur ?

Je n'ai pas été trop dur. J'ai été totalement impartial. Les maires ne sont pas des experts en matière de feu de forêt. Seul un spécialiste est capable d'évaluer le travail qui a été fait. À Lacanau, si l'incendie qui a ravagé plus de 300 hectares a bien pour origine une reprise de feu d'orage, il fallait dès le départ travailler sur une zone périmétrale de sécurité permettant de l'isoler. 2 heures de travail sur un secteur restreint, et les
événements qui se sont ensuite produits auraient pu être évités. Je considère que sur ce feu, il y a eu une intervention trop tardive. Par temps très sec et avec du vent, un feu de forêt qui n'est pas pris dans les onze minutes avec des moyens importants, cela fait un feu d'une grande ampleur. Sans l'intervention des avions à
Lacanau, nous avions un sinistre d'une importance que vous ne pouvez pas imaginer.

Les associations de DFCI qui ont la responsabilité de la garde du feu, sont-elles suffisamment présentes ?

Selon moi, elles sont moins efficaces qu'avant. Ces associations avaient des moyens et des véhicules pour travailler. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. La garde d'un grand feu ne peut plus être assurée par la DFCI (3). Par le passé, c'était la préventive, une branche de la DFCI possédant bulldozers, niveleuses, tracteurs et des permanents professionnels qui s'en occupaient. Mais cette organisation a été modifiée. Elle n'existe plus. On a bien vu les limites à Lacanau. Ce sont les hommes de la Sécurité civile qui sont venus en renfort. Aujourd'hui, à titre d'exemple, le matériel pompier réformé est vendu aux enchères. Les associations locales de DFCI n'en bénéficient même plus.

Vous avez décidé de passer la main. Pourquoi ?

Je vais rester membre du bureau de Gironde Vigilante. Comme les gens qui ont 78 ans, j'ai eu un petit problème de santé. Et j'ai pensé qu'il était beaucoup plus sérieux et démocratique de céder la place à des personnes qui travaillent sérieusement avec moi depuis 4 ans.

Depuis la création de l'association, et le drame de Bazas qui est à l'origine de Gironde Vigilante, avez-vous toujours le même soutien des élus locaux ?

Il n'a jamais été aussi fort. Et les maires sont nombreux à exprimer que Gironde Vigilante œuvre pour tenter d'arrêter le démantèlement des pompiers ruraux.

 

(1) Assemblée générale à la salle des fêtes de Saint-Laurent. 18 h 30 

(2) SDACR : Schéma départemental d'analyse et de couverture des risques

(3) DFCI : Les associations locales de Défense des forêts contre les incendies regroupent les propriétaires forestiers qui ont pour obligation d'entretenir et de gérer les équipements de prévention contre les incendies

Lesparre-Médoc· Philippe Madrelle· forêt· Gironde