Si, aux yeux des néophytes l’intervention du SDIS 33 sur l’incendie de LACANAU fut spectaculaire et efficace de par la présence de 8 avions bombardiers d’eau, les techniciens des feux de forêt de Gironde Vigilante présents sur les lieux ne partagent pas totalement ce sentiment. L’organisation opérationnelle en milieu rural du Colonel DECELLIERES ne tient pas la route. Elle n’est pas fiable et ceci pour plusieurs raisons :

  

1 - Dans la situation de sécheresse d’une exceptionnelle rareté, le déclenchement des unités opérationnelles de 1er appel doit se faire dans l’instant car, seule une intervention immédiate sur feux naissants est efficace. Quand fut-il exactement sur ce feu ?  

 

2 - Les causes du départ du sinistre sont probablement dues à un impact de foudre quelques jours auparavant. Dans le passé, les incendies de forêts qui « s’enterrent » étaient protégés par une bande de sécurité « à terre vue » faite systématiquement au bulldozer et suivis d’une surveillance journalière. Les reprises de feu à l’intérieur de ce périmètre avaient ainsi  bien moins de possibilités de s’étendre  aux zones non brûlées. Malheureusement la section de génie civil du SDIS de la Gironde, non rentable pour le Colonel DECELLIERES, a été réduite à un seul bulldozer et elle est, bien souvent, non opérationnelle par manque de conducteur disponible. 

 

3 - La prévention, l’attaque sur les feux naissants, la promptitude des secours, la remise en place d’unités prêtes à intervenir immédiatement avec un minimum de techniciens, sont les seuls moyens d’éviter ou de limiter le développement dramatique des feux de forêt.

 

4 - Une organisation qui repose sur l’intervention d’un appui aérien n’est pas fiable. Comme l’a si bien constaté le journaliste Julien LESTAGE, dès que l’appui aérien s’est relâché pour faire face à d’autres incendies en Gironde, la sanction fut immédiate : le feu reprit de plus belle. Si nous sommes passés à côté de la catastrophe c’est grâce à l’appui exceptionnel de 8 bombardiers d’eau. Sans leur disponibilité, nous serions pour beaucoup au milieu des cendres froides à chercher à savoir pourquoi ce drame n’a pas été évité. D'ailleurs, dans un article du Sud-Ouest du 7 juillet dernier, Julien LESTAGE recueillait les propos du Colonel DECELLIERES, Directeur du SDIS 33. Les réponses sont plus qu'éloquentes, en voici un extrait :

 

"Selon nos informations, lundi, vous auriez haussé le ton pour garder des bombardiers d'eau le lendemain sur Lacanau. Que s'est-il passé ?

 

Les moyens aériens sont des moyens nationaux. L'arbitrage n'est pas rendu au plan local. Nous n'avons pas tous les paramètres pour décider de leur utilisation. Nous ne pouvons qu'exprimer des demandes. Effectivement, nous avons sollicité de façon forte ces moyens. La raison était que les conditions météorologiques sur le département nous laissaient penser que nous pouvions avoir d'autres sinistres. Le constat que l'on fait aujourd'hui, c'est que nous étions dans la bonne voie en faisant cette demande.

Ces moyens nationaux sont-ils suffisants ?

Difficile de répondre. Si vous êtes demandeur, vous direz toujours que c'est insuffisant. Si vous êtes gestionnaire, vous évaluez la réponse par rapport à une moyenne nationale et annuelle d'utilisation. Au final, dans le cadre d'un événement exceptionnel, vous aurez toujours le sentiment d'être en déficit de quelque chose. Avec le recul, et le détachement suffisant par rapport à la situation, vous vous apercevez que le dimensionnement est correct."

5 - Quant  aux  secours  à  la  personne,  un  des  rôles  les  plus  importants  du  SDIS,  sait-on

      seulement si les centres de secours des unités présentes sur le sinistre de LACANAU, étaient en mesure de dépêcher rapidement un deuxième départ pour assurer les secours aux personnes sur leurs secteurs respectifs ? Que pensent les élus et leurs administrés lorsque les secours arrivent très tardivement sur les interventions suite à la suppression des permanences opérationnelles en caserne 24h/24h dans la quasi-totalité des centres de secours en milieu rural ?

 

En sa qualité d’association de défense des intérêts des usagers des services d’incendie et de secours, Gironde Vigilante composée de gens responsables (Elus, anciens techniciens de la lutte contre les incendies, personnes de la société civile…) attire l’attention sur les carences de ce service public et fait des propositions réfléchies et réalistes.

 

Nous sommes allés sur le feu et nous félicitons les sapeurs-pompiers volontaires et professionnels pour leur action, mais nous soutenons que l’organisation actuelle du SDIS de la Gironde en milieu rural n’est pas faite pour les grands feux de forêt ni malheureusement, au quotidien, pour venir au secours des personnes dans la détresse et ce, dans des délais raisonnables.

 

Oui, nous sommes passés à côté de la catastrophe, mais pour combien de temps ?