Le 18 juin 2010, Jacky COSTES et une petite délégation de Gironde Vigilante, sollicitaient un rendez-vous auprès du Président du Conseil Général, Monsieur Phililppe MADRELLE. Cette audiance fut fixée au 20 juillet 2010.

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Voici le Compte-rendu de cette réunion.

COMPTE RENDU DE LA REUNION AU CONSEIL GENERAL

DU MARDI 20 JUILLET 2010

En présence de Monsieur Philippe MADRELLE, Président du Conseil Général et de Messieurs les Conseillers Généraux,

Yves LECAUDEY, Jean-Marie DARMIAN et Vincent NUCHY

La Délégation de Gironde Vigilante était composée de Jacky COSTES, Président de GV, de André-Yves GIRAUDAU, Jean-Michel MEROLA, Guy PEYRE et Jean-Francis SEGUY

Jacky COSTES donne la parole à Jean-Francis SEGUY pour faire une présentation globale de la situation des secours en ruralité en tant qu’Elu et, en tant qu’habitant d’une zone rurale.

En tant qu’Elu :

Jean-Francis SEGUY constate une augmentation constante du coût des services de secours et d’incendie pour une diminution tout aussi constante des dits services.

Il a le sentiment que le milieu rural est spolié de ses effectifs de Sapeurs-pompiers Professionnels au profit de Bordeaux et de sa CUB.

Il met en avant le fait que la population de nos communes rurales est en constante augmentation, mais également la fréquentation massive des touristes et les déplacements nombreux des habitants de la CUB durant toute l’année, les week-ends et plus particulièrement en période estivale.

Il souligne la responsabilité qu’ont les Elus d’assumer la sécurité de toutes ces personnes.

En tant q’habitant d’une commune rurale :

Il fait part aux Membres du Conseil Général des nombreux témoignages sur les dysfonctionnements des services de secours aux biens et aux personnes.

Il souligne la problématique du Centre 15 qui engendre des délais d’intervention de plus en plus longs, d’une organisation qui se repose trop sur les Sapeurs-pompiers Volontaires et qui ne permet plus d’avoir un prompt secours.

Les usagers sont choqués devant des témoignages et ne comprennent pas qu’à notre époque, on puisse laisser des personnes, dans l’angoisse, attendre d’interminables minutes (parfois jusqu’à 45mn) avec près d’elles une victime qui risque sa vie et qui, dans certains cas la perdra, faute de soins rapides ?

En journée ouvrable, cela pose déjà des problèmes, mais la nuit, les week-ends et les jours fériés, cela devient dramatique.

Il en est de même pour les incendies.

Il est anormal que de nombreux centre de secours aient perdu la moitié, voire la totalité de leur effectif de Sapeurs-pompiers Professionnels et que le Centre de Secours Principal de Lesparre ait été déclassé en Centre de Secours.

Les délais d’intervention des Sapeurs-pompiers volontaires sont obligatoirement rallongés puisque ceux-ci sont d’astreinte à leur domicile.

Quant à la Polyclinique de Lesparre :

Même si ce n’est pas du ressort des Conseillers Généraux, il attire l’attention de ces derniers sur le problème du service des urgences qui se retrouve sans médecin urgentiste quand il y a une intervention du SAMU à l’extérieur. Là aussi, nombre de témoignages remonte à Gironde Vigilante où, les victimes trouvent anormal et dangereux que ce service ne soit pas assuré en permanence.

Il prend l’exemple du spot publicitaire qui passe actuellement sur nos écrans concernant l’usage des défibrillateurs, dans lequel il est bien expliqué que chaque minute compte pour avoir une chance de survie. La rapidité est essentielle.

Ceci pour montrer l’importance de redonner aux Sapeurs-pompiers les moyens d’intervenir rapidement car le prompt secours est indispensable quelque soit l’urgence et un 2ème départ doit être assuré.

Sur le plan financier du SDIS :

En milieu rural, nous payons les mêmes taxes, nous avons donc droit à un service d’incendie et de secours tout aussi efficace qu’en milieu urbain.

En conclusion :

Jean-Francis SEGUY résume les 4 points essentiels qui préoccupent Gironde Vigilante qui sont :

-         La sécurité des biens et des personnes et leur organisation

-         Leurs coûts en augmentation constante pour moins de services

-         La polyclinique de Lesparre et son service des urgences

-         La désertification médicale

Et propose également de faire participer Gironde Vigilante à la modification de certains articles du Règlement Opérationnel du SDIS.

Il rappelle les revendications principales de notre association qui sont :

-        Obtenir une présence permanente des Sapeurs-pompiers dans les centres de secours qui en étaient dotés avant la départementalisation pour assurer le prompt secours et réduire les délais d’intervention. Il s’agit de rétablir simplement ce qu’on avait avant et qui donnait entière satisfaction.

-         Pérenniser l’ensemble des Centres de Secours existants

-         Disposer d’un maillage opérationnel de qualité

-         Avoir une véritable analyse des risques et non pas se fier à des statistiques

-         Rétablir le commandement direct du Chef de centre de secours pour envoyer les premiers secours sans attendre une autorisation hiérarchique ou du SAMU (15)

-         Rétablir la possibilité d’appeler le 18

-         Redonner l’initiative au médecin d’appeler les Sapeurs-pompiers, chaque fois que l’urgence le nécessite

-      Obtenir que toutes les urgences soient traitées gratuitement qu’ils s’agissent d’un incendie, d’une urgence médicale, d’un accident domestique, d’un nid de frelons…

-         Que la sécurité des biens et des personnes redevienne un service d’état et non d’un département

-         Et pour terminer, d’imposer une égalité de traitement entre les zones rurales et urbaines.

Jean-Francis SEGUY précise que les zones rurales sont suffisamment dépossédées de services publics.

N’augmentons pas leur isolement en déclassant les Centres de Secours Principaux, en fermant les Centres de Secours, en déplaçant les Sapeurs-pompiers Professionnels vers Bordeaux et sa CUB et en n’assumant plus dans de bonnes conditions le service de secours des biens et des personnes.

2ème intervenant Guy PEYRE :

Il aborde le volet opérationnel et ses conséquences suite à la restructuration des Centres de Secours.

Il explique que par rapport au Règlement Opérationnel du SDIS, les délais pour le départ d’engins doivent être compris entre 12 et 15 minutes.

Seulement, si le 1er Centre de Secours ne peut intervenir, dans ce cas il faut contacter un autre Centre et rajouter les mêmes délais. Ceci n’est pas sans conséquence :

-         Des délais de départ de secours pouvant atteindre 30 minutes et plus.

-       Des délais atteignant 45 minutes et plus entre l’heure d’appel des Sapeurs-pompiers Volontaires en astreinte à domicile et l’arrivée sur les lieux d’intervention des premiers secours.

Ce sont « les retards en cascade »

Il prétend que les décisions prises par le Conseil d’Administration du SDIS ont des conséquences directes sur la conduite opérationnelle.

Il met l’accent sur la responsabilité du Conseil d’Administration du SDIS quant aux décisions prises sur les restructurations des Centres de Secours sur des bases purement administratives et financières, au regard de simples éléments statistiques discutables et sans aucune réelle étude des risques.

Il prend l’exemple du déclassement du Centre de Secours Principal de Lesparre et de ses graves conséquences. Il rappelle que si le Conseil d’Administration du SDIS détient les compétences administratives et financières, c’est le Préfet qui est chargé de la mise en œuvre opérationnelle des moyens mis à sa disposition.

En conclusion, Guy PEYRE indique que, pour lui, les responsables des dysfonctionnements opérationnels sont bien les Administrateurs du SDIS.

Jean-Francis SEGUY pose une question au Président, Philippe MADRELLE :

Comment le Conseil Général peut donner une somme aussi importante au SDIS (78 millions d’euros) sans détenir un seul levier sur le Conseil d’Administration de ce dernier ?

Le Président, Philippe MADRELLE rejette la responsabilité de l’organisation et du dysfonctionnement du SDIS sur le Préfet de la Région et nous conseille vivement de le rencontrer (ce que nous avons d’ores et déjà demandé).

Il précise d’ailleurs que le Centre 15, reporte sur les collectivités locales le coût des interventions du SDIS.

3ème intervenant Jean-Michel MEROLA :

Celui-ci aborde le volet financier, les dépenses concernant les restructurations, les Centres de Secours, les regroupements, les aménagements des casernes, en montrant un gaspillage.

4ème intervenant André-Yves GIRAUDAU :

Toujours concernant le volet financier, celui-ci met en exergue le nombre disproportionné d’officiers supérieurs dans notre SDIS 33 (36 Colonels et Lieutenants-colonels) en le comparant avec d’autres départements qui effectuent beaucoup plus d’interventions que la Gironde en ayant 50 % d’effectifs d’officiers supérieurs en moins. Il est bien évident que ces chiffres sont ceux du haut de la pyramide et qu’il y a encore plus d’Officiers subalternes.

Il parle de ces officiers qui se déplacent sur les interventions en véhicules particuliers de fonction et dont les salaires et les avantages coûtent cher au SDIS. Il serait préférable de réduire ce coût afin d’investir dans des hommes de terrain dans les casernes plutôt que dans un Etat-major de luxe.

Il constate qu’aujourd’hui certains incendies pourraient être éteints par le piétinement des officiers.

Jacky COSTES aborde le volet forêt :

Les tempêtes de 1999, 2009 et 2010 ont mis à mal le domaine forestier girondin. A ce jour, il reste encore des parcelles non nettoyées et d’autres viennent d’être replantées de jeunes pousses avec addition d’engrais. Les plants poussent plus vite, mais la végétation annuelle est trois fois plus importante donc trois fois plus dangereuse. Ces feux sont très durs à maîtriser.

Nous devons faire face à de véritables bombes à retardement  par leur fragilité et les essences dont elles sont composées (pins maritimes…). Au dessus de 40°, la végétation de pins maritimes dégage des vapeurs (essence térébenthine…). Ces feux sont très particuliers et exigent une excellente connaissance de leur évolution tout comme de la topographie du terrain pour des interventions efficaces et rapides. C’est pourquoi un corps de Sapeurs-pompiers forestiers avait été créé. Aujourd’hui les gradés envoyés sur les lieux d’intervention sont souvent inexpérimentés face à de tels feux et ne connaissent pas la région.

Ce qui s’est produit en Espagne, au Portugal, en Grèce, en Australie ou en Californie devrait nous faire réfléchir.

En cas de sécheresse, si un incendie se déclarait, serions-nous en mesure de le circonscrire ?

Certainement pas avec les moyens et le personnel dont nous disposons aujourd’hui.

La parole est donnée à nos interlocuteurs qui renvoient de manière un peu facile la responsabilité sur le Préfet. Ils nous rappellent que c’est Alain JUPPE alors 1er Ministre qui est à l’origine de la loi de 1996 concernant la suppression de la DFCI et la mise en place de la réorganisation dont nous sommes victimes.

La loi de 1996 avantage des métropoles comme la CUB et n’est pas bonne pour les ruraux. Elle fait partie d’une réorganisation voulue même si elle est inégalitaire entre ces 2 zones et privilégie la CUB au détriment des autres zones.

Nos interlocuteurs, eux-mêmes Elus de communes rurales partagent beaucoup de points de notre analyse et sont visiblement inquiets de l’évolution à venir des Services de Secours en ruralité.

En ce qui concerne le Directeur du SDIS 33, Jacky COSTES fait remarquer que le Colonel DECELLIERES est un « Administratif » et qu’il serait hautement plus judicieux de lui préférer un « homme de terrain » expérimenté plus à même de connaître les difficultés rencontrées lors des interventions et de gérer les Services d’Incendie et de Secours de la Gironde. Le Conseil Général répond que ce n’est pas de sa compétence et qu’il n’a pas le pouvoir de le changer. A quoi nous rétorquons que nous avons rencontré plusieurs Conseillers Généraux, Président de SDIS dans les départements voisins et pour exemple, Monsieur Robert CABE, dans les Landes, ne s’est pas gêné pour virer le Directeur du SDIS 40.

Jean-Francis SEGUY s’insurge que le payeur ne soit pas, à un moment donné, le donneur d’ordres.

Ce à quoi il lui est répondu par nos interlocuteurs : C’est l’Etat qui décide.

A la question de Jean-Francis SEGUY:

Peut-on participer au règlement opérationnel du SDIS ?

Il nous est répondu que le SDACR (Schéma Départemental d’Analyse et de Couverture des Risques) va être revu, réactualisé, mis à jour.

Certaines décisions sont déjà envisagées comme la suppression de certains Centres de Secours.

Les conséquences sont désastreuses.

Le Conseil Général nous conseille de nous rapprocher des services compétents de manière à faire passer nos messages et propositions lors de la mise à jour du SDACR.

Les objectifs retenus risquent de pénaliser encore plus les zones rurales en ne considérant que l’aspect financier de la réorganisation.

En conclusion :

Si nous sommes satisfaits de cette entrevue qui nous a permis d’exposer clairement l’état de l’existant en matière de secours des biens et des personnes en ruralité et d’insister sur les dysfonctionnements, que nous font remonter les Elus, les Adhérents de Gironde Vigilante, les Usagers des services publics du SDIS 33, il n’en reste pas moins que les réponses données par les représentants du Conseil Général nous laissent perplexes.

Pour nous, la responsabilité de la situation est partagée entre un Etat qui a mis en place une départementalisation mauvaise aux conséquences graves et une collectivité locale qui prétend ne pas pouvoir influencer le cours des choses malgré les sommes colossales qu’elle distribue.

Il est évident que les méfaits de cette réorganisation qui avance comme un rouleau compresseur, va écraser les secours en ruralité et cela, Gironde Vigilante ne peut l’accepter.

Nous restons convaincus, qu’avec les mêmes budgets, une autre organisation est possible dans l’intérêt de tous.

Aujourd’hui, l’expérience de Gironde Vigilante en la matière, pourrait influer sur le cours des choses. Etant conscients de la réalité de la situation et des projections pour l’avenir, ne baissons pas les bras. Le travail qui nous attend est énorme, si l’on veut sauver nos secours en ruralité.

Nous restons plus que jamais déterminés car les combats perdus sont ceux que l’on ne mène pas et Gironde Vigilante mènera le sien jusqu’au bout.

                                               Pour Gironde Vigilante, les Secrétaires,

                                          Jean-Francis SEGUY et Christiane AUCANT